
Un exemple inspirant de mobilisation citoyenne pour la réussite éducative des jeunes du Bas-Saguenay
Le concept de mobilisation constitue un passage à l’action pour changer une situation de manière collective dans le but de répondre à un besoin. La mobilisation présente une importance particulière en milieu rural. En effet, plusieurs milieux ruraux sont touchés par le phénomène de dévitalisation, ce qui peut entrainer un accès plus limité aux services de proximité dans différents domaines (ex. : santé et services sociaux, loisirs et culture, économie). La mobilisation représente donc une clé de voûte importante pour améliorer les conditions de vie des citoyens et des citoyennes au sein de ces collectivités qui doivent souvent s’allier pour défendre leur accès à ces services. Les collectivités rurales du Bas-Saguenay ont souvent fait la démonstration de cette capacité à se mobiliser pour le bien commun. À cet effet, la création de l’organisme AGIR (Action globale et innovante pour la réussite éducative des jeunes du Bas-Saguenay) représente un exemple concret qui illustre bien cette force de mobilisation. Dans ce texte, l’historique de l’organisme sera retracé en faisant ressortir les ingrédients clés du processus de mobilisation ayant porté fruit dans la démarche.
La réponse à un besoin vécu localement
Le point de départ du processus de mobilisation ayant mené à la création de l’AGIR était lié à une problématique vécue par plusieurs personnes impliquées autour de la réussite éducative des jeunes au Bas-Saguenay. Cette problématique était liée aux mécanismes de concertation et de collaboration. À l’époque, il était observé que de nombreux efforts étaient déployés pour améliorer les conditions de vie des jeunes, mais un essoufflement était observé puisque les mêmes personnes intervenantes étaient sollicitées pour participer à de nombreuses rencontres sur différents comités. Une multiplication des organismes œuvrant pour la jeunesse était aussi constatée, ce qui entrainait des difficultés d’arrimage et de concertation. Pour répondre à cette problématique, un appel a été fait au Consortium régional de recherche en éducation (CRRE). Une subvention de recherche a été accordée afin que nous puissions bénéficier du support d’une chercheuse de l’UQAC, Anastasie Amboulé-Abath. L’objectif de cette recherche était d’implanter une structure unique de partenariat école-famille-communauté au bénéfice de la réussite éducative des jeunes au Bas-Saguenay.
La prise en compte des voix de chacun

Le besoin était donc identifié avec précision et un objectif commun a été déterminé. À ce stade-ci, il était nécessaire de rallier le plus de personnes autour de cet objectif pour en faire un projet collectif. Pour ce faire, une vaste consultation a été menée auprès des personnes actrices du milieu scolaire, municipal, communautaire, des services sociaux et des familles. Cette consultation, qui était encadrée par un processus rigoureux de recherche participative, a été effectuée par le biais de questionnaires et de groupes de discussion. L’objectif était d’identifier les besoins des jeunes, des familles, des écoles et des communautés en lien avec la réussite éducative et de cerner les conditions organisationnelles gagnantes pour mettre en place une structure partenariale. En parallèle, les élèves des écoles du Bas-Saguenay ont été invités à participer à un concours de dessin sur le thème de leur école de rêve pour un numéro thématique de la revue du Trait d’union. L’ensemble de ces données recueillies ont permis de créer une vision partagée de la structure à mettre en place, tout en mobilisant la population autour de la création d’une structure partenariale école-famille-communauté.
