Le feu du moulin de Jos Houde, une histoire de résilience

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Crédit photo : Scierie Jos. Houde, Petit-Saguenay. Source : Société historique du Saguenay, F0533, P001161-02

À compter des années 1950, l’industrie du bois connait une expansion sans précédent au Québec, notamment grâce à la mécanisation. Petit-Saguenay n’échappe pas à cette transformation rapide qui affecte le métier traditionnel de bûcheron. L’introduction des scies mécaniques, des tracteurs et des autres équipements motorisés rend les travailleurs beaucoup plus productifs, réduisant du même coup les besoins en main d’œuvre, tout en améliorant considérablement les conditions de travail. À Petit-Saguenay, cette modernisation se fait sous l’égide de la compagnie Jos. Houde Limitée.

Petit-fils d’Ovide Houde, l’un des pionniers de Petit-Saguenay, Joseph Houde est non seulement à la tête de l’industrie forestière locale, de la Coopérative électrique, mais également maire de la municipalité pendant 30 ans. Il établit son premier moulin à scie au Lac Charles-Dallaire en 1939, puis déplace progressivement le centre de ses opérations toujours plus loin dans les terres vers Charlevoix. Des moulins sont ainsi installés au Lac Mordeux en 1946, puis au Lac de la Loutre en 1951 et finalement au Lac Pilote en 1960. Le 21 août 1966, un incendie déclenché par l’explosion du moteur diesel qui alimente le moulin en électricité met un terme aux opérations de ce dernier, causant du même coup une crise majeure dans la municipalité.

À cette époque, la compagnie Jos. Houde Limitée est le principal employeur de Petit-Saguenay, avec 66 hommes sous ses ordres, dont environ la moitié au moulin. C’est plus du tiers de la force ouvrière locale qui se retrouve subitement au chômage. Aussitôt un comité de secours aux citoyens de Petit-Saguenay est mis sur pied par le gouvernement du Québec afin de relancer l’industrie et mettre en place des mesures palliatives pour éviter l’indigence aux familles des travailleurs sans emploi. Les deux années qui suivront seront très difficiles pour la population de la petite municipalité mono-industrielle, malgré les différents programmes de soutien mis en place.

La compagnie, pour sa part, est résolue à reconstruire. On obtient donc qu’Hydro-Québec aménage à grands frais une nouvelle ligne électrique de 600 volts pour alimenter la nouvelle industrie. La municipalité offre quant à elle une garantie de prêt à l’industriel pour l’achat d’une partie des équipements. Après 2 ans de démarches et 600 000 $ d’investissement de la part de la compagnie – 4.2M$ en dollars d’aujourd’hui – un nouveau moulin à scie moderne est inauguré en 1968 sur la 170 et permet de faire passer les effectifs de l’entreprise à 82 hommes.

Les difficultés vécues par Petit-Saguenay à la suite de la fermeture temporaire de son principal employeur est toutefois un signal fort aux pouvoirs publics, qui saisiront la nécessité de diversifier l’économie locale. C’est ainsi que la rivière Petit-Saguenay est reprise des intérêts privés du Dumas Fishing Club pour devenir une réserve faunique en 1966. C’est également ce qui motive la municipalité à acquérir l’Anse Saint-Étienne, toujours aux mains de la compagnie Price en 1971, afin d’y développer un projet touristique qui deviendra plus tard le Village-Vacances Petit-Saguenay.

La suite des choses donnera raison à cette génération visionnaire qui a su montrer la voie pour le Petit-Saguenay d’aujourd’hui. En effet, à partir des années 1980, le moulin à scie construit par la compagnie Jos. Houde Limitée changera de mains six fois, dont quatre fois après une faillite. Avec une économie plus diversifiée, les crises successives de l’industrie forestière locale seront moins douloureuses pour la communauté de Petit-Saguenay. En somme, au cours des décennies qui suivent, l’économie locale se sera transformée considérablement, réduisant du même coup la dépendance envers l’industrie forestière comme pourvoyeuse d’emplois et ouvrant une nouvelle ère pour Petit-Saguenay.