Joseph-Aimé Houde, passionné de la vie.

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Joseph-Aimé Houde est né le 31 décembre 1932. Quand il est arrivé à Rivière-Éternité, il avait 2 ans. « C’est ce qu’on m’a dit en tout cas, parce que moi je ne m’en souviens pas ! Ma mère s’appelait Marie-Anne Houde. Elle venait du Petit-Saguenay à la grosse île, et son père à elle, c’était Joseph Houde. Il y en avait tellement des Houde qu’on leur donnait des surnoms, lui c’était un Joseph Houde Agapit. Mon père, Siméon Houde, il venait de L’Anse-Saint-Jean. »

Le gouvernement donnait des terres aux pionniers qui partaient pour ce qu’on appelait à l’époque le canton Hébert. Quand les parents de Joseph-Aimé sont arrivés, il y avait déjà quelques familles d’installées. Dans ce temps-là, on ne parlait pas de maison, mais plutôt de camp ! Les subventions accordées par le gouvernement pour défricher les terres s’élevaient à l’époque à 12 $ l’acre.

Il s’agissait d’ouvrir, de bûcher, de défricher un territoire qui s’avéra être une terre de roches. De nombreux hommes se sont tournés vers la foresterie, mais très vite les ressources se sont épuisées, alors il fallait aller sur les chantiers. « Les terres là, elles ont toutes été défrichées, et maintenant, ça a tout repris en forêt ! C’est sûr, c’était pas de belles terres. Le monde, ils avaient deux ou trois vaches, un cochon, des poules. Il y avait juste des petits cultivateurs à Rivière-Éternité. De l’ouvrage il n’y en avait pas, mais il fallait bien se nourrir ! », poursuit Joseph-Aimé. Il se souvient que dans ce temps-là, ils vivaient avec presque rien. « On s’organisait avec ce qu’on avait ! »

Joseph Aimé devant son Ford 64.

Sa mère a eu 7 enfants et son père en avait déjà eu 4 avec sa première famille. Ça faisait beaucoup de bouches à nourrir, et quand les enfants étaient assez vieux, « ben, ils nous envoyaient dans le bois travailler. J’ai commencé à 16 ans, j’étais le 2e de la famille. L’école, on allait jusqu’à la 7e année, mais j’ai pas été dans les grosses études. Même si j’avais voulu, on n’avait pas d’argent. À c’tte heure, c’est pas pareil, c’est modernisé ! Les enfants, ils ont tout ce qu’ils veulent. Mais attention, je dis pas que j’ai été malheureux ! On n’était pas malheureux, on pouvait pas demander quelque chose, de toute façon il y avait rien ! On se faisait nos jouets nous autres mêmes ! Je n’ai jamais eu un bicycle à pédale. La première chose que j’ai eue, c’est une auto, que je me suis acheté avec mon argent. Je l’ai gagnée, je l’ai pas demandée ! » se souvient avec fierté Joseph-Aimé.

Quand l’électricité est arrivée à Rivière-Éternité, il avait à peu près 15 ans. Dans ce temps-là, son père faisait des chantiers au syndicat. Le gouvernement donnait des coupes de bois, tant de bois sciage dans le pulpe, et l’hiver il travaillait aux sciottes avec des chevaux.

C’est à 18 ans que Joseph-Aimé a commencé à travailler pour vrai, au lac à Jim, dans le coin du Lac-Saint-Jean. « Moi et Raymond, un frère plus vieux, on est partis le 8 septembre et on est revenus pour la toussaint. J’avais coupé 120 cordes de bois de pulpe tout seul, avec une sciotte ! On était payés 4 piastres la corde. Arrivé à 100 cordes, ils nous donnaient 50 cents de plus par corde, fait que mon frère, lui, il s’est arrêté à 102 ! Moi j’en avais déjà 120 de faites, alors il a fallu que je l’attende ! »

C’est en montant en autobus pour travailler pour les Price, vers le lac Onatchiway, que Joseph-Aimé et son frère ont rencontré du monde qui allait au lac à Jim. « Ils avaient une machine, une Pontiac je me rappelle. Et là, ils nous annoncent qu’ils cherchent du monde au lac à Jim, alors on a embarqué avec eux autres. À la fin du contrat, il fallait payer la pension. Je suis arrivé chez nous avec 435 piastres que j’ai données à mes parents. »

« J’en ai eu des scies mécaniques, poursuit Joseph-Aimé, j’ai pas tout le temps été au sciotte, mais quand je me suis dompté pour aller dans le bois, j’étais au sciotte. Moi, j’appelle ça dompter, parce que j’avais pas encore bûché, j’avais pas encore limé de sciottes … et je peux vous le dire, c’est toute une technique à apprendre ! »

Quand il était jeune, Joseph-Aimé allait pêcher à la mer. Pour descendre à la Baie Éternité, ça lui prenait un plus d’une heure et quart. « On pêchait de la truite de mer. On couchait sous la grosse roche, pas loin de la Baie, celle qui ressemble à une grotte. Il y avait beaucoup de poissons, et il y avait des braconniers aussi. Des fois, il y en avait qui allaient au saumon, même si on n’avait pas le droit. Le saumon, c’était juste pour les américains ! »

Joseph Aimé et Jeannette se sont mariés à l’église de L’Anse-Saint-Jean.

Dans ce temps-là, il se faisait des veillées dans les maisons, le samedi soir ! « On se louait un snowmobile, les premières fois, quand on allait vers Périgny, parce qu’ils n’ouvraient pas le chemin l’hiver. Ensuite, j’ai eu ma première machine, une Météor 49. Avec ma femme Jeannette, on s’est rencontrés comme ça, on s’est fréquentés mais pas tellement longtemps, même pas un an. »

Jeannette Lavoie était la fille d’Adjutor Lavoie et de Diane Houde. Elle vivait au bout du rang de Périgny. C’est aussi pour cela qu’ils se sont mariés à l’église de L’Anse-Saint-Jean. « On faisait les noces dans la famille de la femme, c’était la coutume et ses parents nous avaient préparé une belle tablée pour l’occasion. »

À 86 ans, Joseph-Aimé sculpte encore le bois. Son atelier est rempli de trésors. « Je le fais par plaisir. Deux heures l’avant-midi et deux heures l’après-midi. À l’âge que j’ai là, je n’ai jamais fait une sieste ! », conclut l’artiste aux yeux pétillants bien sympathiques.