Misons sur l’autonomie énergétique

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Crédit photo : Samuel Crase

Les diverses pannes électriques qui ont eu lieu en décembre dernier dans notre région auront suscité beaucoup de questionnements. Elles auront, par contre, comme vous le verrez dans cette publication, permis aux divers intervenants du milieu de s’interroger et d’améliorer la préparation pour mieux y faire face. Ces événements peuvent aussi nous permettre d’avoir une réflexion plus globale sur l’état de notre production et consommation énergétique au Québec.

Au Québec, depuis la création d’Hydro-Québec en 1944 sous Adélard Godbout, nous avons une situation énergétique qui fait l’envie de plusieurs : 97% de notre énergie produite l’est de façon renouvelable grâce à l’hydroélectricité. Selon les dernières données scientifiques, la production hydroélectrique produirait des gaz à effet de serre de l’ordre de 3 à 17 grammes équivalents de CO2/kWh, comparativement à une centrale au charbon qui produit environ 879 grammes équivalents de CO2/kWh. La différence est énorme sur le plan environnemental. Nous avons aussi les tarifs les plus avantageux en Amérique du Nord. Le prix moyen de l’électricité est approximativement de 0,07 $ comparativement à des coûts d’environ 0,31 $ à New York.

Malheureusement cette situation avantageuse a eu comme impact de nous propulser au rang des plus grands consommateurs d’électricité par personne au monde, derrière l’Islande et la Norvège. Malgré l’amélioration de l’isolation de nos maisons et l’efficacité de nos appareils, notre consommation au niveau résidentiel a augmenté de 9% durant les dix dernières années. De plus, notre réseau n’arrive pas à combler la puissance nécessaire lors des pointes hivernales. Hydro-Québec distribution prévoit un manque à gagner de 3 150 MW d’ici 2022. Ce manque à gagner doit être acheté à nos voisins qui produisent de l’électricité avec des sources beaucoup plus polluantes que l’hydroélectricité.

La diversification de notre filière énergétique est en route, avec des projets de production éolienne, l’énergie solaire, la géothermie, la biomasse et autres. Une quantité impressionnante de projets d’envergure est présentement en train de voir le jour au Québec. À titre d’ingénieur, je suis souvent appelé à faire l’analyse de tels projets dont le plus grand défi demeure la rentabilité de ces technologies face au coût extrêmement bas de notre énergie électrique.

Le principal incitatif est l’existence des programmes de subvention. Il est impressionnant de voir la quantité de programmes méconnus qui existent du côté des gouvernements, de Gaz Métro et d’Hydro-Québec. À titre d’exemple, nous voyons apparaitre de plus en plus de projets de chaufferie à la biomasse forestière dans les municipalités rurales, grâce au programme de subvention du gouvernement provincial et de la Fédération québécoise des coopératives forestières. Ces projets permettent de diminuer les pointes électriques lors des périodes de froid et de rendre plus autonomes les milieux ruraux en matière énergétique.

J’espère que les événements de décembre nous permettrons de prendre conscience de l’état de notre filière énergétique au Québec et de nous questionner de façon plus globale sur nos choix de consommation d’énergie en tant que société et en tant qu’individu. Chacun d’entre nous a la responsabilité de diminuer son empreinte énergétique afin d’éviter d’avoir à construire de nouveaux barrages hydroélectriques à moyen terme ou d’importer de l’énergie en provenance de sources polluantes de l’extérieur en hiver.

Les récentes interruptions de courant nous forcent également à réfléchir à la façon de mieux nous préparer à l’avenir. Le réseau de distribution d’Hydro-Québec s’étend sur environ 33 900 km, ce qui donne une idée de l’ampleur du travail d’entretien à faire et sur la vulnérabilité des régions isolées et boisées comme la nôtre. Si Hydro-Québec doit consacrer de grands efforts à l’entretien de son réseau, nous avons la responsabilité de nous préparer adéquatement comme citoyen à des pannes de service. Nos municipalités doivent aussi être prêtes à réagir.

Par contre, l’État a un rôle central à jouer. L’État influence le marché de l’efficacité énergétique et de l’énergie verte grâce aux programmes de subvention. S’il n’est pas dans ses priorités de réaliser des investissements importants pour raccorder les villages qui sont dans des boucles fermées, il devrait tout au moins aider financièrement les municipalités comme celles du Bas-Saguenay à avoir une plus grande indépendance énergétique en cas de panne importante comme celle que nous avons connue cet hiver.