Au temps des coupes…

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Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Nos villages font face, depuis des décennies, à un défi démographique important lié au déclin de l’industrie forestière, au manque d’emplois de substitution disponibles et au vieillissement de la population. Le Bas-Saguenay peine donc à offrir des services à ses personnes âgées, à garder ses écoles ouvertes et à offrir des emplois de qualité à sa population travaillante. Certaines municipalités s’en tirent mieux que d’autres, mais celles-ci doivent de leur côté faire face à d’autres enjeux, comme l’accès à la propriété pour les jeunes familles.

Il est urgent que nos villages relèvent le défi du renouvellement de leur population et trouvent le moyen d’attirer de jeunes familles. Plus de 30% des jeunes de moins de 35 ans souhaitent s’établir en campagne, mais craignent l’absence d’emplois et déplorent la faible diversité des services et de l’offre culturelle. Bref, le tableau démographique est lié tant à l’activité économique qu’à la qualité de vie.

En l’absence de gros employeurs industriels, notre région se rabat essentiellement sur la petite entreprise pour assurer son développement économique. Sur les quelques 250 entreprises présentes sur le territoire, plus de 60% des emplois proviennent des entreprises de moins de 20 employés et plus de 20% des entreprises de moins de 4 employés. Nous vivons dans un monde de petits entrepreneurs !

Plusieurs de ces entreprises ont bénéficié au cours des 15 dernières années des services offerts par le CLD du Fjord, que ce soit un soutien financier ou une assistance technique. Pour certaines d’entre elles, le soutien apporté a été central dans la réussite de leur projet. L’annonce de l’abolition des CLD, du transfert de leurs responsabilités aux MRC et de coupes de 55% dans leur budget a donc provoqué une onde de choc dans les milieux d’affaires.

Il semble que plusieurs des fonds existants seront maintenus et que c’est plutôt du côté du soutien technique que les réductions budgétaires seront dirigées. La MRC a en effet décidé de réduire le financement pour les postes d’agent de développement local. Ces agents apportent une aide directe aux entrepreneurs qui souhaitent démarrer leur entreprise ou diversifier leurs activités. Ils soutiennent également le travail des organismes communautaires.

Le journal que vous tenez entre les mains n’existerait pas sans la contribution des agents de développement de nos municipalités. Plusieurs initiatives n’auraient jamais vu le jour non plus, que ce soit au niveau des services aux jeunes, aux familles ou aux personnes âgées, des grands projets de développement économiques ou du développement de l’industrie touristique.

L’année qui se termine aura été haute en bouleversements et celle qui arrive ne devrait pas être en reste. En effet, le gouvernement provincial, dans sa volonté d’atteindre le déficit zéro, a annoncé plusieurs autres mesures qui affecteront directement les services dans nos villages : réduction des services dans les CLSC, fusion des commissions scolaires, coupures importantes dans les transferts aux municipalités, hausses des tarifs de garderie, etc.

En cette période trouble, il est plus important que jamais de se serrer les coudes et de se rappeler que c’est la solidarité qui a permis la construction de nos institutions et de nos entreprises. Cette solidarité, c’est celle qui se manifeste à l’intérieur de nos villages et entre nos villages. C’est aussi celle qui s’exprime entre tous les Québécois et les Québécoises et qui nous permet de bénéficier de certains services publics même si nous ne sommes pas « rentables » en termes purement comptables.

Face à une telle solidarité, nous avons certes la responsabilité de rendre nos organisations efficaces et d’éviter le gaspillage. Mais il faut tout de même s’assurer que nos villages auront encore les moyens de créer de l’emploi et de demeurer des environnements attractifs pour relever les défis qui s’annoncent.