Yves Boudreault, toute une mémoire !

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Yves Boudreault est né le 5 juillet 1932 à L’Anse-Saint-Jean, sur ce qu’on appelait à l’époque la route 16, celle qui allait vers Petit-Saguenay. Il est le fils de Georges Boudreault et de Maria Perron. « Quand elle s’est mariée, ma mère est venue demeurer proche du coin des routes. Mon père y avait une petite terre, 6 vaches, quelques moutons et deux cochons. C’était le commencement. Le soir, en revenant de l’école, on tirait les vaches. J’avais 2 sœurs, Colette et Pierrette, et on était 4 garçons avec Ghislain, Achille et Gérard, le bébé. Moi j’étais le plus vieux. »

Aller à l’école tiré par son chien Gaspé. En avant Yves qui a alors 15 ans et ses frères et sœurs sur le traineau (juste Gérard le bébé n’est pas là)

David Perron, le grand-père maternel, tenait l’hôtel Perron en face du quai à L’Anse-Saint-Jean, là où les voyageurs arrivaient avec les fameux bateaux de ligne de la Canadian Steamship Line. Jusqu’à la fin des années 1960, le transport maritime était le moyen le plus sécuritaire de se déplacer pour tous ceux qui désiraient aller vers Chicoutimi ou Québec.

L’Hôtel Perron reçoit des voyageurs qui arrivent par le bateau de ligne le Canada Steamship Line

« Joseph Boudreault, mon grand-père paternel, c’est lui qui a construit le moulin à scie, à Périgny, sur la petite côte avant le pont. C’est pour cela qu’on l’appelle maintenant la côte du moulin. Mon père avait deux lots dans ce coin-là. Quand on allait faire les foins, on restait chez Agapit Houde. Tout le monde aimait la sauce de patates et la soupe de gourganes de madame Marie Agapit. »

« Le dimanche, mon père attelait son cheval pour aller à la messe. Je me rappelle, on louait une place au village où laisser notre cheval pendant qu’on allait à l’église. Ceux de Périgny, Adjutor Lavoie, Barnabé Houde, Agapit Houde, on les voyait passer, ils descendaient le samedi. C’était loin pour eux autres aller à la messe, alors ils couchaient la soirée d’avant chez de la parenté. »

Yves Boudreault commence dès l’âge de 15 ans à travailler pour son père qui avait alors quelques camions. « Dans ce temps-là, on n’avait pas besoin de permis de chauffeur et j’ai commencé dès la sortie de l’école, à 15 ans ! Au printemps, je charroyais du bois que j’allais chercher au bout de Périgny, sur les chenaux. Mais comme la route n’était pas belle, pour monter je mettais des chaines. Pour les installer, je m’arrêtais toujours chez les Martel, les premiers colons de Périgny. Ensuite, j’allais chercher le bois de pulpe ou de construction que j’amenais au quai. Et tout ça se faisait à bras. »

Georges Boudreault et Maria Perron, les parents de Yves Boudreault, avec au centre Joseph Boudreault son grand-père.

Son père tenait également un magasin général. Les cultivateurs de Périgny venaient à l’automne faire leurs provisions, on appelait cela faire son hivernement. Yves, toujours avec son camion, allait leur livrer les poches de farine, de sucre et de mélasse. C’était inscrit sur un carnet et, quand au printemps, les hommes revenaient de leur hiver dans le bois, ils payaient alors leur dette.

« Ça c’était l’été et l’automne. L’hiver, mon père avait des lots à bois, après le pont, sur Périgny. On bûchait là, mais je n’aimais pas ça, la terre, le bois … moi, je préférais le commerce », précise Yves Boudreault.

Le jeune homme de 23 ans s’est marié à une certaine Claire Boudreault, elle en avait alors 17. « Notre premier enfant, une fille, avait la dystrophie musculaire, et elle est décédée à 11 ans et ½ . Et mon 2e, un garçon, il est mort à 19 mois, il avait l’acidose lactique. Ça n’a pas été facile pour notre couple. Ensuite, on a eu trois autres enfants, qui eux vont très bien, deux garçons et une fille. »

Avec son frère Ghislain, Yves s’est acheté un terrain sur la route 16. « Tout cela se passait en 1958, on a ouvert un restaurant et un garage. Mais en 1961, quand la 170 est arrivée, je n’étais plus sur le passage, alors j’ai bâti une maison sur la nouvelle route, et j’y ai installé le premier commerce, le restaurant Chez Yves ! Ensuite, monsieur Martel a bâti le motel du Mont-Édouard, et après, il y a eu l’épicerie avec Roland Thibeault. »

Le poste de gaz devant le restaurant Chez Yves sur la toute nouvelle route 170

Yves Boudreault se souvient très bien, « notre restaurant était là où il y a maintenant le cabinet du nouveau médecin. Il y avait aussi un poste de gaz. Ensuite, j’ai transformé la bâtisse en maison de chambres, il y en avait 10 en tout. J’étais bien organisé. Quand ils ont fait la ligne de Manic-5, j’ai pris des pensionnaires. »

Première journée de travail au camp Pamouscachiou.

Et puis il y a eu la période Abitibi Price durant laquelle Yves Boudreault a travaillé 27 années en forêt, comme comptable. « C’est sûr que j’avais arrêté l’école jeune mais bon, avec le restaurant, je tenais ma comptabilité tout seul, alors ils m’ont donné une chance ! »

Le camp Pamouscachiou accueillait jusqu’à 550 hommes dont de nombreux bûcherons du Bas-Saguenay

C’est au camp Pamouscachiou, à l’embouchure de la rivière Shipshaw, que la nouvelle carrière commence. C’était un camp qui accueillait plus de 500 hommes, dont de nombreux bûcherons du Bas-Saguenay. Pendant 27 années, Yves monte tranquillement les échelons, sans véritable instruction, juste avec l’expérience. « Je m’occupais de la paye, elle sortait toutes les fins de semaine, et les gars étaient payés au mesurage. Le bois de pulpe allait au moulin à papier à Alma, il était dravé sur le lac Saint-Jean avec un bateau qui charroyait les billots jusqu’au quai de Péribonka. Il partait avec 3000 cordes de bois, ça pouvait prendre 3 jours à se rendre à Alma, ça dépendait du vent. »

Si son frère Achille était conteur, Yves était plutôt un acteur. Il a d’ailleurs joué dans une pièce, La vente de garage, écrite par son frère. « Mon frère Achille, avec Ulric Boudreault, il avait une sucrerie à la place où s’est bâti le Mont-Édouard. », et nous voilà repartis pour une nouvelle histoire.

Il n’y a pas de doute, Yves Boudreault est une véritable bibliothèque et c’est avec un projet de livre qu’il faudra que je retourne le visiter un beau jour !