Une mémoire toujours vivante

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Deux bûcherons scient un gros pin au godendor

La foresterie est un sujet lié à l’histoire locale, à la colonisation et au développement économique de la région. Les municipalités du Bas-Saguenay y ont des racines profondément ancrées dès les débuts de l’exploitation forestière du territoire. Plusieurs familles et traditions locales en découlent.

Quand le « bois payait la ferme »

Dès 1837–1838, l’immense potentiel forestier du Bas-Saguenay attire des investisseurs. La Société des entrepreneurs des pinières du Saguenay (aussi appelée Société des Vingt-et-Un) ouvre les premiers moulins à scie au Saguenay et dans ses rivières tributaires, notamment autour de ce qui deviendra Petit-Saguenay et L’Anse-Saint-Jean.

Des draveurs transportent le bois vers le fjord
À l’époque le bois était acheminé par les rivières. On appelait cette technique la drave.

Très vite, l’entreprise de William Price (1789–1867), un marchand de bois britannique, achète les moulins du Bas-Saguenay. L’entrepreneur acquiert des scieries, exploite les forêts de pins et d’épinettes, développe le sciage et organise la collecte du bois via les rivières, puis l’expédition vers Québec ou l’étranger. Ses travailleurs sont parfois payés en bons échangeables dans les magasins de sa compagnie: « Tu travailles pour la compagnie, tu manges chez la compagnie. ». Ce système crée une dépendance, mais assure aussi une certaine stabilité économique dans les villages forestiers. Cela permet un revenu pour les fermiers en hiver, ces derniers peuvent quitter jusqu’à 5 mois l’hiver afin d’amasser de l’argent pour les bêtes et les bâtiments de leur ferme.

Évolution du commerce du bois

À l’époque, le colon vivait au rythme des saisons, quelques mois de dur labeur dans les champs en famille et quelques autres loin, au froid, dans les camps de bûcherons. L’exploitation intensive du pin blanc, surtout dans la première moitié du XIXᵉ siècle, a rapidement réduit cette ressource locale, ce qui a poussé les industries à diversifier leurs coupes vers l’épinette et d’autres essences. Autour des années 1960, l’entreprise William Price perd de son ampleur, provoquant une mobilisation afin de récupérer nos forêts. Un peu après, en 1963, Ferland-et-Boileau crée sa Coopérative forestière, l’une des grandes fiertés de la municipalité !

Au milieu du 20ᵉ siècle, l’industrie forestière demeure un pilier économique de la région, et elle se modernise : mécanisation, meilleure gestion des ressources, début de la transformation du bois en produits de pulpe et papier. Dans les années 1950–1960, l’électrification rurale et l’amélioration des infrastructures facilitent l’essor des industries forestières et l’accès aux zones plus reculées, comme celles des municipalités du Bas-Saguenay.

En date d’aujourd’hui

Alors que certains sites forestiers historiques s’intègrent maintenant dans l’identité culturelle, plusieurs municipalités combinent aujourd’hui tourisme, agriculture et foresterie durable. La surconsommation de nos arbres a poussé les entreprises de coupes de bois à investir dans le reboisement suite à une coupe. Le besoin se trouve moins grand qu’avant ce qui, malheureusement, entraine des pertes d’emplois. Bien que l’industrie forestière prenne moins de place dans notre économie, elle fait encore souvent parler d’elle dans l’actualité. Nos oncles ou grands-parents qui nous racontent les péripéties dangereuses des draveurs, l’intensité du froid et de l’isolement dans les camps sans oublier l’importance du cuisinier, car sans lui pas de chantier !

Un héritage bien enraciné

Finalement la foresterie a laissé sa trace partout : dans les noms de chemins, de ruisseaux, dans les histoires racontées aux veillées, et dans le caractère même des gens du Bas-Saguenay. Respect de la nature, entraide, persévérance autant de valeurs héritées du travail en forêt. Aujourd’hui, même si l’économie s’est diversifiée, la forêt demeure un pilier identitaire. Elle continue de relier les générations, rappelant que nos villages se sont bâtis, à la force des bras, à la sueur des fronts et au rythme des saisons.

 

Sources
• Société historique du Saguenay
• Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)
• Musée du Fjord
• Ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec
• Coopérative forestière de Ferland-et-Boilleau
• Parc national du Fjord-du-Saguenay