Léon Houde est né dans la maison qu’il occupe actuellement à Périgny, le long du Bras à Pierre. Sa mère Gabrielle Houde a passé son enfance au pied des côtes à L’Anse-Saint-Jean et son père Grégoire Houde venait lui du rang Saint-Louis à Petit-Saguenay. « Un Houde à Agapit comme on disait pour se démêler tellement il y avait de Houde », précise Léon. Mon père était un travailleur agricole et forestier. Au moment de la crise, le gouvernement accordait des lots pour que les habitants puissent nourrir leur famille. C’est ce que l’on appelait la colonisation. Mais attention, il fallait rendre des comptes, on signait un bail, il y avait des conditions d’établissement comme défricher la terre, cultiver tant d’acres par année. Mon père Grégoire, quand il a fait ses lettres de patente pour devenir propriétaire de sa terre, cela faisait plus de 40 années qu’il vivait dessus. À la base, c’était des terres en bois debout. Ça se passait ainsi à la grandeur du Québec. Et les curés martelaient faites des enfants ! Faites des enfants pour peupler le territoire. »

C’est ainsi que les corvées ont commencé. Quand quelqu’un avait un gros travail à faire sur sa terre, c’est tout le monde qui participait. « Quand il y avait boucherie, ça passait d’une maison à une autre et ça se terminait toujours par un bon repas avec de la sauce au dur, du boudin et des abats, des parties de l’animal qui ne se gardaient pas. » Certaines maisons pouvaient également accueillir des familles pour l’hiver. Durant ce temps, le père et les plus vieux des garçons bâtissaient leur maison. L’entraide se vivait au quotidien.

Le temps du syndicat agricole et forestier
À cette époque, l’emprise des compagnies comme Price était omniprésente. Les travailleurs, qui étaient payés en piton, étaient obligés de se fournir en denrées dans les commerces de la compagnie. « Il y avait aussi des commerçants de la place qui faisaient la même chose. Chez Oscar Boudreault par exemple sur Saint-Thomas, il y avait une scie juste à côté du magasin. Oscar achetait ton bois, mais il fallait en échange que tu t’approvisionnes dans son magasin. »
Cette façon de faire choque le curé Ulric Bouchard. En 1940, il crée alors le Syndicat forestier sur le modèle mis sur pied à Grande-Vallée deux années auparavant. Ce syndicat regroupait tous les travailleurs forestiers qui désiraient obtenir un droit de coupe dans les limites des Price. (…) Chaque travailleur devenait propriétaire de son bois et avait l’avantage non négligeable de le vendre à qui il voulait. (Source Saguenayensia – 2013.)
« Mon père était content de plus travailler pour des pitons, de gagner des dollars. En plus, le Syndicat se faisait pas loin sur les chenaux. Le moulin à Joseph Boudreault était installé sur la chute en haut de chez nous. Le champ à côté de notre maison, c’était une véritable cour à bois », précise Léon, mémoire de la famille.

Le Syndicat a ainsi géré les opérations forestières du Bas-Saguenay jusqu’à la fin des années 1960. À la même époque, le Cercle des Fermières voit le jour. Les colons commencent à s’organiser pour améliorer leur qualité de vie.
Les curés étaient souvent les instigateurs de projets considérant le bien-être des habitants. « Un été dans les années 70, le curé Boivin décide d’organiser un terrain de jeu pour les jeunes de la paroisse. Un autobus ramasse les enfants et les emmène sur le bord du fjord. Les activités se terminent abruptement au moment des foins. À cette époque, petits et grands participaient aux travaux de la ferme, confirme Léon. Quand on arrivait de l’école nous autres, on se changeait et on avait toujours des tâches à faire ! »
Défendre le territoire avant tout !
Tant qu’à parler de mobilisation citoyenne, pourquoi ne pas profiter de la présence de Léon pour en apprendre un peu plus sur cette fameuse histoire de motards, les El Conquatcheros, qui voulaient, vers la fin des années 60, prendre le contrôle du territoire. « À cette époque-là, il y avait 4 bars à L’Anse, le Carafon, un petit bar à côté de la grande salle du Colibri, l’Obélix, où se trouvent maintenant les locaux de l’A.P.R.S, le Perroquet en face de chez Amyro et le Club de skidoo sur la rue du Portage. Les jeunes travaillaient dur, ils avaient tous de sacrées carrures. Quand ils ont été avertis d’une descente prochaine des motards, un comité de bienvenue s’est organisé en bas des côtes, avant d’arriver à L’Anse-Saint-Jean. Une chaîne en travers de la route 170, un gars capable de soulever la roue arrière d’une moto et de la lâcher d’un coup ! Un vrai carnage, on en a retrouvé partout des motards, même dans la rivière. On les a jamais revus ! », s’exclame Léon de son rire contagieux !
La Coop Quatre-Temps

À la fin des années 90, la forêt du Bas-Saguenay est dégradée. Plus de 150 ans de surexploitation ont réduit la qualité des essences présentes sur le territoire. Un peu partout au Québec, des projets de « Forêt habitée » voient le jour et mettent en place des initiatives qui vont du récréo-tourisme aux produits forestiers non ligneux. C’est dans ce contexte que le Sentier des Murailles est créé, fruit d’un travail de concertation entre les municipalités de Petit-Saguenay, L’Anse-Saint-Jean et Rivière-Éternité. S’appuyant sur cette collaboration fructueuse, ces mêmes acteurs fondent la Coop Quatre-Temps en 2001, avec un mandat de développement multi-ressources. Fermeture de la Coop Quatre-Temps
« J’ai commencé à la Coop en 2006. C’était vraiment mon genre, ma philosophie, la coopération. J’ai été président du conseil d’administration. C’est vraiment dommage ce qui est arrivé à la Coop en 2015. Elle a été entrainée dans la faillite de Résolu, dont la dette a été effacée, sans avoir à rembourser ses créanciers. »
Au cours de ses années Coop, Léon travaille sur le Sentier des Murailles. Il participera à des projets de recherches forestières et partira même combattre des feux pour la SOPFEU.
« Le modèle Coop, c’est un peu l’inverse du capitalisme. Ça commence entre nous autres, il faut être généreux. Le bénévolat en est une autre forme d’action communautaire. J’en ai fait beaucoup ! », conclut Léon avec qui je pourrais sans aucun doute philosopher encore longtemps sur les bienfaits de l’entraide.









