Madame Bernadette a 103 ans !

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Madame Bernadette est née le 1er juillet 1922 à Petit-Saguenay. Du haut de ses 103 ans, elle a vu le monde changer, passer des lampes à l’huile à l’électricité, du cheval à l’automobile. Elle a vu naître et mourir tant de gens. À son époque, la vie se partageait entre la famille, l’église et l’école, et même si elle n’aimait pas confesse, un de ses plus tristes souvenirs c’est lors de l’incendie de l’église de Petit-Saguenay en 1955, juste avant Noël : « La messe de minuit s’est donnée au couvent, beaucoup de paroissiens pleuraient. »

Une ancienne photo d'une famille de Petit-Saguenay.
La famille de madame Bernadette, avec ses parents au centre et elle qui se tient dans le coin en haut à droite.

Ses parents, Alvidas Houde et Rose-Emma Lavoie, ont eu ensemble 10 enfants, Bernadette étant l’aînée. La première maison de la famille se trouve sur Saint-Antoine. « On partageait la maison avec mon grand-père Edmond Houde et sa 3e épouse Agnès Foster », se souvient la belle dame au doux regard.

Certains souvenirs ont la vie dure !

Madame Bernadette se souvient des chemins d’hiver pour aller à l’école : « On attelait un chien et on s’installait par deux dans le traîneau, c’est le chien qui nous amenait à l’école. Les plus âgés, souvent arrivés les premiers, devaient allumer le poêle à bois. J’ai réussi à faire ma cinquième année. Mais comme j’étais l’aînée, il m’a fallu ensuite rester à la maison pour aider ma mère. Toute ma vie, j’ai souffert de mon manque d’instruction. »

À cette époque, « il fallait chercher l’eau avec un cheval et un tonneau. Nos besoins en eau c’était pour la cuisine, le ménage et notre hygiène personnelle. Nous nous lavions à la débarbouillette avec une bassine. Pour les besoins essentiels, ils se faisaient à l’étable pendant le jour et dans des pots de chambre la nuit. »

À 19 ans, madame Bernadette se marie avec Mauril Côté. C’était le chemin à suivre à cette époque, il fallait laisser la place aux autres dans la maison. Il n’y aura pas de voyage de noces, et juste après la cérémonie, Bernadette s’en va vivre chez son beau-père Ludger Côté, dans le rang Saint-Étienne. « Je suis restée 4 années dans cette maison, mes trois enfants y sont nés. »

Un couple sur une galerie pris en photo il y a plus de 80 ans !
Bernadette Houde et Mauril Côté peu après leur mariage.

Avec Mauril et leur première fille Claudette, encore bébé, Bernadette passe l’hiver dans un camp de bûcherons à Sault-au Mouton, sur la Côte-Nord. « Un mois après notre arrivée, je reçois un message. Ma mère est décédée en couches. On retourne à la maison en plein hiver avec le bébé. Une partie du chemin à cheval et traîneau, et une autre partie en snow. Arrivés à la maison de mon père, ma mère sur son lit de mort, dans ce temps-là, on gardait les morts dans les maisons pour prier, un nouveau-né et une trâlée d’enfants, je m’empresse d’aider le plus possible. » Malheureusement pour Bernadette, le jour suivant leur arrivée, la petite Claudette tombe malade. Une pneumonie l’emporte en quelques jours. C’était difficile de soigner les malades à cette époque, il y avait peu de ressources.

Quelques années plus tard, le beau-père Ludger demande à la jeune famille de quitter le logement pour laisser la place à de nouveaux couples qui se sont formés. Mauril achète un terrain au village et se construit. Bernadette restera dans cette maison pendant 34 ans.

Une famille dans les années 50 !
Nicole, Mauril, Bernadette et Jean-Yves dans les années 1960.

Quelque temps plus tard, Mauril tombe malade et doit se faire opérer à Québec. Il se fait enlever un rein et doit aller au sanatorium pour plusieurs mois. L’argent se fait rare. À cette époque, il n’y a pas d’assurance et on doit payer les soins médicaux, les médecins et les hôpitaux. C’est ainsi qu’afin d’améliorer la condition monétaire de la famille, Bernadette commence à vendre des produits de beauté et des bijoux qu’elle fabrique elle-même.

On est en 1960, Mauril arrête de travailler dans les bois pour commencer à travailler pour la municipalité de Petit-Saguenay comme homme à tout faire. Il y restera 20 ans. Le salaire est minime mais constant. Il a travaillé jusqu’à 64 ans et décède à 65 ans d’un cancer.

Un second mariage

Portrait d'un couple
Alcide Bernier et Bernadette se marient en 1985.

Quatre années plus tard, en 1985, madame Bernadette a 62 ans et elle se remarie avec Alcide Bernier. Il était veuf depuis plusieurs années. En 1996, ils quittent Petit-Saguenay pour Ville de La Baie et par la suite Chicoutimi. « Après le décès d’Alcide, j’ai vécu 10 ans au Manoir Champlain. À 97 ans, je me suis fracturée une hanche. À la suite de cet accident, j’ai perdu beaucoup d’autonomie et j’ai dû déménager dans un CHSLD où je vis depuis 6 ans. »

La vie de madame Bernadette n’a pas toujours été facile, mais du haut de ses 103 ans, je pense bien que je viens de rencontrer la doyenne du Bas-Saguenay.