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Le pont du Faubourg, à L’Anse-Saint-Jean

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pont couvert sur la glace
Au fil des ans, les débordements d’eau de la rivière et les embâcles de glace se succèdent.

Bientôt centenaire, le pont couvert du Faubourg est un incontournable du paysage anjenois. C’est aussi un bel exemple d’infrastructure résiliente qui a su s’adapter aux aléas climatiques, tout en assurant un lien routier important entre les deux rives de la rivière Saint-Jean. Enfin c’est un monument classé qui attire les touristes et fait la fierté des citoyens pour sa valeur historique, culturelle et architecturale. Depuis 2009, une exposition permanente s’est invitée dans son antre transformé en galerie d’art.

Trait d’union entre deux rives

Le pont couvert que l’on connaît aujourd’hui a été érigé l’année suivant les précipitations abondantes de mai 1928 qui ont causé d’importants dommages sur l’ensemble du réseau routier local. L’année suivante, la municipalité s’engage alors à défrayer les coûts de construction d’un nouveau pont. Une décision qui n’a pas fait l’unanimité dans la population en raison de la dette engagée qui pesait lourdement sur les finances du village.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, ce type d’ouvrage est pourtant très populaire, avec une durée de vie estimée à 80 ans par rapport à 10 ans pour un pont de bois classique. Un dénommé Laurent Bouchard, charpentier-menuisier âgé d’à peine 18 ans et originaire des Éboulements dans Charlevoix, est devenu le maître d’œuvre des travaux de construction, sous l’égide d’Auguste Beaudet. On lui doit d’être parmi les plus actifs entrepreneurs de l’époque, entre autres pour l’érection du pont, de l’église, d’un des premiers hôtels du village et la construction de plusieurs goélettes.

Le pont emporté par les glaces en 1986

Au fil des ans, les débordements d’eau de la rivière et les embâcles de glace se succèdent, sollicitant des travaux de restauration. Les plus récents datent de 1979, 1986, 1994, 2012 et 2021. Au début des années 80, le ministère des transports, devenu propriétaire de l’infrastructure, procède à l’installation d’un pilier central pour le renforcement de l’ouvrage. Cependant, ces travaux de consolidation n’ont pas suffi à atténuer l’impact des sautes d’humeur de la rivière puisque la rupture brusque du couvert de glace du 2 avril 1986 déboulonne d’un trait les assises du pont du Faubourg. Le pauvre pont se retrouve à 1,5 km dans le delta de la rivière. Cet événement a failli mettre un terme à l’existence du pont. C’est l’attachement de la communauté envers ce joyau patrimonial et le service rendu par ce lien routier qui a penché pour sa sauvegarde.

Les opérations de sauvetage

Depuis sa construction, la récurrence des événements inondations – embâcles se succèdent et causent bien des maux de tête aux intervenants de la municipalité et de la sécurité civile. En 1986, la structure a été relevée d’un mètre permettant une meilleure fluidité du passage des glaces. L’opération de déglaçage printanière des eaux du fjord du Saguenay, entretenue par le brise-glace de la garde côtière canadienne, joue un rôle capital.

Lors de la récente embâcle de 2021, la municipalité utilise une pelle mécanique dans l’estuaire de la rivière pour le cassage du couvert de glace. Réalisé à marée basse, cet exercice de morcellement connait un succès sous des conditions de marées et de vents favorables. Néanmoins, cette solution comporte des risques environnementaux et de sécurité rattachés aux opérations.

Une solution d’adaptation à portée de main

Nous sommes en 2024 et la problématique des embâcles et des inondations est toujours d’actualité et demeure une préoccupation majeure pour les propriétaires de la rue du Faubourg. Outre le pont patrimonial et les propriétaires résidents, la menace s’étend aussi au sentier linéaire cyclable longeant la rivière. Si le réseau d’eau potable de la rue du Faubourg est sinistré, c’est tout le secteur nord du village qui se verrait privé d’eau. Rien pour rassurer la population, les scénarios climatiques anticipés par les scientifiques pour les 30 prochaines années prévoient des crues d’eau de plus en plus extrêmes et dommageables.

Le pont couvert est emporté par l'embâcle de 1986.

Suite à une étude réalisée en 2021 par le Laboratoire d’Expertise et de Recherche en Géographie Appliquée (LERGA) de l’UQAC, une option d’atténuation est avancée : Pour diminuer l’impact des embâcles, une réouverture de l’ancien méandre de la rivière, fermé lors de la campagne d’enrochement après le déluge de 1996, ouvrirait la voie à la pénétration des glaces et de l’eau de fonte durant les crues printanières. Cette reconnexion permettrait de libérer ou d’alléger le volume et le débit d’eau et de glace en circulation dans le tronçon principal de la rivière qui menace le pont plus en aval et l’environnement de la rue du Faubourg.  Une seconde étude en cours de réalisation, sous l’égide de l’équipe de chercheurs universitaires, tente d’en apprendre plus sur les conditions hydrologiques, la dynamique fluviale et glacielle pour mieux comprendre les impacts des glaces, de la rivière et du niveau des eaux sur la sécurité civile.

À partir de ces nouvelles informations, un modèle du comportement de la rivière, avec et sans reconnexion de méandre, sera élaboré en tenant compte de la nouvelle réalité climatique qui pèse sur les modèles existants. Élaborée dans un souci d’acceptabilité sociale, cette avenue de solution, en plus d’assurer une meilleure sécurité des lieux et des personnes, pourrait redonner au méandre les conditions naturelles d’antan favorables à la réhabilitation de l’habitat du saumon de l’atlantique et de l’omble de fontaine.