Jeanne-Ida Bernier et Lauréat Gagné, une vie bien occupée !

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Madame Jeanne-Ida est née le 16 de juin 1930, à L’Anse-Saint-Jean. Ses parents, Jean Bernier et Laure-Alda Lavoie, restaient dans le fond de la pointe, à la dernière maison du village. « On était 21 enfants, moi j’étais la plus vieille, alors je me suis occupée, fallait ben, des plus petits, se souvient celle qui est partie jeune vivre en ville. Je suis allée travailler à Chicoutimi, dans une maison privée. Madame Lacourtière, elle avait juste 4 ou 5 enfants, mais son mari était avocat ! »

Pas question de rester trop longtemps à l’école quand il y a tant de bouches à nourrir. Il fallait vite savoir gagner son pain ! D’ailleurs, comment faisaient-ils vos parents pour remplir le garde-manger avec tout ce beau monde ? « Mon père, il braconnait pour nourrir la famille. Dans ce temps-là, y’avait pas de brise-glace, alors il traversait de l’autre bord du Saguenay tuer un orignal. L’hiver, il y allait en chiens pis l’été en chaloupe. Quand il revenait avec de la viande, il en donnait aux autres familles, il téléphonait pour les avertir ! »

Monsieur Lauréat est également venu au monde à L’Anse-Saint-Jean, le 28 juillet de la même année. « Je suis né pas loin d’icitte, près de l’église. Mes parents avaient loué une maison sur la rue Saint-Jean-Baptiste. Ils ont eu 3 garçons et 4 filles, et moi aussi je suis le plus vieux. » Raoul Gagné et Eulalie Gagné, tout le monde l’appelait comme ça mais son vrai nom c’était Rosalie, sont ensuite aller défricher une terre à Rivière-Éternité. « C’est mon grand-père, Majorique Gagné, qui avait organisé tout ça. Dans le temps, le gouvernement distribuait des lots, ça donnait du bois ! Les gens vivaient comme ça, ils faisaient du bois, Charles-Édouard Boudreault l’achetait et fournissait le manger. »

Lauréat a ainsi passé son enfance à Rivière-Éternité, en face du lac Arvida à la sortie de Rivière-Éternité en allant vers Saint Félix. « On habitait à 2 miles du village. On allait à l’école à pied, pis en hiver avec le chien. Je me rappelle quand on allait pêcher au lac Arvida, c’était des gars d’Arvida qui avaient un chalet là, c’est pour ça qu’on l’appelait de même ! C’était tout ce qu’on avait comme loisirs mais on aimait ça ! »

Le snowmobile, un moyen de locomotion idéal sur les chemins d’hiver pas entretenus.

En 1946, avec son père Raoul, Lauréat fait l’acquisition d’un premier B12, snowmobile 12 passagers fait en bois. Depuis, aucun accident, aucun ticket ! « Mon père m’a appris la mécanique, ça s’apprend bien quand on aime ça ! »

En 1948, à l’âge de 18 ans, Lauréat revient vivre L’Anse avec ses parents. « Mon père était fouineux pas mal, patenteux aussi. Dans le temps icitte, les chemins étaient pas ouverts, nous on avait 4 ou 5 snowmobiles et on faisait le taxi. En hiver, je laissais un char à Bagotville. Je montais les passagers avec un snow, pour ensuite les reconduire où est-ce qu’ils voulaient aller. »

Par Périgny, à cette époque, il y avait des chantiers, 3 ou 4 camps sur les chenaux ! Pour les travailleurs qui voulaient monter ou descendre, si il y avait besoin de manger dans le camp, c’est Raoul qui s’en occupait. Il faisait ça tous les jours ! Dans le temps, monter à cheval à Périgny, ça prenait une journée et il fallait que tu redescendes le lendemain !

Raoul est décédé à l’âge de 49 ans. Lauréat a continué tout seul le taxi !

Lauréat et Jeanne-Ida du côté de Petit-Saguenay.

Le plus beau gars du village

Madame Jeannne-Ida allait veiller chez sa marraine à Rivière-Éternité, une sœur à sa mère. « Mais c’est pas là qu’on s’est rencontrés. C’est Lauréat qui est venu faire un tour avec son taxi, du côté de la pointe ! C’était un très bel homme, toutes les femmes lui couraient après ! »

Devant l’église de L’Anse-Saint-Jean, Raoul Gagné et son fils Lauréat, et Jeanne-Ida avec son père Jean Bernier.

Le 22 août 1951, Jeanne-Ida et Lauréat se marient à l’église de L’Anse-Saint-Jean. Quand leur première fille Ginette est née, la mère Eulalie restait encore avec eux autres. Lauréat se rappelle : « J’avais été faire un voyage d’hommes en snow à La Baie. Quand je suis revenu, ma mère est sortie dehors : on a de la visite d’arrivée ! Ginette était née le temps que j’étais parti ! »

C’est en 1956 que Lauréat fonde son entreprise, ce qui en fait la plus ancienne de la municipalité encore en activité ! En 1960, avec ses camions, il travaille sur la nouvelle route 170. Puis, il y a eu les semaines au Parc des Laurentides, toujours pour Price Brothers. « Je partais l’hiver, j’allais travailler avec un snow, on charroyait le bois pour le mettre sur les rivières pour la drave. Je partais toute la semaine, on montait le dimanche et on revenait le samedi ! » Lauréat a conduit des camions jusqu’à l’âge de 83 ans !

Pendant ce temps, Jeanne-Ida ne s’ennuyait pas à la maison. « J’ai eu 6 gars et 2 filles, mais la maison était toujours pleine de monde. Venant d’une famille de 21 enfants, on aime ça recevoir ! Avec Ginette, ma plus vieille, on se mettait au fourneau. »

Avec une vie si active, on peut bien souhaiter à madame Jeanne-Ida et monsieur Lauréat de prendre le temps de vivre paisiblement, bien entourés de leur belle et grande famille.