Petit-Saguenay entre dans la modernité

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L'abbé Antonio Larouche, curé de Petit-Saguenay, lors de la bénédiction du nouveau barrage le 20 août 1950.

Au cours des premières décennies de l’histoire de Petit-Saguenay, les familles vivent d’abord de l’exploitation de la forêt, alors que les hommes passent l’hiver sur les chantiers pour y récolter la ressource bois qui est ensuite transformée dans les moulins à scie de la région ou exportée vers les États-Unis. Au printemps, les familles préparent la mise en culture de leurs quelques hectares de terre pour se nourrir jusqu’à la saison morte. Le cycle se poursuit ainsi année après année. On vit très simplement, avec d’un côté une agriculture de subsistance et de l’autre les maigres salaires qu’on obtient sur les chantiers forestiers.

L’établissement de fromageries et de beurreries améliore un peu les conditions de vie des familles, qui peuvent ainsi transformer une partie du lait produit par leurs troupeaux afin de le commercialiser. Tranquillement, on voit aussi apparaitre quelques commerces : des boutiques de forge et d’ébénisterie, des magasins généraux, une mercerie, des hôtels, une caisse populaire, signe de diversification économique et d’une plus grande prospérité. C’est au tournant des années 1950 que Petit-Saguenay entre toutefois dans la modernité, à la faveur du développement hydroélectrique et des progrès techniques dans le domaine de la foresterie.

L’électricité, signe de modernité

La coopérative d’électricité de Petit-Saguenay et de L’Anse-Saint-Jean nait le 21 février 1949, sous la présidence de Joseph Houde, alors maire de Petit-Saguenay, et la vice-présidence de Napoléon Bouchard, un cultivateur important de L’Anse-Saint-Jean. Dès août 1949, le premier ministre Maurice Duplessis annonce la construction d’un barrage sur la rivière Petit-Saguenay par l’Office de l’Électrification Rurale.

Le barrage, d’une puissance de 225 kW, est construit au coût de 75 000 $, dont 30 000 $ en souscriptions du milieu. En dollars d’aujourd’hui, on parle d’un investissement d’environ 800 000 $ et d’une mise de fonds de plus de 300 000 $ en provenance des deux municipalités voisines. Quand on considère les moyens de l’époque, c’est une participation exceptionnelle de la population locale. La centrale est finalement inaugurée en grande pompe le 20 août 1950 en présence de nombreux dignitaires et de centaines de citoyens et de citoyennes des deux municipalités.

Dès 1951, le réseau électrique est étendu pour desservir Rivière-Éternité et Saint-Félix-d’Otis. Cette expansion et une croissance annuelle de près de 15% de la demande électrique au tournant des années 60 apportent toutefois leur lot de difficultés à la coopérative, qui connait de fréquentes coupures de service. L’arrêt de la centrale de Petit-Saguenay, dont l’usine de génération est lourdement endommagée par l’inondation de 1963, sonne toutefois le glas de la coopérative. Celle-ci doit raccorder son réseau à celui de la Compagnie électrique du Saguenay. Puis, en 1965, elle liquide ses actifs au profit d’Hydro-Québec dans le cadre de la nationalisation de l’électricité.

L’apogée de la foresterie     

Le moulin à scie de la compagnie Jos Houde au Lac Pilote dans les années 1960.

Dans les années 1950, l’industrie du bois connait de son côté une expansion sans précédent, notamment grâce à la mécanisation. L’introduction des scies mécaniques, des tracteurs et des autres équipements motorisés rend les travailleurs plus productifs, réduisant du même coup les besoins en main d’œuvre, tout en améliorant considérablement les conditions de travail. À Petit-Saguenay, cette modernisation se fait sous l’égide de la compagnie Jos. Houde Limitée et des chantiers coopératifs fondés par l’Union catholique des cultivateurs (UCC), l’ancêtre de l’Union des producteurs agricoles.

Joseph Houde prend la relève des familles Brouillard et Price dans l’exploitation de la forêt à Petit-Saguenay. Entre 1939 et 1968, il construit plusieurs moulins sur le territoire, au Lac Charles-Dallaire, au Lac Mordeux, au Lac à la Loutre et au Lac Pilote, avant de construire une usine de sciage moderne sur le bord de la route régionale en 1968, usine qui est toujours en opération aujourd’hui. C’est d’ailleurs pour permettre l’exportation du bois des usines de Joseph Houde que le gouvernement fédéral construit un quai en eau profonde en 1960, quai qui sera très peu utilisé à ces fins mais deviendra plus tard le cœur de l’image touristique de Petit-Saguenay.

Pendant les années 1950, l’UCC opère des chantiers coopératifs avec une trentaine d’hommes, qui fournissent en bois la compagnie Jos. Houde Limitée. Elle représente également les travailleurs de cette dernière, qui obtiennent leur première convention collective en 1952. Le syndicat est véritablement au cœur des initiatives d’économie sociale de l’époque et contribue grandement à l’amélioration des conditions de vie des cultivateurs. C’est notamment sous son égide qu’est fondée en 1956 la Co-op de consommation de Petit-Saguenay, qui deviendra plus tard la principale épicerie de la municipalité.

Un village moderne                  

Du côté du village, on trouve déjà un réseau d’eau potable et d’égout. La rue principale est la première à être pavée dans le Bas-Saguenay. Du côté des services de santé, on bénéficie pendant quelques années de la présence d’un médecin en résidence, le Dr. Jacques Gobeil, qui opère à partir du dispensaire de la municipalité. Pour scolariser les enfants du baby boom, on construit un couvent sous la direction des Sœurs du Bon-Conseil, qui est inauguré en 1948, puis un « collège » en 1954, qui deviendra plus tard le Centre des loisirs. Riche de sa forêt, Petit-Saguenay est reconnu à cette époque comme une municipalité prospère dans toute la région.