Macro-micro ou les bananes du Saguenay

312

La question alimentaire se fragmente en une myriade de branches et d’aspects. On pourrait discourir et débattre infiniment sur des sujets comme les régimes végétarien, végétalien, les effets des aliments sur la santé, la cueillette sauvage et la chasse ou l’industrialisation de la nourriture, les cuisines collectives, la restauration, les lunchs, le temps et le savoir que demande la cuisine, l’inflation, la sécurité et la dignité alimentaire, le gaspillage et les bananes du Saguenay. Quand le terme alimentation évoque tous ces enjeux interconnectés et qu’on souhaite agir ou seulement écrire de façon constructive sur cet univers, par où commencer?

L’alimentation est centrale. C’est une question autant individuelle que collective qu’il est important de toujours aborder dans cette ambivalence, surtout par rapport à ce qu’on pourrait souhaiter pour l’avenir du système alimentaire car même si on est convaincu que nos idées sont les bonnes, il est important de respecter les choix de chacun. C’est un sujet important qu’il faut prendre avec souplesse et ouverture. Tout le monde est unique! Manger n’est pas seulement une nécessité, c’est aussi un plaisir qui se partage et qui rassemble, qui nous rassure aussi, à chaque saison. On peut jeûner! Certaines personnes ne mangent qu’un repas par jour et d’autres restent plusieurs sans jours sans manger! Certains mangent pour vivre et d’autres vivent pour manger. Tout ça pour dire qu’il n’y a pas de vérité absolue dans ce domaine. Ce qui ne nous empêche pas d’observer de grandes tendances et des généralités. En gardant pour objectif l’harmonie d’un esprit sain dans un corps sain avec une bonne dose de respect et d’ouverture aux compromis, on pourra penser qu’on marche vers le progrès.

Le manger c’est également une façon de se manifester en tant que consom’Acteur! Le système actuel nous offre une grande diversité en toutes saisons grâce au commerce international, dont nous sommes d’ailleurs dépendants. Chaque aliment a son histoire et par extension, chaque recette est une épopée! Arrangeons-nous donc pour qu’elle soit jolie. D’ailleurs, ne sommes-nous pas ce qu’on mange?

Trop c’est comme pas assez

La vie occidentale moderne nous a habitués à un degré assez élevé de confort et de facilité, mais est-ce que les croquettes de poulet surgelées nous ont apporté la santé et le bonheur?

Sans idéaliser le passé, la tarte aux petites fraises d’antan, au temps où on cuisinait soi-même son pain et où on barratait son propre beurre, est-ce à dire qu’on a troqué un certain art de vivre pour plus d’efficacité, plus de temps? Et pour quoi faire au juste?

Si les générations précédentes passaient beaucoup de temps et d’énergie pour combler leurs besoins primaires, en manquaient-ils pour leurs besoins d’esprit? Sans juger, on peut les comprendre d’avoir voulu se faciliter la vie après avoir trimé si dur. Les plus jeunes n’auraient sûrement pas fait autrement à leur place mais avec le recul, en délégant notre production de nourriture, c’est notre indépendance qui est en jeu! Avons-nous conscience aujourd’hui de la fragilité et du coup réel de notre mode de vie? À bien observer, les questions viennent et il est légitime de les soulever.

Système parallèle

En observant nos dirigeants se complaire dans l’économie mondialisée, on voit clairement que notre indépendance alimentaire ne se trouve pas très haute sur la liste de leurs priorités. Oui des initiatives sont subventionnées car il y a aussi de la bonne volonté dans les sphères gouvernementales mais si les profondes aspirations du peuple devaient être véritablement catalysées, nous verrions s’accomplir une révolution constructive. Parce qu’au-delà de la partisanerie qui divise nos forces, subsiste le bon sens et une vision commune. Cette conviction dans nos tripes qu’un monde plus logique et plus juste est à portée. La solution n’est pas partisane, ni même politique mais bien systémique. Elle ne viendra pas d’en haut, elle reprend racine! C’est ça qui est dans le cœur des québécois! On est même en droit de se projeter comme un modèle international. Notre climat nordique nous pousse à innover ainsi que notre goût ancestral pour la liberté nous pave la voie.

Inter-indépendance

Cette volonté se manifeste à travers des dizaines d’initiatives citoyennes qui prennent pied dans toutes les régions et le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne fait pas exception, au contraire! Et de notre majestueux point de vue, le Bas-Saguenay, avec tous ses petits villages et son grand fjord, a en soi tout ce qu’il faut pour faire partie intégrante de l’avenir. Et il ne s’agit pas d’un repli sur soi mais bien d’une redécouverte de notre potentiel par la réappropriation de nos moyens de subsistance. De réapprendre à se connaître par la terre pour mieux échanger avec les autres, qui, souhaitons-le, ont une destinée aussi belle que la nôtre.

Que notre histoire se résume dans nos assiettes. Bon appétit!