
Tempêtes, glaces instables et fragmentées, montée des eaux : les effets des changements climatiques frappent de plein fouet nos rives et l’érosion menace parfois les infrastructures. À L’Anse-Saint-Jean, la municipalité a décidé de passer à l’action en faisant appel à l’expertise du Comité ZIP Saguenay–Charlevoix (ZIPSC) pour un important projet de revégétalisation.
Une approche naturelle pour un défi climatique
Le tronçon aménagé, ciblé en 2023, longe la route menant vers la marina et le quai, un secteur vulnérable où la combinaison des vagues ainsi que le mouvement des glaces et des marées a fragilisé la rive. Par endroits, de vieux enrochements limitaient encore un peu l’érosion, mais ailleurs, le recul du talus devenait préoccupant.
Pour stabiliser ces zones, l’équipe de la ZIPSC a mis en œuvre différentes techniques de phytotechnologies: fascines de saules, boudins prévégétalisés, matelas de branches, boutures de saules, et plantation d’espèces ligneuses indigènes en bande riveraine. Ces techniques existent depuis longtemps mais leur importance prend aujourd’hui un tout autre sens. Face à l’accélération des changements climatiques, la prévention de ses effets devient plus importante que jamais. Les végétaux, par leur système racinaire, protègent naturellement les berges, dissipent l’énergie des vagues et renforcent la résilience des écosystèmes côtiers. Ils offrent une alternative durable et écologique aux méthodes d’enrochement traditionnelles! Afin d’être efficaces, ces méthodes doivent cependant être mises en place avant qu’une situation d’érosion ne soit plus contrôlable.
Une intervention pour préserver les habitats naturels
Avant le début des travaux en octobre 2023, la ZIPSC et la municipalité ont rencontré la population riveraine pour expliquer les interventions, répondre aux questions et assurer une bonne acceptabilité sociale du projet. Au total, 367 végétaux ont été plantés sur l’ensemble de la rive. Les sections les plus sensibles ont reçu les aménagements les plus robustes, dans le but d’offrir une protection supplémentaire.

Même si le site présente quelques défis, notamment la compétition par les plantes exotiques envahissantes et un entretien plus complexe, le suivi terrain de 2025 montre des résultats encourageants. Les différents aménagements fixés avec de robustes piquets et de la broche sont toujours bien implantés sur la rive et réduisent l’érosion à des niveaux très acceptables. Les végétaux, tels que les saules, les cornouillers et les spirées issus des aménagements de phytotechnologies démontrent une bonne capacité à s’implanter et à croître, malgré les conditions difficiles du bord de l’eau.
Fait intéressant: dans ce cas précis, les boudins prévégétalisés semblent particulièrement bien adaptés. Profitant de presque toute une saison de croissance en pépinière avant leur implantation, les tiges provenant de ce type d’aménagements sont plus nombreuses, plus grandes et plus vigoureuses que celles des autres types d’aménagements. Aussi, les boudins prévégétalisés ont présenté une solidité et une flexibilité d’installation permettant de compléter les aménagements de façon efficace.
Protéger les infrastructures et les milieux naturels
L’approche végétalisée permet aussi de réduire la pression de l’érosion sur les infrastructures, ce qui peut diminuer à long terme les coûts associés aux réparations et aux interventions d’urgence, souvent nécessaires après les tempêtes ou les hivers rigoureux.
Le fjord du Saguenay fait partie du Parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. En misant sur des aménagements végétalisés plutôt que sur des murs minéralisés, la ZIPSC offre non seulement une protection contre l’érosion, mais contribue aussi à maintenir un habitat essentiel à la biodiversité. Dans un contexte où plusieurs espèces sont déjà fragilisées par les transformations rapides de leur environnement, cette approche se révèle doublement pertinente.
Une expertise régionale en croissance
Ce projet démontre une fois de plus la capacité du Comité ZIP Saguenay-Charlevoix à mobiliser des partenaires, à adapter des technologies éprouvées et à intervenir dans des milieux où les enjeux climatiques se multiplient. L’équipe municipale a maintenant pris le relais pour assurer l’entretien, mais l’expérience acquise ouvre la porte à d’autres initiatives semblables ailleurs sur le territoire.
Dans une région où les berges sont au cœur du paysage, du tourisme et de l’identité locale, chaque projet de restauration contribue à renforcer la résilience collective face aux changements climatiques. Lorsque la nature redevient la première ligne de défense, les solutions peuvent être à la fois durables, économiques et porteuses d’avenir.













