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Entre chiens, loups et changements climatiques

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Un couple et un jeune chiot devant une corde de bois.
Vanessa et Goulwen, propriétaires de l'entreprise Entre chiens et loups.

Aujourd’hui, je pars à la rencontre de Vanessa et Goulwen d’Entre Chiens et Loups. Je prends la direction du rang Périgny : les paysages sont déjà bien enneigés. À mon arrivée, je suis accueillie par une maman Malamute et ses trois chiots, en liberté sur la propriété. Ils se chamaillent et viennent chercher des caresses. Vanessa me fait visiter leur chenil et leurs nouvelles installations, dont une belle grange rénovée. On rentre au chaud pour jaser adaptation aux changements climatiques.

Est-ce que l’entreprise de chiens de traîneau anjenoise est impactée par les changements climatiques ? La réponse est oui. Beaucoup. Cela fait plusieurs années que le temps des fêtes est compliqué à cause des redoux et des épisodes de pluie.

« Ça fait 30 ans que je fais du chien de traîneau et je n’avais jamais fait Noël à la maison. Là, ça fait deux ans de suite. Je trouve ça un peu spécial quand même. »

Pourtant, le temps des Fêtes représente près de 25 % du chiffre d’affaires de cette entreprise touristique heureusement bien établie. « S’il y avait eu ces conditions climatiques lorsque j’ai démarré, je ne sais pas si j’aurais continué. Ça aurait été trop compliqué financièrement », imagine Vanessa.

La musher nous partage ses observations. Les années se succèdent et ne se ressemblent pas. Toutefois, les hivers sont généralement moins froids. Le plus grand enjeu lié à ce réchauffement global, c’est la gestion des cours d’eau. En 2007, leurs sorties passaient sur la rivière. Depuis, ils ont installé un pont avec trois autres copropriétaires pour pouvoir traverser en toute sécurité.

De même, les lacs gèlent de plus en plus tardivement. Cela retarde l’ouverture de leurs expéditions, pour lesquelles ils empruntent notamment le lac Emmuraillé, seulement à partir de la mi-janvier.

« C’est beaucoup de travail les expés, mais on ne veut pas lâcher parce qu’il y a une clientèle pour ça. Et puis surtout les chiens aiment ça, les guides aiment ça, et nous aussi c’est ce qu’on préfère. »

Ils observent aussi de plus en plus de points de chaleur sur les lacs. Leur gestion des risques devient donc plus délicate. « Avant, on se promenait comme on voulait sur les lacs. Maintenant, on doit les baliser et définir une trail sur laquelle on passe », raconte Vanessa.

Enfin, le réchauffement amène aussi des espèces qui ne survivent habituellement pas au froid : les parasites. Le chenil a été infesté de puces cet été, un défi totalement nouveau pour Vanessa et Goulwen.

Afin de s’adapter, le couple a étudié différentes options. La première serait de développer des activités pour allonger la saison et diversifier les revenus : cani-cross (courir avec un chien attelé) et cani-rando (marcher avec un chien attelé). Cette avenue est possible notamment grâce à leur guide principale, Éloïse, arrivée il y a trois ans, qui a l’énergie et le physique pour développer ce genre d’activités guidées. « On a commencé à entraîner une dizaine de nos Alaskans pour offrir ce genre de sorties l’année prochaine. Les Malamutes, oublie-ça ! Ils sont ben d’trop massifs pour ça », lance Vanessa avec un sourire en coin.

L'entrainement des chiens commence en 4 roues
L’entrainement des chiens commence dès l’automne avec un 4 roues.

Une autre solution pourrait être d’investir dans des véhicules hors neige pour pouvoir opérer même lorsque la météo fait le yo-yo et que le couvert neigeux devient insuffisant. Il existe des karts à trois ou quatre roues, debout ou assis. Vanessa en utilisait lorsqu’elle avait son chenil dans le Jura, en France, avant de s’installer au Québec. « Mais c’est sûr que quand tu connais le traîneau… C’est complètement différent », avoue-t-elle. Cela permettrait néanmoins de faire travailler les chiens et de maintenir leur entraînement. « Y’a deux ans, durant la période des fêtes, on ne pouvait même pas les entraîner. On était sur la glace. Ça, c’est le pire. Ça peut les blesser. On pouvait même pas les sortir pour leur balade en liberté tellement c’était glissant. »

Cette option n’est pas encore retenue, notamment parce que ces véhicules demandent de gros investissements pour avoir des sentiers impeccables. « Si les variations de météo, c’est une fois de temps en temps, ça le fait. Mais si c’est récurrent année après année, on va être obligé de s’adapter », conclut Vanessa.

À la fin de l’entrevue, Vanessa soulève un dernier enjeu important pour le Bas-Saguenay selon elle : l’adaptation aux changements climatiques implique aussi de gérer l’augmentation de la fréquentation par les adeptes de motoneige hors-piste. Dès qu’une bonne bordée tombe, certains s’aventurent dans le secteur d’activités d’Entre Chiens et Loups. Cela abîme les trails de traîneau et crée parfois des conditions dangereuses pour les chiens et les clients. Vanessa et Goulwen ont même dû mettre fin à leurs expéditions de cinq jours pour cette raison. Le partage du territoire devient donc essentiel. Il faudra, collectivement, s’asseoir autour de la même table pour trouver des solutions qui permettent une cohabitation harmonieuse et sécuritaire entre tous les utilisateurs : skieurs, randonneurs, fatbike, motoneigistes et entreprises touristiques.