Gabrielle, 17 ans, originaire de Petit-Saguenay et résidente de L’Anse-Saint-Jean. Dernière chronique de son séjour de 10 mois dans une famille d’accueil brésilienne.
Comment ça va chez nous?
Le temps des sucres, les p’tits bourgeons, la slush brune d’in rues, les pieds mouillés et le retour des coups de soleil… C’est le printemps! Bon, on sait bien que ça ne dure jamais très longtemps et que bientôt ce sera déjà la chaleur, la sueur et les popsicles qui vont vous rattraper… Et me suivre. Ah moi qui croyais avoir un break en revenant au Québec!
Et oui, « revenir » ça occupe une bonne partie de mes pensées maintenant que je me suis résolue à l’accepter. Plus les jours passent, plus ce mot me vient à l’esprit, chaque jour, de plus en plus souvent.
Revenir à la maison.
Retourner chez moi.
…
Ces mots si simples mais à la fois si forts… Remplis de grandes émotions.

Je profite de chaque moment ici comme si c’était le dernier. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde. Je prends des photos dans ma mémoire, dans ma tête. Je continue à me créer des souvenirs, à apprécier, à sourire, à contempler… J’essaie d’apprendre tout ce que je peux, farcir ma tête jusqu’à ce qu’elle déborde, qu’elle soit proche d’exploser. J’essaie de tout voir, tout sentir, tout écouter. Parce que je veux me rappeler. Ne jamais oublier. Je voudrais tout rapporter avec moi, tout vous montrer. Je voudrais y rester, mais en même temps revenir. C’est tellement bizarre. J’essaie de ne pas y penser. J’essaie fort. Mais c’est tellement difficile.

Un côté de moi me fait sourire, me montre mon retour. Je pense à quand je vous reverrai, quand je me jetterai dans vos bras en pleurant de joie. Je pense à revoir vos sourires, réentendre vos rires. Je revois l’Anse, P’tit-Sag, ma maison, nos montagnes, notre Fjord. Je pense à tous ces lieux, ces moments, ces sentiments que je reverrai, que je revivrai… Je pense à quand je me sentirai chez moi dans tout ce que je connais déjà.
Mais il y a aussi cette autre partie de moi. Celle qui ne sourit pas, qui laisse la tristesse l’envahir. La pensée de quitter ce pays qui m’a tant appris. Accepter que toute bonne chose a une fin, même s’il en existe tant dont on ne voudrait jamais se séparer.

Un aurevoir c’est difficile, mais c’est fort. C’est celui qui a donné tant de valeur à tout ce que j’ai vécu depuis le début. Bientôt je vais quitter cet endroit dont je me suis imprégnée, cet endroit qui m’a un peu adopté. Dire au revoir à la mer, à la plage, à cette forêt… M’éloigner de tous ces fruits exotiques et ces plats délicieux. Quitter cette culture tellement riche, tellement belle, cette musique incroyable. Mais partir d’ici c’est aussi quitter ceux qui m’entourent. Ces gens qui m’ont reçue, m’ont ouvert leurs bras, m’ont souri dès mon premier pas dans le pays. Ceux qui m’ont tout montré, tout enseigné, tout expliqué. Ceux avec qui j’ai partagé, ri, dansé et chanté.

Ces amis et cette famille que j’ai rencontrés ici et que jamais je n’oublierai. Ceux qui se sont frayé un chemin dans mon cœur, pour à jamais y rester. Je pars d’ici sans date de retour, sans savoir qui partira à son tour. Je pars d’ici en disant au revoir, sans savoir pour qui ce sera mon dernier. Mais même si c’est difficile, ça fait partie de cette expérience, ça fait partie de la vie. Ça montre notre nature, le fait de sentir, d’exprimer. Ça montre à quel point on peut partager, s’adapter. On voit la force de l’amitié et sa fluidité quand elle est véritable. On peut voir un échange et des apprentissages dans la compréhension et l’acceptation. Mon voyage n’a peut-être duré qu’un an, mais pour moi il a été grand. Il a été important parce qu’il m’a fait grandir, connaître, comprendre et découvrir. Et parce que ce n’est que le premier.
J’ai décidé de partir pour découvrir, et maintenant je vais rentrer changée.
Merci à tous ceux qui m’entourent de m’avoir permis de vivre ce que j’ai vécu.
Bientôt je serai de retour pour tout vous raconter et vous partager ma nouvelle vision du monde…













