L’appel du saumon

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Il était à Paris fin juin, y achevant une tournée de conférences en France, à Bora Bora deux mois plus tôt et à l’Anse-Saint-Jean le 14 juillet à l’occasion du Festizen. Il y a cinq ans, si l’on avait dit à Daniel Blouin qu’il écrirait un best-seller et serait invité à faire des conférences aux quatre coins du monde, il aurait ri. « Je n’avais jamais écrit que texto ou courriel et, dans mon entreprise, j’évitais de faire des réunions car on était douze et c’était trop pour moi ». Il aurait ri peut-être, mais n’aurait pas dit : « C’est impossible ! » Parce qu’il y a cinq ans, à 41 ans, Daniel Blouin savait déjà que l’impossible est …possible.

Son parcours en est la preuve vivante et c’est celui-ci qu’il est venu conter avec simplicité et enthousiasme en conférence d’ouverture du Festizen. Le credo de Daniel Blouin, c’est de savoir écouter le « pfff » ou le « bzzzz » qui frémit en soi dans une situation donnée. Une sensation muette mais parlante pour peu qu’on la laisse devenir cette petite voix intuitive chuchotant à notre oreille intérieure des choses dont nous sommes bien souvent prompts à nous détourner. Ce « pfff », c’est la force de vie qui pousse et invite à avancer, exactement comme se mettent à frétiller les nageoires du saumon quand vient pour lui le temps de sauter de sa fosse et remonter le courant jusqu’au bassin suivant dans son parcours héroïque le ramenant au point de départ de sa rivière natale.

Daniel Blouin pousse la métaphore jusqu’au bout : en résumé, on peut soit passer sa vie à faire tranquillement le tour de sa fosse, dans les limites d’un horizon connu et par là même confortable (qu’il soit souffrant ou non), soit décider d’écouter les signaux indiquant qu’il est peut-être temps de prendre son élan pour sauter dans les rapides vers l’étape suivante.

Il se peut que l’on soit réellement à sa place dans une fosse, celle-ci vous offrant alors le havre d’un temps circulaire dont l’éternité n’exclut pas la profondeur, au contraire.

C’est plutôt aux insatisfaits retenus dans une situation par la peur de faire le pas que s’adresse Daniel Blouin. Tout ce qui en nous recherche la sécurité a spontanément tendance à reculer devant l’obstacle surtout quand la vision du chemin à suivre est floue ou quasiment nulle.

Sortir d’une zone de confort est excitant, certes, mais terrifiant. « Comment ai-je pu me mettre dans une situation pareille ? », s’est demandé Daniel Blouin quand, à 21 ans, il se retrouve sur scène dans l’un des rôles principaux d’un spectacle où il doit chanter et jouer de la guitare face à une salle comble de l’Ouest Américain. Oui, la pression a fait perler de belles gouttes de sueur au front de ce p’tit gars de Québec sachant vaguement gratter quelques accords et baragouiner trois mots d’Anglais ! Pourtant, il n’en est pas mort. Et la richesse des rencontres vécues tout au long de cette année de tournée à travers le monde a largement compensé le vertige des angoisses ressenties.

Sur l’estrade du chapiteau du Festizen, Daniel Blouin conte avec humour la suite de son aventure qui l’a mené à travailler pour l’industrie du disque à Montréal, fréquenter la jet set, créer sa boîte de communication à Québec, produire de grands événements de hockey, puis se mettre à écrire et devenir conférencier.

Loin d’un long fleuve tranquille, son parcours ressemble bien à une rivière à saumon, avec ses plages de stabilité entrecoupées de bouillonnantes remises en question. Chaque fois, il n’a pas hésité à tout laisser tomber pour rester fidèle à l’appel senti au fond de lui-même. Et à sauter dans le vide sans l’ombre d’un filet.

« Aide -toi, le ciel t’aidera », dit le proverbe. Autrement dit, fais un pas et la vie répondra. La clef de la réussite des « sorties de zone »* de Daniel Blouin tient en un mot : la confiance. Son histoire vécue d’un gars « au profil bien ordinaire » comme il le dit lui-même est la preuve (une preuve de plus) que la vie crée un chemin pour celui qui s’avance vers elle dans l’humilité de l’ouverture. C’est aussi ce qui fait la pertinence et la portée de son témoignage.