Les Gardiens du territoire.

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Au travers du programme de jeunes gardiens, outre les savoirs ancestraux, de nombreuses formations sont organisées, des rencontres avec des biologistes, des archéologues, des agents territoriaux.

Rencontre avec Daniel Capistran de la communauté Wolastoqiyik Wahsipekuk* et agent des relations autochtones à Parcs Canada

Le principe de gardiens du territoire semble simple. Il s’agit de bénéficier du savoir des aînés, en favorisant un transfert de connaissances qu’ils ont eux-mêmes reçues de leur grand-père et de leur père. Cette connaissance du territoire qui permet aux nations autochtones d’honorer leur responsabilité culturelle de prendre soin des terres et des eaux. La transmission d’un savoir ancestral, jumelé à des savoirs scientifiques du XXIè siècle, favorise ainsi la santé d’un territoire pour le bien de l’ensemble de la nation, tout en permettant à des communautés autochtones de se réapproprier leur culture, toute cette culture du territoire qu’on a voulu assimiler avec la création des réserves et des pensionnats.

En vue d’un processus de réconciliation, le programme de gardiens fait ses preuves en Australie avant d’être amené ici au Canada. Tout d’abord avec l’appui de ECC (Environnement et Changement climatique Canada) puis avec Parcs Canada, où le territoire se trouve être divisé en unité de gestion. « La communauté Wolastoqey, dont je suis membre, fait partie de l’unité de gestion Saguenay-Saint-Laurent, précise Daniel Capistran. Dans cette unité, il y a également la communauté Innue d’Essipit.»

Daniel Capistran de la communauté Wolastoqiyik Wahsipekuk et agent des relations autochtones à Parcs Canada.Ici avec la carte des territoires revendiqués par sa communauté.

« Les gardiens du territoire, ce sont des gardiens du savoir et de la transmission intergénérationnelle. Ils sont aussi là pour connaitre l’état de santé des écosystèmes, être protecteur de la terre et des eaux, poursuit celui qui depuis le début de l’année mets sur pied le programme de jeunes gardiens de Parcs Canada au sein de sa propre communauté. Le but du programme de jeunes gardiens est d’aider les jeunes autochtones de ma communauté à acquérir des compétences, de l’expérience de travail, créer des situations qui ont mis en contact les jeunes et des aînés à des fins d’enseignement et de mentorat. Leur faire prendre aussi conscience qu’une très grande partie du Parc marin Saguenay-Saint-Laurent est incluse dans le Wolastokuk, le territoire ancestral. Je n’ai jamais habité dans une réserve mais ayant perdu mon père jeune, j’ai tout le temps été en quête identitaire. Avec tout le processus de réconciliation qui se met en place actuellement, j’avais une forte envie de m’impliquer pour ma communauté, jumelée de mon grand intérêt pour la protection du territoire. En participant à la mise en œuvre de ce programme de jeunes gardiens, cela me permet de renouer avec les membres de ma communauté. Mes filles viennent d’avoir leur reconnaissance et moi je sais que je vais pouvoir dire un jour que j’ai apporté quelque chose en aidant à créer ce programme, je vois qu’il va y avoir une suite à ça et que c’est d’une importance capitale pour la préservation et la conservation du territoire d’y inclure les communautés. »

Faire comprendre le véritable sens de gardien.

Un gardien, ce n’est pas une police, c’est un enseignant, un animateur, un artisan, un conteur, un guide qui connait et qui protège le territoire, une personne qui développe une multitude de compétences pour être capable de les transmettre.

Lisa-Maude Bérubé-Aubin, Philippe Brière et Guillaume Jean, les 3 jeunes gardiens du territoire accompagné par Daniel Capistran.

Bien sûr, ce ne sont pas tous les aînés qui ont envie de transmettre des connaissances et avec cette perte du territoire, cela a même été tout un défi d’en trouver. Il faut savoir que lors de la mise en place des réserves, la communauté Walostoqiyik Wahsipekuk a été, en 1827, la première à recevoir un secteur attitré. Toutefois, considérant qu’elle n’occupait pas assez le territoire, étant toujours en déplacement saisonnier entre la Baie des Chaleurs et le fleuve Saint-Laurent, ces terres ont été redistribuées à des familles de colons en 1869. En effet, comme les Wolastoqewi (Malécites) ne sont pas des agriculteurs de nature, des plaintes de la population allochtone ont été formulées demandant la rétrocession de leur terre pour qu’ils puissent la défricher à son plein potentiel. Cette perte du territoire a fait que les Wolastoqewi sont allés soit vers les Micmacs, les Abénakis, les Innus ou ont tout simplement migré vers le Maine ou le Nouveau-Brunswick. Ainsi les aînés qui parlent la langue résident essentiellement dans le sud. « Des cours de langue sont tout de même donnés actuellement dans ma communauté, afin de se réapproprier la culture, développer un sentiment d’appartenance. Et ce sont des jeunes qui les donnent, ils sont allés étudier au Nouveau-Brunswick, à Fredericton, la langue Wolastoqey auprès d’aînés et maintenant ils transmettent leur savoir ici au Québec. Comme quoi la transmission intergénérationnelle, c’est dans les deux sens qu’elle fonctionne. »

Au travers du programme de jeunes gardiens, outre les savoirs ancestraux, de nombreuses formations sont organisées, des rencontres avec des biologistes, des archéologues, des agents territoriaux; il s’agit ici de développer un sentiment d’appartenance avec l’acquisition de ces connaissances. Une patrouille nautique sur le fjord pour voir jusqu’où se rend le territoire de la communauté, une activité de bagage d’oiseaux migrateurs dans la Réserve nationale de faune de la baie de l’Isle-Verte pour connaitre l’état de la population, avec un aîné de Pessamit, les jeunes Gardiens participent à une tente de sudation, et puis il y a eu cet atelier de constructions traditionnelles, shaputuan, tipi, wigwam avec un ainé de la communauté.

* Wolastoqiyik Wahsipekuk : prononcez Weleustogwiyig qui signifie le peuple de la belle rivière, en référence avec la Wolastoq (rivière Saint-Jean) et Wassibekouk qui signifie le cours d’eau derrière les montagnes, relatif au fleuve Saint-Laurent pour les Wolastoqewi dont les déplacements suivant la Wolastoq (rivière Saint-Jean), la belle rivière, les amenait de la Baie des Chaleurs au cours d’eau derrière les montagnes, le fleuve Saint-Laurent apparaissant derrière la chaine des Appalaches.