L’Anse-Saint-Jean veut s’adapter aux changements climatiques

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Le fjord depuis le point de vue de la Tabatière. Crédits photos : Cécile Hauchecorne

Il ne se passe pas une journée sans que les médias affichent les nouvelles de météo extrême un peu partout à travers le monde. Sans nécessairement être toujours extrême, la météo manifeste, au fil des saisons, des soubresauts ou des anomalies plus subtiles que la population est en mesure d’observer. Juste à penser à l’hiver 2019-20 qui a pris plusieurs adeptes de la pêche blanche par surprise avec l’arrivée tardive des glaces, voire inexistantes à la fin de ce mois de janvier 2020. En raison de cette anomalie, le village de pêcheurs sur le Fjord à L’Anse-Saint-Jean ne voit pas le jour. Cet exemple, nous fait réaliser à quel point des modifications du climat sont en cours et que ces effets commencent à se faire sentir au quotidien.

L’effet cumulatif des gaz à effet de serre

Les scientifiques de 195 pays membres du GEIC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sont unanimes. En 2020, il est extrêmement probable (95 à 100%) que les activités humaines, en particulier les GES, sont la principale cause du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle. Les phénomènes naturels ne peuvent expliquer à eux seuls le réchauffement observé. En une centaine d’années, la concentration des gaz dans l’atmosphère est passée au même niveau de concentration qu’il y a 3 millions d’années. Soit au moment où le niveau des océans était 10 à 20 mètres plus haut qu’aujourd’hui.

L’accumulation de ces gaz, dans une période de temps aussi courte, contribue à l’augmentation de la température globale et à l’emballement du régime climatique mondial. La concentration des GES fluctue normalement sur des milliers, voire des centaines de milliers d’années exception faite des phénomènes naturels majeurs comme les émissions subites à la suite de l’éruption en série de volcans par exemple.

Dans l’ensemble des pays de la planète, les émissions de GES sont à la hausse malgré la volonté de certains pays de vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Comme les GES prennent 200 ans à se dégrader, nos sociétés et les écosystèmes sont voués à s’adapter. Cette mutation se répercutera de plus en plus dans le quotidien des citoyens par le nombre d’événements climatiques extrêmes.

La municipalité de L’Anse-Saint-Jean se donne comme objectif la réalisation d’un Plan d’adaptation aux changements climatiques

C’est dans ce contexte que la municipalité prend des actions pour mieux se préparer à réagir face aux impacts des changements climatiques sur la collectivité et les actifs municipaux. Les représentants municipaux sont conscients que l’intégrité ainsi que la pérennité même des infrastructures publiques, la qualité de vie, la protection et les services aux citoyens sont et seront affectés. Pour soutenir cette initiative de projet pilote, L’Anse-Saint- Jean a adhéré au programme « Municipalité pour l’innovation climatique » de la Fédération canadienne des municipalités (FCM). Cinquante-huit municipalités canadiennes, de tout gabarit, participent au programme qui finance une ressource spécialisée pour une durée de 16 mois.

En acceptant de relever le défi de l’adaptation, L’Anse-Saint-Jean se positionne en avant-plan des municipalités sensibles aux conséquences des impacts sur leurs actifs municipaux. Les élus municipaux et l’administration municipale croient que la population anjenoise pourra bénéficier de cet exercice de résilience autant d’un point de vue social, économique ou environnemental.

Comment parvenir à la réalisation d’un tel Plan?

La ressource en changements climatiques engagée est supportée par un Comité aviseur et scientifique représentant des intervenants de différents organismes du milieu communautaire, universitaire et des ressources intra municipales et évidemment l’ensemble des élus municipaux. Comme l‘acceptabilité sociale du projet est jugée prioritaire, des consultations publiques sont offertes aux organismes communautaires, au milieu des affaires et aux citoyens. Ces présentations visent à informer la population anjenoise du cadre de travail du projet et leur donner l’opportunité de s’exprimer et d’émettre des réflexions entourant le projet.

Comment s’articule la réalisation du Plan d’adaptation?

Le processus menant à la réalisation du Plan d’adaptation débute par un examen des vulnérabilités de L’Anse-Saint-Jean face aux événements climatiques extrêmes en se basant sur l’historique des sinistres qui ont marqué la communauté. Un regard dans le passé permet de mettre en relief les phénomènes météo qui impactent le plus le milieu environnant. 

De ces informations et des modèles de projections climatiques rendus disponibles par la science, il devient possible de déterminer quelles tendances se dessinent en termes de précipitations, d’enneigement, de jours de gel et dégel, du degré du réchauffement de la température, du degré jours de croissance*, etc. Ces données servent de base à l’évaluation des impacts des changements climatiques sur les actifs de la municipalité ainsi que leur degré de vulnérabilité à long terme. Des résultats issus de l’évaluation, il devient plus éclairant pour les gestionnaires municipaux de planifier les mesures ou les actions nécessaires à leur protection et à leur pérennité. C’est ce qu’on appelle l’adaptation aux changements climatiques.

Selon un rapport commandé par l’Union des municipalités du Québec (AGÉCO, 2018), les surcoûts du renouvellement des infrastructures municipales liés à l’adaptation aux changements climatiques sont estimés entre 3 à 5 milliards de dollars pour l’ensemble des villes au Québec pour les cinq prochaines années.

Face à ce défi, les municipalités les mieux préparées et les plus sensibles à la problématique seront mises à l’avant-scène. Le choix de L’Anse-Saint-Jean de travailler la filière adaptation aux changements climatiques la positionne en avant plan des municipalités qui se donnent comme objectif d’adhérer aux différents programmes gouvernementaux en soutien au renouvellement ou de la mise à niveau des infrastructures publiques.

*Degré jour de croissance, donnée permettant de définir le nombre de jours nécessaire à la croissance d’une plante.