Rencontre avec Anastasie Amboulé-Abath

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Christian L'Italien, Anastasie Amboulé-Abath et Élisabeth Boily lors des focus groupe se déroulant au printemps 2019

Anastasie Amboulé-Abath est professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi au département des sciences de l’éducation. Et voici ce qu’elle répond quand on lui demande ce qu’est pour elle une école de rêve. « Une école de rêve ? C’est facile, c’est une école qui s’adapte aux besoins des élèves. Si on a des élèves qui ont telle difficulté, il faut que l’école s’y adapte. On ne peut plus avoir juste de grandes théories. »

Et quand cette école de rêve se trouve en milieu rural ? « C‘est exactement pareil, l’école doit connaître les besoins des membres de toute la communauté éducative pour pouvoir y répondre adéquatement. Les parents sont aussi des usagers de l’école. »

La principale qualité d’une école sera donc de s’informer, de tenir compte et de s’adapter. Chacune étant maître de son projet éducatif. En effet, depuis 1979, toutes les écoles au Québec doivent en avoir un. « Ce projet, c’est toute la communauté éducative qui y travaille, pas juste les enseignants. Les élèves, les parents, ils ont leur mot à dire. Ce projet doit être le reflet de ce que la communauté éducative veut. », poursuit celle qui a un doctorat en administration et politique scolaire. « C’est certain que dans les milieux ruraux, les gens se connaissent tous un peu. La dimension École – Famille – Communauté est alors primordiale. »

Toujours d’après Anastasie, qui s’intéresse de près à tous ces acteurs qui gravitent autour, « l’école doit être ouverte à son environnement, ses structures appartiennent à la collectivité, elles en deviennent même souvent le poumon. Les activités culturelles et sportives qui se passent à l’école font vivre toute la communauté. »

De nombreuses écoles au Québec invitent une fois par mois des personnes aînées à venir à la cafétéria le midi pour dîner avec les élèves, une autre a installé une zone de chamaillage dans sa cour de récréation, un emplacement où les élèves peuvent se battre, s’insulter, bref se défouler. Ce projet s’est d’ailleurs inspiré de ce qui se passait dans une autre école, ce qui a servi de base de discussion avec certains parents récalcitrants. Des fois, ce qui se passe ailleurs peut inspirer et aider à la réalisation de certaines innovations !

L’UQAC dessert la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une approche de recherche collaborative et participative y a été développée, notamment à la faculté des sciences de l’éducation. « Le projet de création d’une structure partenariale autour de la réussite éducative des jeunes du Bas-Saguenay sur lequel on travaille a reçu une subvention du Consortium Régional de Recherches en Éducation (CRRE), une structure unique en son genre, permet de développer des travaux de recherche avec la communauté éducative. L’Université se doit de donner des services aux collectivités, cela fait partie d’un de ses mandats. », précise Anastasie qui revient d’une conférence en Suisse où elle a justement présenté le projet de structure partenariale, et la place primordiale que joue la communauté dans sa mise en place.

Il ne faut pas oublier que l’Université est aussi là pour aider les écoles à trouver des solutions. « Avec le Bas-Saguenay, c’est un projet dont je suis très fière, parce que j’ai vu comment une population se mobilise, les focus groupe étaient très intéressants, de vraiment belles idées en sont sorties. Je trouve tout cela très encourageant ! J’ai d’ailleurs le projet d’écrire un article scientifique pour documenter cette expérience-là ! »