L’enjeu immobilier au Bas-Saguenay

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Avec ce tour d’horizon du paysage immobilier au Bas-Saguenay, il s’agit avant tout de mettre en lumière différentes initiatives, projets de société ou modes de vie alternatifs qui tentent de répondre au mieux aux défis d’une époque en grande transformation. S’adapter devient indispensable par des temps qui courent si vite !

Si depuis 5 années déjà, à L’Anse-Saint-Jean notamment, les enjeux immobiliers sont évoqués par un grand nombre, la solution ne semble pas encore avoir trouvé son chemin. « C’est une roue qui tourne, et si les entreprises qui attirent le tourisme ici n’arrivent plus à loger leurs employés, elles vont devoir fermer plusieurs jours par semaine. Si les commerces ferment, les touristes vont-ils venir quand même ?, se demande Myriam Savard, copropriétaire de Fjord en Kayak. »

Marianne Bergevin, propriétaire du Café du Quai, abonde dans le même sens : « La dynamique créée, entre autres, par les entreprises de tourisme a transformé le marché immobilier, augmenté les prix, les ventes de maison se font en une semaine et nous qui faisons partie de cette dynamique, on n’arrive plus à se loger … c’est tout de même paradoxal ! »

D’après ces deux femmes, des mesures politiques doivent venir appuyer la vitalité de tout le village. « Il ne s’agit évidemment pas d’arrêter le Airbnb, mais plutôt de réglementer ou de mettre des moyens en place pour appliquer le nouveau règlement de zonage. »

Les réglements de zonage sont disponibles sur le site internet de la municipalité

Du côté de la municipalité, on apprend en effet que le périmètre urbain (principalement la rue Saint-Jean-Baptiste) est zoné habitation, ce qui signifie que l’usage touristique y est accepté en tant qu’usage complémentaire. (Ex : Quand je pars en vacances, je loue ma maison ou je peux louer un logement à court terme. Le propriétaire doit cependant en occuper la majeure partie du temps.) L’usage de résidences touristiques est réservé aux secteurs villégiature ou récréotouristique comme le Mont-Édouard ou certaines parties autour de la marina et du coin des routes.

La municipalité de Petit-Saguenay reçoit toutes les semaines des appels pour des demandes de maisons ou logements.

Même son de cloche du côté de Petit-Saguenay où le périmètre urbain est maintenant réservé aux résidences principales avec la possibilité d’un usage touristique mais qui se doit d’être uniquement complémentaire. Chaque semaine, la municipalité reçoit des appels de personnes qui veulent venir s’y établir, entre autres des familles intéressées par la nouvelle école. Afin de répondre à ces nombreuses demandes, la municipalité développe actuellement un projet d’éco-quartier.

Le village de Rivière-Éternité connait lui aussi une recrudescence de demande pour des logements.

À Rivière-Éternité, où le phénomène est tout aussi observable avec très peu de maisons à vendre, le projet de prolongement du réseau d’aqueduc est en cours afin de permettre de nouvelles constructions et ainsi répondre aux nombreuses demandes auxquelles la municipalité doit également faire face.

Le zonage du territoire

Le territoire de Rivière-Éternité est essentiellement zoné agro-forestier, ce qui facilite grandement l’ouverture de nouveaux terrains propices à la construction. Ce zonage est en effet beaucoup moins limitatif que le zonage agricole, soumis à la Commission de Protection du Territoire Agricole du Québec (CPTAQ).

Ainsi, à Ferland-et-Boilleau, celui que l’on nomme le rang double connait ces dernières années une revitalisation et engouement pour des projets communautaires et écologiques. Zoné agro-forestier, ce territoire permet à un propriétaire de lot de vendre une partie de son terrain à un particulier désirant se construire. Des projets d’auto-construction écologique côtoient le Jardin des Défricheurs, une ferme biologique très impliquée dans la communauté.

Un peu d’histoire

La Ferme d’en Haut installée sur la Corporation des Plateaux à L’Anse-St-Jean.

À la fin des années 70, se sont établis Aux Plateaux à L’Anse-Saint-Jean, des précurseurs de l’agriculture biologique. Ce territoire de 540 acres, également zoné agro-forestier, appartient à un Organisme à But Non Lucratif (OBNL) et accueille actuellement une vingtaine de maisons. « La mission de la Corporation des Plateaux, c’est de permettre à des gens de s’établir, peu importe leur portefeuille ! Ce qui compte, c’est ce que tu apportes à la Corporation, ce que tu as dans le cœur ! Tous les membres sont copropriétaires des lots et chacun est propriétaire de son acre de terre. On paye une part de membre, environ 700 $, on participe aux fonds communautaires (taxes foncières, déneigement, entretien) et on achète son lot de terre sur lequel on a 5 ans pour se bâtir une résidence principale. Le dernier terrain a été vendu à 5000 $. » mentionne Jean-François Gravel, un des membres actifs de la Corporation. « Un des enjeux majeurs, c’est le processus décisionnel. Par rapport au développement, il est des décisions difficiles à trancher et difficiles à prendre du même coup. La ligne de conduite aux Plateaux, c’est la recherche de consensus, c’est-à-dire que tout le monde est à l’aise avec la décision même si ce n’est pas leur préférée. Il y a trois années, on s’est rendu compte qu’on avait de la difficulté à gérer les dossiers comme on le voulait et les gens continuaient à arriver. On a donc décidé de prendre une pause, de ne plus accueillir de nouveaux membres et de réactualiser nos statuts. Des modifications ont d’ores et déjà été établies, ainsi quand la Corporation vend un terrain à un particulier, elle impose quelques clauses, comme celle de ne pas revendre au-dessus du prix d’achat (en tenant compte des modifications et améliorations) afin éviter la spéculation facile. »