Chronique du 100e – La crise de 1966

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La municipalité de Petit-Saguenay célèbre son 100e anniversaire en 2019. Dans le cadre de ces festivités, nous vous présentons une série de chroniques sur des moments marquants de l’histoire de Petit-Saguenay. Voici la cinquième et dernière de ces chroniques.

L’histoire de la fondation et du développement de Petit-Saguenay est intimement liée à l’industrie forestière. En 1838, la Société des vingt-et-un établit de petits moulins à scie à l’Anse aux petites-Îles et à l’Anse-au-cheval. Puis, François Guay construit un moulin à l’embouchure de la rivière Petit-Saguenay en 1844, moulin qu’il revendra rapidement à la compagnie Price qui en fera le cœur administratif de son empire industriel naissant. Cet évènement marque le début de l’occupation permanente de la vallée de la rivière Petit-Saguenay et de la colonisation, qui s’accélère à compter des années 1870.

Plusieurs décennies plus tard, c’est Joseph Houde qui prend la relève comme chef de file dans l’exploitation de la forêt sur le territoire de Petit-Saguenay. Petit-fils d’Ovide Houde, l’un des pionniers de Petit-Saguenay, Joseph Houde est également maire de la municipalité pendant 30 ans et à la tête de la Coopérative électrique. Il établit son premier moulin à scie au Lac Charles-Dallaire en 1939, puis déplace progressivement le centre de ses opérations toujours plus loin dans les terres vers Charlevoix. Des moulins sont ainsi installés au Lac Mordeux en 1946, puis au Lac de la Loutre en 1951 et finalement au Lac Pilote en 1960. Le 21 août 1966, un incendie déclenché par l’explosion du moteur diésel qui alimente le moulin en électricité met un terme aux opérations de ce dernier moulin, causant du même coup une crise majeure dans la municipalité.

À cette époque, la compagnie Jos. Houde Limitée est le principal employeur de Petit-Saguenay, avec 66 hommes sous ses ordres, dont environ la moitié au moulin. C’est plus du tiers de la force laborieuse locale. Aussitôt un comité de secours aux citoyens de Petit-Saguenay est mis sur pied par le gouvernement du Québec afin de relancer l’industrie et mettre en place des mesures palliatives pour éviter l’indigence aux familles des travailleurs sans emploi.

Le gouvernement agit rapidement, d’abord pour reclasser les travailleurs soudainement sans emploi dans d’autres chantiers de la région ou dans les écoles de métier et pour enclencher des chantiers publics qui offrent des emplois temporaires aux nouveaux chômeurs. En l’espace de quelques semaines, ce sont près de 100 000 $ (750 000 $ en dollars de 2018) qui sont mobilisés pour effectuer divers travaux publics : réfection du chemin Saint-Étienne, travaux d’asphaltage sur la route 16 (l’actuelle route 170), réparation des ponts et divers aménagements urbains.

La compagnie, pour sa part, est résolue à reconstruire. Hydro-Québec aménage donc à grands frais une nouvelle ligne électrique de 600 volts pour alimenter la nouvelle industrie. La municipalité, avec l’aide du gouvernement du Québec, offre quant à elle une garantie de prêt de 20 000 $ (150 000 $ en dollars de 2018) à l’industriel pour l’achat d’une partie des équipements. Après 2 ans de démarches et 600 000 $ d’investissement de la part de la compagnie, soit 4.2 M$ en dollars de 2018, un nouveau moulin à scie moderne est inauguré en 1968 sur la route 16 et permet de faire passer les effectifs à 82 hommes.

Ces deux années de crise économique sont difficiles pour les travailleurs et leurs familles. Les emplois locaux ne sont pas légion et plusieurs doivent s’exiler à l’extérieur pour travailler. Heureusement, au redémarrage de l’usine, la quasi-totalité des employés de l’ancien moulin sont au rendez-vous pour reprendre leur poste de travail dans des installations modernisées. Bien qu’éprouvante, cette crise majeure permet toutefois une prise de conscience importante de la part des pouvoirs publics de l’importance de diversifier l’économie locale.

En 1966, le gouvernement du Québec crée ainsi une réserve faunique ouverte au public avec la rivière à saumon, autrefois un club privé. Des années plus tard, cette réserve sera cédée à une association locale qui formera ce qui est aujourd’hui la Rivière Petit-Saguenay. En 1971, la municipalité prend également les grands moyens et acquiert l’anse Saint-Étienne de la compagnie Price. Elle lance aussitôt le chantier d’aménagement d’un camping et d’un site de loisirs qui deviendra plus tard le Village-Vacances Petit-Saguenay. Le grand legs de la crise de 1966 est donc en quelque sorte la création de deux entreprises qui font aujourd’hui la réputation de Petit-Saguenay comme destination touristique.