Afin de mieux cerner les enjeux qui entourent l’avenir de l’industrie forestière au Québec, le Trait d’union est allé poser quelques questions au ministère des Ressources naturelles et des Forêts. En voici le compte-rendu.
Combien de travailleurs de la forêt au Québec ?
En 2024, l’ensemble du secteur forestier employait directement plus de 57 000 personnes. Il s’agit d’emplois en forêt (9 697), dans l’industrie des produits du bois (29 500) et dans l’industrie du papier et des produits connexes (18 100).
Il n’est pas exagéré de dire que l’industrie forestière est actuellement en crise. Quelles sont les solutions envisagées par le gouvernement ? Quelle place est attribuée aux petites entreprises dans ce plan ? Quelles sont selon vous les causes de la crise actuelle ?
Les conditions difficiles sur les marchés du bois d’œuvre depuis plusieurs mois ont de lourds impacts sur l’industrie de la transformation du bois : tarifs, droits compensateurs et antidumping qui totalisent actuellement 45,16 % pour les exportations de bois d’œuvre aux États-Unis. Les droits antidumping (AD) visent à lutter contre le « dumping », c’est-à-dire la pratique consistant pour les fabricants à vendre/exporter des marchandises vers un autre pays à des prix inférieurs au coût de production ou à la juste valeur marchande.
Les droits compensateurs (CVD) sont des droits de douane imposés sur les biens importés pour contrer les subventions accordées par les gouvernements étrangers à leurs producteurs, leur conférant un avantage déloyal en réduisant leurs coûts de production.
Depuis 2017, les exportations canadiennes de bois d’œuvre résineux aux États-Unis sont assujetties à des droits CVD et AD et ces taux sont révisés annuellement. Le 25 juillet 2025, les droits AD sont ainsi passés de 7,66 % à 20,53 %. Le 8 août 2025, le taux CVD est passé de 6,74 % à 14,63 %. Ainsi, les droits tarifaires moyens totaux sont passés de 14,40 % à 35,16 %.
Le 14 octobre 2025, le tarif total sur le bois d’œuvre résineux est passé à 45,16 % avec l’ajout d’un 10 % découlant des résultats d’une enquête en sécurité nationale, déclenchée en vertu du Trade expansion Act de 1962. Ce « tarif » de 10 % est ajouté aux CVD et AD.
Le gouvernement du Québec suit de près la situation et continuera de soutenir les entreprises et les communautés affectées par la crise forestière. Des programmes d’aides financières sont disponibles pour appuyer les employés touchés par des fermetures et soutenir les activités des entreprises ainsi que leurs projets.
On voit ici que les tarifs de nos voisins américains sont une des causes majeures de la crise forestière : outre l’ouverture vers de nouveaux marchés, la 2e transformation de notre bois est-elle une des solutions envisagées ?
La première transformation consiste à usiner la matière première, sous forme de bois rond, copeaux, sciures, rabotures, écorces, bois et papier récupérés, par un établissement pour en faire un produit fini ou semi-fini.
La 2e transformation du bois constitue une opportunité pour permettre à l’industrie des produits forestiers de diversifier son panier de produits afin d’améliorer sa compétitivité et de réduire sa dépendance envers le marché américain. La transition de l’industrie vers des produits de 2e transformation à plus grande valeur ajoutée permet à l’industrie de réduire sa vulnérabilité face aux risques commerciaux associés aux produits de première transformation. Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts soutient notamment des projets dans la 2e transformation du bois via le Programme Innovation Bois.
On entend souvent dans les médias que le nouveau régime forestier a dû faire marche arrière car il ne prenait en compte que les intérêts de l’industrie forestière, sans consulter les autres acteurs concernés, comme les premières nations ou les entreprises de plein air. Que pensez-vous de ce constat ?
Le projet de loi no 97, Loi visant principalement à moderniser le régime forestier (PL97) a été présenté le 23 avril 2025 à l’Assemblée nationale en réponse aux multiples défis auxquels est confronté le secteur forestier, notamment le contexte économique difficile dont les droits compensateurs imposés par les États-Unis, de même que les changements climatiques. L’objectif du PL97 était de mettre en place un régime forestier permettant d’offrir plus de flexibilité et d’agilité, de simplifier la gestion forestière, de renforcer les partenariats avec les communautés autochtones, d’assurer une meilleure régionalisation de la prise de décision et d’améliorer l’environnement d’affaires des entreprises du secteur forestier.
Préalablement à la présentation du PL97, le MRNF a mené une vaste démarche de consultation intitulée les Tables de réflexion sur l’avenir de la forêt. Le gouvernement a été à l’écoute des différentes parties prenantes du domaine forestier, dont des représentants d’entreprises, d’organismes de défense de l’environnement, d’organismes représentant les pourvoyeurs et les villégiateurs, de municipalités et de communautés autochtones. Près de 500 personnes ont participé aux diverses rencontres de consultation et 175 mémoires ont été soumis au MRNF. De plus, suivant la présentation du PL97 à l’Assemblée nationale en avril 2025, plus de vingt groupes ont participé aux consultations particulières en mai et juin 2025. De plus, 50 mémoires ont été déposés et plus de 100 commentaires de citoyens ont été émis sur le site de l’Assemblée nationale. Tout au long de ce processus de consultation, les communautés autochtones ont été invitées, à plusieurs reprises, pour discuter tant sur l’avenir de la forêt, que sur le régime forestier et les opportunités de modifications législatives que pourrait comporter le projet de loi.













