Parce qu’il n’y a pas juste une façon d’être un humain !

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« Quoi ? Non … Pas vrai ! Une fille de L’Anse qui écrit une série télévisée pour Radio-Canada … diffusée à une heure de grande écoute ! … » Le regard dubitatif et le sourcil circonflexe de cet ancien de l’école Fréchette en dit long, premièrement, sur l’image qu’il a du milieu où enfant il a usé ses jeans, et finalement, sur l’estime qu’il a de lui-même ! L’envie de démontrer que oui, on peut sortir de la plus petite polyvalente du Québec sans pour autant y perdre tous ses talents, a donc inspiré cette rencontre avec Marie-Andrée Labbé, scénariste pour Radio-Canada et ancienne élève de l’école Fréchette.

Arrivée de Saint-Siméon à l’âge de 8 ans, Marie-Andrée se souvient de s’être bien adaptée à son nouveau milieu. « J’ai souvent eu l’impression de voir la vie un peu différemment des autres, mais j’ai toujours trouvé que c’était une force. Sans doute parce qu’à la maison, la liberté au niveau de mon imaginaire, l’espèce d’univers parallèle qui se créait dans ma tête, cela a toujours été très encouragé. Du coup, cela m’étonne quand la différence n’est pas acceptée », insiste celle qui a justement composé le scénario de la série « Trop » autour de ce thème.

Pourquoi avoir peur de la différence ? Quel intérêt il y a à tous vouloir se ressembler ? Comment les gens ne peuvent-ils pas eux-mêmes se sentir uniques ? Toutes ces questions ont inspiré la scénariste de 35 ans, et puisqu’au Québec, une personne sur 4 vit ou vivra un trouble de santé mentale, l’idée d’aborder la différence autour de la bipolarité d’un de ses personnages s’est tout naturellement développée.

« Quand j’écris, mon plaisir c’est d’inventer. Mes personnages, pour une raison que je ne m’explique pas, m’éloignent parfois du scénario que j’avais tout d’abord imaginé. Il faut savoir se laisser porter et s’étonner soi-même. Mais ce qui est certain, c’est que je voulais parler de deux sœurs, originaires du Saguenay. Puisque chacun a quelqu’un de différent dans sa famille, en regardant « Trop », je voulais que les gens se reconnaissent aussi. »

Mais ces deux sœurs sont-elles si différentes ? Leur générosité, cette sensibilité à toute épreuve, le fait d’être à l’écoute, d’être porté naturellement vers l’autre, c’est très saguenéen finalement. Marie-Andrée se rappelle : « Quand je suis arrivée à Montréal à 17 ans pour étudier en communication, c’était difficile pour moi de ne pas accueillir des sans-abris chez nous, je trouvais cela épouvantable, toute cette indifférence. On n’apprend pas à être un bon humain sur un tableau d’école, on le vit dans une communauté. À L’Anse-Saint-Jean, c’est un cadeau que l’on a et il faut que les jeunes en soient conscients et en profitent. Et bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il faut ressembler à son voisin pour autant. Il faut se trouver une passion, le bonheur vient de la passion. »

Celle qui le soir rentrait vite après l’école chez elle pour regarder la télévision sait de quoi il en retourne. « Je me suis battue pour expliquer que c’était ce que je voulais faire dans la vie, il a fallu y mettre du temps et des fois, il faut risquer de faire rire de soi. Il y en a qui vont s’éclater à jouer du tuba, ça se peut que ça dérange tout le monde, ça se peut que les autres essayent de le décourager, mais si lui, il est bien quand il en joue, il va se donner un outil de plus pour être heureux dans la vie ! »

Marie-André Labbé tient enfin à remercier Diane Houde, sa professeure de 6e année. « C’est la première personne, après mes parents, qui me disait que j’avais du talent. Je me souviens très bien que cela a beaucoup forgé ma confiance ! »