Dominique Côté, bûcheron dans l’âme

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Dominique Côté en haut du Mont-Édouard où il a terminé sa longue carrière de bûcheron !

C’est à la fin des années 60, début 70 que Dominique Côté commence à travailler dans le bois.

Ce natif de L’Anse-Saint-Jean est né le 22 juillet 1951 dans la maison de ses parents, au coin des routes. « Dans ce temps-là, dans toutes les petites municipalités, il y avait une Coop forestière. J’ai été à l’école jusqu’à ma 11e année, j’ai fini à Port-Afred, à 17 ans. C’est alors que mon père, Clément Côté, contremaître pour la Coop, m’a demandé de venir bûcher avec lui. C’est le curé Bouchard qui avait commencé ça la Coop, les gens l’appelaient aussi le Syndicat. J’y suis resté 2 ans. »

Crédit photo : Agence Canopée

« Après ça j’ai travaillé comme abatteur chez les Price, je travaillais avec un gars sur une débusqueuse. On faisait du bois de pulpe, des billots de 4 pieds. On était payé 7,75 de la corde ! À la fin j’arrivais à en faire 7 par jour ! »

Par la suite, Dominique a travaillé sur les chenaux, pour la Donahue, il devait monter par Périgny au camp Beaulieu. « On coupait le bois, on l’ébranchait pis on envoyait ça dans la rivière Malbaie et ça partait vers le moulin de Clermont. »

L’arrivée des CAAF

Le bûcheron me confirme que le travail en forêt s’est énormément transformé au cours des cinquante dernières années. « Quand la technologie des moulins à papier a changé, ça a aussi changé notre style d’abatage. Les papetières avant ça, elles prenaient tout le sapin et toute l’épinette, juste en 4 pieds. Quand la thermomécanique est arrivée, on pouvait faire du papier avec des copeaux de bois. C’est comme ça que les petites scieries ont pu se réapprovisionner en bois d’œuvre. Le marché s’est alors développé. »

Au début des années 1980, sous le gouvernement de René Lévesque, les Contrats d’Approvisionnement et d’Aménagement Forestier (CAAF) ont été introduits au Québec. Ces contrats ont remplacé les anciennes concessions forestières, obligeant les entreprises à respecter des plans d’aménagement durable en échange du droit de coupe.

La fin de la drave.

« Avec l’environnement qui commençait, les compagnies pouvaient plus envoyer leur bois dans les rivières. Ça s’est pas faite tout d’un coup mais quand je travaillais sur les chenaux, ça a changé considérablement notre façon de faire. Notre bois, on faisait juste le couper et l’ébrancher et on avait alors des camions qui venaient le ramasser et qui l’emportaient vers les scieries. »

Dominique continue la visite guidée dans les forêts des années 1980 ! À cette époque, les bûcherons étaient tous payés à forfait, à l’arbre. « Quand la compagnie avait un problème, elle sous-traitait ! Au début, elle prenait des contracteurs avec des engins pour ébrancher les troncs d’arbres qu’on avait bûchés et porter le bois dans des camions qui partaient au moulin. Après ça, on a vu arriver des abatteuses. Elles bûchaient le bois mais l’ébranchaient pas … c’était des abatteuses conventionnelles. »

            – Mais alors vous n’aviez plus de travail !
           – On bûchait encore à des endroits où la grosse machinerie ne se rendait pas !                          On a travaillé pour la Donahue jusqu’en 1987. 

C’est alors que Dominique a commencé à la Coop de Laterrière où il est resté 20 ans. « Ce n’était pas encore complètement mécanisé le travail dans le bois, mais quand ça a fini par arriver, je suis allé débroussailler ! On partait pour la semaine mais dès les années 70, 75, les conditions des travailleurs étaient bien meilleures! On avait de beaux camps, de la bonne nourriture. »

L’arrivée dans le bois des multifonctionnelles*

« Nous avec une débusqueuse, on passait jamais à la même place. On faisait ce qu’on appelle du pré-commercial, on coupait un arbre sur trois, le moins beau. Ça, ça avait du bon sens mais c’était pas rentable pour la compagnie. À c’tte heure, quand on bûche, on appelle ça des coupes de régénération, mais ça ne peut pas se régénérer après le passage des multifonctionnelles. Les têtes des arbres restent dans le bois, toutes les branches restent dans le bois. Y’a un principe en forêt bien simple, quand tu bûches et que tu laisses trop de matériel sur le parterre de coupe, ça repousse juste en sapin. La compagnie, ce qu’elle veut c’est que le chemin qu’elle vient de faire, il ramène un maximum de bois. Si tu en ramènes juste 50 ou 60 %, y’a pas assez d’argent à faire ici. Mais quand tu coupes à blanc, tu viens de couper ta relève ! Une forêt en santé, c’est une forêt mixte, il faut des arbres de toutes les espèces, de tous les âges. »

L’heure de la retraite

Crédit photo : Agence Canopée

À 65 ans, Dominique s’apprête à vivre une retraite bien méritée. Mais c’est à ce moment-là que son ami d’enfance Claude Boudreault, alors directeur du Mont-Édouard, l’appelle pour lui proposer de travailler à développer le secteur haute route.

Le Hibou, les Géants, la Grive, le Grand pic et le Gardien, des secteurs que Dominique connait très bien ! « Le secteur du Gardien, on l’appelle ainsi en l’honneur de Narcisse Côté, gardien de feu sur le Mont Laure Gaudreault. Celui des Géants, c’est pour mettre de l’avant les grands bouleaux jaunes qui ornent le secteur. »

– Alors finalement c’est à 70 ans que vous avez pu laisser au repos votre scie                         mécanique ?

– Ben non, je fais mon bois de poêle avec mes chums !

*Abatteuse-multifonctionnelle : La “multi” ne se limite pas seulement à l’abattage des arbres, mais va aussi réaliser l’ébranchage et le tronçonnage à la longueur désirée. Une fois les billots au sol, le transporteur les récupère pour les empiler en bordure du chemin forestier.