Nishk

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Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Enfiler son chandail de laine préféré, mettre une petite tuque pas trop chaude mais juste assez pour compenser le bout du nez frais, chausser ses veilles bottines et sortir à l’aube pour respirer la pureté de l’automne. Marcher dans un état de paix, profitant de la fin de la frénésie estivale, un peu comme si l’on venait d’arrêter un bruit de fond qui bourdonnait depuis deux mois.

L’automne ce n’est pas qu’une saison, c’est une émotion. D’ailleurs, chez nos frères autochtones, ce temps de l’année est souvent relié à l’élément eau, symbole des émotions. C’est aussi la saison de l’ouest, direction du soleil couchant. En ces temps frais, il y a plein d’éléments qui nous chauffent le cœur : la chlorophylle qui entre en dormance au profit d’autres pigments jusqu’alors invisibles, le parfum sucré des aiguilles de sapin roussies, l’abondance des fruits de la terre (jardin, pommes, champignons…) Mais il y a un son qui me touche particulièrement en cette époque : le chant des oies migratrices.

En effet, je préfère cent fois apprendre par les outardes que l’automne commence, plutôt que par le calendrier. Pour elles, ici, ce n’est en général qu’un simple « rest area ». Elles prennent une pause et mangent un peu de graines et de racines de plantes principalement aquatiques. C’est pourquoi on les voit surtout dans les battures, le long du Saguenay. Bien sûr, depuis l’avènement de l’agriculture, son garde manger s’est grandement élargi.

Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Quelle puissance accompagne ces grands V chantant qui traversent notre territoire. Cette position de vol a de multiples avantages (l’armée s’en est d’ailleurs inspirée). D’abord, cette formation crée un vortex dans lequel il devient beaucoup moins énergivore de voler. On se laisse porter, un peu comme quand on tourne en rond à plusieurs dans une piscine. Deuxièmement, on peut facilement relayer le premier, comme on le fait en raquettes, dans la neige épaisse. Enfin, c’est une position qui optimise la communication et la direction.

Et d’ailleurs, comment s’orientent-t-elles? Probablement de diverses façons. Les astres, la lumière, les cours d’eau, et même une sensibilité au champ magnétique de la terre… Et oui, elles possèdent un genre de boussole intégrée. Il ne serait pas surprenant que la mémoire des vieilles oies ait également une grande utilité dans ces voyages. Un peu comme l’importance, pour un peuple nomade, d’avoir à ses côté un aîné qui connaît les rivières comme le fond de sa poche. En parlant de peuple nomade, il est intéressant de noter qu’avant l’acquisition d’armes à feu, la chasse à l’oie se faisait aux filets. Tant qu’à eux, les peuples du nord ont su profiter de la période de nidification, qui a lieu dans leur contrée, pour se faire quelques festins de gros œufs d’oies.

Que ce soit pour chasser, manger, observer ou seulement pour écouter, le passage de ces vigoureux voyageurs ne laisse personne indifférent!

Meegwetch! (merci)