L’entraide, l’autre loi de la jungle

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Quelle belle histoire que celle du petit pluvian d’Égypte qui vient se nourrir dans la gueule du crocodile, ingérant sangsues et déchets carnés coincés entre les dents du prédateur.

Comprendre la nature coopérative de l’être humain en observant le fonctionnement des autres êtres vivants, voici en quelque sorte la mission de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, deux biologistes, auteurs d’un livre dont le titre « L’entraide, l’autre loi de la jungle. », déboulonne, à lui seul, bien des idées reçues.

Dans la nature, une gamme inimaginable de rapports possibles existe. Les associations entre espèces sont si variées que les nuances sont parfois difficiles à faire entre les différentes formes. Ainsi, le petit crabe pinnothère que l’on trouve à l’intérieur des coquilles de moules, y est à l’abri, on dit que c’est un inquilin, (du latin inquilinus, locataire). La cohabitation ne profite alors qu’à l’une des deux espèces. Mais c’est aussi un commensal (du latin mensa, table) qui profite des particules alimentaires apportées par le courant d’eau créé par son hôte.

La colocation, quant à elle, n’est pas réservée aux étudiants endettés. Il arrive ainsi qu’un renard et un blaireau vivent dans le même terrier, creusé par l’une ou l’autre des deux espèces. Les lionnes se regroupent autour des proies attrapées pour éviter que les hyènes ne profitent de leur chasse ! Les manchots empereurs, blottis les uns contre les autres, se relaient à l’extérieur du cercle et combattent ainsi le vent et des températures antarctiques pouvant atteindre – 200 degrés. Le poisson-clown et l’anémone de mer forment une équipe du tonnerre. Cette dernière le protège de ses prédateurs grâce à son venin tandis que le poisson la fournit en nourriture. Échange de bons procédés où l’entraide devient un mode de vie.

Un peu de confort et beaucoup de courage !

Quelle belle histoire que celle du petit pluvian d’Égypte qui vient se nourrir dans la gueule du crocodile, ingérant sangsues et déchets carnés coincés entre les dents du prédateur. L’un et l’autre y trouvent leur compte, de la nourriture peu convoitée pour le petit et le plaisir certain d’une dentition bien nettoyée pour le gros.

La symbiose

La symbiose peut être considérée comme opposée à la compétition, puisqu’elle correspond à un ensemble de deux ou plusieurs espèces qui dépendent les unes des autres pour leur existence. C’est une association constante, obligatoire et spécifique entre deux organismes, chacun d’eux tirant un bénéfice de cette association.

Le champignon et l’algue associés dans le lichen ont l’un sur l’autre une influence réciproque. Le champignon emprunte à l’algue une portion des substances hydrocarbonées qu’elle fabrique sous l’influence de sa chlorophylle et de la lumière, et lui rend en retour des matières azotées et albuminoïdes qu’il produit plus vite qu’elle avec ces mêmes hydrates de carbone. Le bénéfice est assurément beaucoup plus grand pour le champignon que pour l’algue, mais celle-ci, comme compensation, trouve dans le champignon un abri contre la sécheresse, la pluie, le vent. Il y a donc bien association et bénéfice réciproque. On retrouve d’ailleurs des lichens crustacés tout le long du fjord, cette coloration blanche que prennent à certains endroits les granits de ses parois en sont le résultat.

1 + 1 = 3

Les faits le confirment : seul, même un génie ne fait pas le poids face à un groupe lambda ! L’intelligence collective a fait l’objet, en 2010, d’une étude publiée dans la revue « Science ». Les scientifiques ont d’abord prouvé que le QI d’un groupe est tout aussi mesurable que le QI individuel, pour ensuite pousser l’analyse plus loin et se rendre compte que le QI du groupe n’est en aucun cas déterminé par les QI individuels des membres de ce même groupe.

L’intelligence collective a fait l’objet, en 2010, d’une étude publiée dans la revue « Science ».

En d’autres mots, ce n’est pas parce qu’il y a un génie dans le groupe, ni même parce que tout le monde y est intelligent, que le groupe sera intelligent. Non ce qui compte le plus … c’est la proportion de femmes : plus il y en a et plus le groupe est intelligent ! Ce surprenant résultat s’explique surtout par le fait que les femmes sont en général plus enclines que les hommes à laisser les autres s’exprimer, et à les écouter. C’est donc la qualité de communication entre les membres du groupe qui est déterminante plutôt que les hormones ou le QI individuel !

Cette étude propose même une recette pour fabriquer un groupe intelligent et éviter les pièges du conformisme : favoriser la diversité d’opinion, encourager l’originalité et ainsi la confrontation d’idées et enfin réunir l’information récoltée.

La compétition et la loi du plus fort seraient-elles devenues désuètes ? Il n’est pas uniquement question ici de philosophie, car à en croire la disparition des dinosaures, la force n’est point gage de survie.