La mise à profit de l’intelligence collective

La démarche de consultation a donc permis à plus d’une centaine de personnes issues de différentes réalités de s’exprimer par rapport à leur vision de la future structure partenariale. Pour réfléchir de manière plus approfondie à la conception de cette structure partenariale, un comité a été formé. Il s’agissait de Karine Aubé (présidente de la Table Jeunesse du Bas-Saguenay), Cécile Hauchecorne (coordonnatrice du Trait d’union), Pierre-Luc Gobeil (organisateur communautaire CIUSSS), Gabrielle Desrosiers (coordonnatrice d’Enfants Fjord). Avec l’aide de la chercheuse Anastasie Amboulé-Abath, le comité a rassemblé les résultats issus de la consultation pour en arriver à dégager les axes d’intervention de l’AGIR. Une proposition formelle a été élaborée et présentée aux acteurs des milieux municipaux, scolaires, communautaires, ainsi que des familles. Des commentaires ont permis de raffiner la proposition. L’artiste Eugénie Lavoie a créé un logo officiel et un concours a été réalisé pour identifier le nom de la structure partenariale : l’AGIR était lancé! Grâce à la participation financière du Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay, des cinq municipalités et de la fondation Chagnon, l’AGIR a rapidement eu le vent dans les voiles.
Le passage à l’action dans une posture d’amélioration continue
Depuis la création de l’AGIR, l’équipe de coordonnatrices et de chargées de projet demeure à l’écoute des besoins et de la réalité des milieux tout en gardant le cap sur les grandes orientations identifiées lors du processus de mobilisation citoyenne. De nombreuses actions et projets ont été mis en place (camps thématiques, cafés-rencontres, rallye des organismes, biblio-mobile, semaine WOW, lancement de programmation d’activités). Un site web a été créé et l’AGIR a été officiellement incorporé comme un organisme à but non lucratif (OBNL). Une deuxième recherche a même été menée avec une équipe de l’UQAC pour aller encore plus loin dans l’amélioration du fonctionnement de la structure partenariale.
En conclusion, la démarche ayant mené la création de l’AGIR constitue un exemple inspirant de mobilisation citoyenne se traduisant par des actions concrètes qui ont un impact réel sur la qualité de vie des jeunes du Bas-Saguenay. L’AGIR représente aujourd’hui un modèle de structure partenariale école-famille-communauté unique et d’autres régions peuvent s’en inspirer. Son rayonnement dépasse largement les limites de notre territoire, comme en témoignent les articles ayant été publiés sur le sujet (voir ci-dessous). Cette réussite est en très grande partie tributaire de la mobilisation citoyenne et ce texte en fait la démonstration. Il est donc possible de retenir que nos collectivités rurales sont capables, à partir de ces quelques ingrédients peu coûteux, de se rallier pour réaliser de grands changements. Nous l’avons fait pour nos jeunes et nous serions donc capables de le faire pour répondre à d’autres besoins vécus dans nos communautés.
Articles du Trait d’union ayant porté sur la démarche :
Recherche action participative
Articles sur l’AGIR:
Boily, E., Mailloux, A.-S., Desrosiers, G., Lalande, J., Amboulé-Abath, A., Tremblay, S. et Gravel, M. (2026). Conditions favorisant l’établissement d’un partenariat école-famille-communauté actif dans les collectivités rurales du Bas-Saguenay Sud . Revue Hybride De l’éducation, 10(4), 1–43. https://doi.org/10.1522/rhe.v10i4.2088
Amboulé-Abath, A., Boily, E., Aubé, K., Hauchecorne, C., Desrosiers, G., Gobeil, P.-L. et Gagnon, J. (2023). Création d’un centre de ressources sociocommunautaires pour soutenir le Partenariat-École-Famille-Communauté (P-E-F-C) au Bas-Saguenay : une recherche-action. Revue hybride de l’éducation. 7(2). https://doi.org/10.1522/rhe.v7i2.1278
Boily, É., Desrosiers, G., Lalande, J., Gravel, M., Amboulé-Abath, A. et Tremblay, S. (2025). Des actions concrètes pour soutenir les apprentissages en littératie en milieu rural grâce au partenariat école-famille-communauté. Revue hybride de l’éducation, 9 (1). https://doi.org/10.1522/rhe.v9i1.1742
Desrosiers, G., Lalande, J., Boily, É. et Gravel, M. (2025). L’organisme AGIR en milieu rural : un partenariat école-famille-communauté actif et synergique. Apprendre et enseigner aujourd’hui, 14(2), 28–31. https://doi.org/10.7202/1119608ar








