La crise forestière que traverse actuellement le Québec frappe de plein fouet nos régions et met en lumière les vulnérabilités d’un secteur au cœur de notre histoire et de notre identité collective. Au Bas-Saguenay, la faillite de la scierie de Petit-Saguenay a été un choc. Mais passé l’émotion, il faut prendre le temps d’analyser la situation pour mieux comprendre quel avenir nous voulons bâtir pour notre forêt.
La crise actuelle ne surgit pas de nulle part. Les tarifs toujours en vigueur à la frontière américaine pèsent lourdement sur nos exportations et contribuent à maintenir les prix du bois à un niveau insuffisant pour assurer la rentabilité de plusieurs entreprises. Dans une industrie où les marges sont minces et la volatilité élevée, ces droits compensateurs fragilisent des organisations déjà sous pression. Toutefois, la conjoncture internationale, aussi difficile soit-elle, ne peut servir d’unique explication.
Nous avons également manqué une occasion majeure de corriger certaines faiblesses structurelles. La réforme du régime forestier aurait pu constituer un moment charnière pour moderniser l’industrie, simplifier la planification et renforcer l’acceptabilité sociale des interventions en forêt. Or, elle s’est plutôt traduite par de la division et de l’incertitude. Plus préoccupant encore, elle ouvrait la porte à un recul des normes environnementales et à une diminution de l’implication des communautés locales dans la planification forestière. Dans un contexte de changements climatiques et de pressions accrues sur les écosystèmes, ce n’est pas la direction à prendre.
Si nous voulons que nos régions forestières prospèrent durablement, le Québec doit se doter d’une véritable politique forestière industrielle. Celle-ci devrait accroître la productivité des zones clairement dédiées aux activités forestières, tout en assurant une protection rigoureuse des milieux naturels sensibles et en maintenant l’accès au territoire pour les autres usages : villégiature, récréotourisme et activités traditionnelles. Elle doit aussi miser sur la modernisation des usines et sur le développement des filières de deuxième et de troisième transformation, afin d’augmenter la valeur créée à partir de chaque mètre cube récolté. Les pays scandinaves démontrent qu’il est possible de conjuguer intensification durable, innovation technologique et standards environnementaux élevés. Nous aurions avantage à nous inspirer de ces approches.
Enfin, la transition doit être juste. Les communautés forestières ne peuvent être laissées à elles-mêmes pendant que le marché se transforme. Accélérer la diversification économique, soutenir l’entrepreneuriat local et investir dans la formation constituent des priorités incontournables. Si les gouvernements du Québec et du Canada consacraient à la forêt ne serait-ce qu’une fraction des efforts financiers investis dans l’industrie automobile ou la filière batterie, nos régions disposeraient de leviers beaucoup plus solides pour affronter l’avenir.














