Sauvons nos écoles… ensemble!

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L'anse de L'Anse-Saint-Jean
Lever de soleil à l'Anse-Saint-Jean. Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Il y a quelques décennies, les écoles débordaient dans le Bas-Saguenay. On comptait plusieurs établissements par village et on construisait des écoles toutes neuves pour répondre aux besoins grandissants. Évidemment, la courbe démographique qu’a connue le Québec a changé tout ça. Les familles ont été réduites comme peau de chagrin, les jeunes adultes ont massivement migré vers les centres urbains et la population restée sur place a tranquillement pris de l’âge.

Tous ces facteurs ont grandement contribué au déclin du nombre d’inscriptions dans nos écoles, au point où leur existence même est aujourd’hui menacée. Le portrait varie d’un village à l’autre, mais on retrouve maintenant des classes à deux niveaux à peu près partout et les écoles se font désormais une féroce compétition pour attirer des élèves dans leur établissement. Cette compétition force certes les écoles à se réinventer et à se démarquer, mais elle ravive aussi un esprit de clocher malsain qui laisse des traces profondes auprès des parents et du personnel affecté par tous les chamboulements en cours.

Aujourd’hui, nous avons la chance de compter sur quatre écoles innovantes dans le Bas-Saguenay, qui ont toutes su se trouver une niche pour se distinguer et rendre l’apprentissage des élèves plus dynamique. Les écoles se sont ainsi adaptées aux besoins particuliers des enfants et aux désirs des parents. Les familles d’aujourd’hui sont choyées de pouvoir compter sur des classes petites, avec des enseignants compétents pouvant apporter une grande attention aux besoins de chacun. Avec des programmes qui stimulent la curiosité des élèves, nos écoles ont tout pour plaire et pour favoriser la réussite.

Or, nous sommes aujourd’hui dans une ère qui dépasse le concept même d’enfant-roi : l’époque du parent-client. Les parents ont aujourd’hui tout le loisir d’envoyer leurs enfants à l’école de leur choix et certains ne s’en privent pas. Plusieurs d’entre eux font même le choix de la ville, surtout au secondaire, avec l’espoir que les jeunes y seront plus stimulés, auront accès à davantage d’options d’apprentissage ou de loisirs. Certains cas particuliers justifient bien sûr ce choix, mais cette situation comporte tous les éléments du cercle vicieux et c’est la responsabilité de tous les acteurs de briser le cycle.

Au regard de la façon dont les écoles adaptent leur programme, elles semblent bien avoir compris cette réalité. L’abolition des devoirs, qui se répand rapidement dans tout le Bas-Saguenay, en est un bon exemple. Les écoles demeurent toutefois perméables à la critique et il est important qu’elles continuent d’écouter ce que les parents ont à dire. Mais il faut aussi se rappeler qu’une bonne partie de leurs problèmes est systémique et provient des décisions qui sont prises au conseil des ministres ou à la commission scolaire.

Nos écoles ont certainement des lacunes par rapport à celles qu’on retrouve en ville, au niveau des programmes ou des infrastructures disponibles. Mais elles compensent bien ces lacunes par une pédagogie humaine, adaptée et un milieu tricoté serré qu’on ne retrouve certainement pas dans une polyvalente de 1 000 élèves. Il faut s’appuyer sur ces forces et trouver le moyen de remédier collectivement aux faiblesses. Là où il y a des manques, il y a moyen de s’organiser entre parents, à l’intérieur ou à l’extérieur du milieu scolaire, pour y pallier.

Les parents ont une très grande responsabilité autant envers leurs enfants qu’envers leur milieu. À cet égard, quand on décide de s’établir à un endroit, on doit d’une certaine façon embrasser autant les aspects les plus positifs que les plus négatifs. L’école est en quelque sorte un microcosme qui est le reflet du milieu dans laquelle elle est implantée. Si on retire les enfants de nos écoles de village, on les retire d’une certaine façon de leur communauté et on nuit tout autant à leur intégration qu’à leur sentiment d’appartenance. On prépare, en quelque sorte, leur exode futur.