Le courage d’affronter ses peurs

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Lorsque la crise sanitaire de la Covid et son flot de mesures de confinement sont arrivés en mars dernier, Anne-Laurence Houde, native de Petit-Saguenay et élève de secondaire 5, n’a pas hésité une seconde, elle s’est inscrite sur le site Je contribue après avoir écouté la conférence de presse de monsieur Legault et le lendemain matin, elle était appelée.

Et c’est ainsi qu’Anne-Laurence se retrouve à vivre une expérience de travail qu’elle n’est pas prête d’oublier, et qui pourrait même changer la direction de son avenir professionnel ! « J’ai reçu une formation en hygiène et salubrité pour la Covid sur Zoom, une journée avec beaucoup de contenus, très intense. Ensuite, à l’hôpital, j’ai été formée comme aide de service, alors je fais aussi de la logistique, me confie la jeune saguenoise de 17 ans par téléphone. En fait, cela dépend de l’endroit où je travaille. Au début, j’étais à l’hôpital de Chicoutimi, aux opérations d’un jour, mais maintenant je suis au CHSLD St-Joseph à La Baie. Dans le fond, c’est le même employeur, c’est juste qu’il nous envoie là où il y a le plus de besoins ! »

La crise sanitaire, la fermeture des écoles et les cours en ligne offerts essentiellement à ceux qui ont le plus de difficultés, l’incertitude et le peu de pouvoir qu’un petit virus nous laisse soudain, tout cela a motivé la décision d’Anne-Laurence qui travaille depuis de 40 à 45 heures par semaine.

« J’étais plus capable de regarder TVA Nouvelles, j’étais écœurée en fait ! Je suis fragile aussi, je fais beaucoup d’anxiété, alors je me suis dit que j’allais aller directement au front, sinon tout cela était trop dur pour moi ! Comme je suis très émotive, là j’apprends à passer par-dessus, à me renforcer le caractère. Au CHSLD, il y a un monsieur qui est décédé, avec qui j’avais interagi quelques jours avant et ça m’a vraiment fait quelque chose, mais on dirait que je n’ai pas le choix de prendre sur moi. Là où je travaille, je suis à l’étage des cas les plus lourds, beaucoup d’Alzheimer et de démence. Ces personnes ne se rappelleront pas forcément, mais le peu de moments que je passe avec elles, ça me fait du bien de penser que ce petit 30 minutes, eh bien pendant ce temps-là, elles étaient heureuses ! »

Celle qui devait s’en aller en mécanique de véhicule lourd au mois de janvier prochain avoue que cette expérience de travail bouleverse un peu ses plans. « On est tous déjà allés à l’hôpital, poursuit Anne-Laurence, mais on ne voit tellement pas l’envers du décor ! C’est tellement différent, j’en ai vécu vraiment beaucoup des affaires, j’ai vu des décès. À l’hôpital de Chicoutimi, j’étais sur un étage et j’ai vu une dame se faire donner l’aide à mourir. Ça change la vision de la vie ! Aussi, je m’aperçois qu’on ne se rend vraiment pas compte à quel point les préposés aux bénéficiaires travaillent fort. »

Au CHSLD St-Joseph à La Baie, où aucun cas de Covid n’a été détecté, l’ambiance de travail reste très humaine, un peu comme dans une famille où chacun fait attention aux autres membres de l’équipe. Celle qui se retrouve toujours à être la plus jeune aux différents endroits où elle a été envoyée, conclut ainsi l’entretien avant de retourner à sa journée de congé bien méritée : « Au CHSLD, on a tous été testés, et personne n’a le virus. À l’hôpital, par exemple, j’en ai fait des zones tièdes et chaudes. J’allais à des places où il y avait des cas de Covid présumés, mais on dirait que ça m’a comme désensibilisée à avoir peur, je me suis dit, si je le pogne, eh bien au moins je vais avoir fait de quoi. Faut pas avoir peur d’aller aider ! Jamais je n’aurais fait ça avant, mais là je me suis juste lancée dans le vide, et c’est tellement ça qui m’a apporté de bonnes affaires, j’arrive au foyer et les résidents sont contents de me voir, et j’ai vraiment l’impression que j’apporte quelque chose à la société. »

Ce témoignage des plus inspirants aurait aussi bien pu se nommer : La bienveillance ou le plaisir de faire du bien ! Merci Anne-Laurence et bonne continuation !