Au cœur de notre avenir collectif, la diversification économique

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La baie Éternité en hiver
Les falaises de la baie Éternité. Crédit photo : Cécile Hauchecorne

La population du Bas-Saguenay vieillit à vue d’œil. Les jeunes et les moins jeunes partent depuis des décennies, pour étudier ou travailler dans les centres urbains. Trop souvent, ils ne reviennent pas. Les perspectives démographiques québécoises ne nous laissent pas croire à un retournement de situation. Face à un tel constat, si on veut éviter la mort lente de nos communautés, il est fondamental de prendre les moyens nécessaires pour garder nos jeunes familles et en attirer de nouvelles.

Des jeunes familles viennent régulièrement s’établir chez nous, parfois parce qu’elles souhaitent retrouver leur village natal ou alors parce qu’elles sont en quête d’une meilleure qualité de vie et d’un contact privilégié avec la nature. Pour la même raison, nos villages sont également des lieux très prisés par les villégiateurs et les retraités. Parfois, cet établissement devient permanent, mais seulement si certaines conditions sont bien remplies.

Les raisons sont en effet nombreuses pour demeurer chez nous : les beaux paysages, les services personnalisés, l’accès à la propriété, la sécurité et l’esprit d’entraide par exemple. Mais au final, à moins d’être un adepte de la simplicité volontaire, la disponibilité du travail et la possibilité de s’épanouir professionnellement sont deux déterminants essentiels de la rétention des familles.

Notre dossier du mois dresse un portrait de l’emploi dans le Bas-Saguenay. La bonne nouvelle est que la part de la population active qui peut compter sur un emploi rémunéré est plus grande que jamais. Par contre, une grande partie des travailleurs doit toujours se déplacer sur de grandes distances, souvent quotidiennement, pour occuper ces emplois. De plus, les emplois disponibles dans les villages sont la plupart du temps moins bien rémunérés, quand ils ne sont pas tout simplement saisonniers.

Il est illusoire de croire que nous serons un jour en mesure d’offrir dans nos villages des emplois de la même qualité que ce que l’on peut trouver dans les grands centres urbains ou même du côté de la Ville de Saguenay. Bien des gens sont toutefois prêts à troquer une partie de leur salaire pour une qualité de vie exceptionnelle. Pour espérer en voir s’établir davantage chez nous, il faut absolument accroître nos efforts de diversification économique afin de développer des emplois à salaire intermédiaire.

Le secteur des ressources naturelles a traditionnellement été un employeur important dans le Bas-Saguenay et offrait historiquement des salaires très intéressants. Si des projets de deuxième ou de troisième transformation étaient mis de l’avant, des nouveaux emplois industriels de qualité pourraient être créés dans le domaine.

À l’heure de mondialisation et de l’engouement pour les produits artisanaux de tout acabit, de nombreuses entreprises de fabrication artisanale pourraient également être mises sur pied. Il en existe déjà quelques-unes sur le territoire qui parviennent à tirer leur épingle du jeu et qui pourraient aussi créer encore davantage d’emplois en exportant leurs produits si distinctifs.

Un autre secteur où le Bas-Saguenay est à peu près absent est celui des services professionnels, scientifiques et techniques. Avec une stratégie bien orchestrée, il serait possible d’attirer des professionnels qui sont rattachés à des firmes dans les centres urbains et qui peuvent continuer leur lien d’emploi grâce au télétravail. Le secteur se prête également plutôt bien au travail autonome.

Toutes ces initiatives nécessiteraient davantage d’efforts concertés de la part des municipalités dans leurs efforts de développement. Consacrer davantage de ressources au développement et établir un meilleur partage des responsabilités entre les agents de développement permettraient certainement de dégager la marge de manœuvre nécessaire à l’établissement d’un véritable commissariat industriel commun à toutes nos municipalités.

Le secteur privé doit également mettre la main à la pâte, puisqu’après tout c’est lui qui crée les emplois. Or, plus de 60% des emplois présents sur le territoire proviennent des entreprises de moins de 20 employés. Plusieurs d’entre elles présentent un potentiel de croissance et seraient en mesure d’élargir leur champ d’action. De plus, le Bas-Saguenay demeure une terre d’opportunité où plusieurs champs économiques ne sont pas encore occupés, ce qui laisse beaucoup de place pour la création de nouvelles entreprises.

Finalement, la population locale a aussi sa part de responsabilité dans ce vaste chantier. Si l’on veut que nos jeunes restent dans notre milieu ou reviennent y créer des entreprises, il faut s’assurer qu’ils développeront les compétences qui correspondent aux domaines d’activité qu’on retrouve sur le territoire. Beaucoup d’entreprises du milieu doivent recruter à l’extérieur de la région parce qu’ils sont incapables de trouver des candidats dans le milieu. C’est tout dire !