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L’entraide au cœur de nos villages

Fête de préouverture du Café des Marées à Saint-Fulgence.
Simon Tremblay, un citoyen de Saint-Fulgence qui écrit ici son 2e texte dans le Trait d’Union. Cette aventure de vouloir créer des ponts entre la rive sud et la rive nord du Bas-Saguenay nous fait rencontrer de biens beaux humains.

 

Dans L’entraide, un facteur d’évolution, le russe Pierre Kropotkine écrivait en 1902 que l’entraide était un attribut inné et répandu chez les animaux, comme chez toutes les communautés humaines. La raison principale : l’entraide est un facteur de survie et d’innovation dans les groupes. À cette époque, le darwinisme, une théorie qui met l’emphase sur la compétition entre les individus, dominait le monde de la pensée. Kropotkine avait parcouru les confins de la Russie pour démontrer, à partir de ses observations, que sous la main de fer des Tsars, les communautés survivaient car elles s’aidaient entre elles, et non car elles luttaient pour leur survie l’une contre l’autre.

Exactement 120 ans plus tard, le but de cet article est beaucoup moins ambitieux : montrer que l’entraide est une partie de notre identité et un facteur de survie sur la rive nord du Fjord du Saguenay. La vie n’est pas facile ici! Les rudes hivers, la distance entre les villages, notre dispersion et le sol rocheux en font une terre qu’il est difficile d’habiter. Pourtant, si les gens sont si heureux à Sainte-Rose-du-Nord et Saint-Fulgence, c’est parce qu’un réseau de personnes tisse une toile d’échanges et de soutien à travers les habitations. Cette entraide se manifeste – entre autres – de trois manières remarquables :  dans la collaboration intermunicipale, dans le monde agricole et dans des lieux de rencontre magiques comme le Café communautaire des Marées.

En premier lieu, il y a la récente annonce – depuis juin – que les municipalités de Sainte-Rose-du-Nord et Saint-Fulgence uniront leurs efforts pour pourvoir à leurs besoins en comptabilité. La pénurie de main d’œuvre frappe tous et toutes, dans les entreprises privées comme dans l’administration publique. Mettre en commun les ressources avec les municipalités voisines est ce qui permettra ultimement de passer à travers cette crise. Plutôt que de se battre pour les ressources, ceci est la preuve que miser sur le partage pour l’épanouissement de nos deux municipalités est plus rentable! Tenir les livres est une tâche essentielle, et il en va de la survie des services municipaux.

À un tout autre niveau, notre rive du Fjord est connue pour la beauté de ses paysages agricoles, pour la détermination des personnes qui nous nourrissent et qui tiennent des entreprises d’agrotourisme. Pour le sentir concrètement, je suis allé le vivre dans le village voisin ce dimanche. Derrière la serre de Guillaume, un maraîcher chevronné, le soleil d’automne plombait à travers la forêt. De ma main gauche, la fourche se plantait à intervalles réguliers dans la terre sablonneuse, et ma main droite empoignait le feuillage des panais pour en faire une botte. D’un coup d’exacto tiré bien droit, les tiges tombaient au sol, et ma main gauche, encore elle, ramassait les panais en un paquet tendu par un élastique. Au Domaine de la roche à l’épervière, on fait entrer des troncs de peuplier dans une fournaise pour chauffer la serre. Au milieu de la forêt de Sainte-Rose-du-Nord, Guillaume cultive des paniers de légumes diversifiés pour plus de cent familles de la région. Il a bien besoin d’un coup de main le dimanche! C’est une relation d’entraide qui relie ma main à la racine du panais, à travers le sol et les feuilles qui se tendent vers le ciel d’un ami.

La ferme La Bricole

Une autre ferme est née cette année à Saint-Fulgence, La Bricole, qui selon Myriam, qui y travaille, a été nommée ainsi car une ferme est bien plus qu’un seul ouvrage. Il y a mille métiers dans ce métier, on cultive, on construit, on répare, on vend, on fait du graphisme… Je suis d’ailleurs allé abattre les canards avec Antoine et Myriam par une belle journée de septembre, et ils en ont encore à vendre si vous en voulez!

Finalement, et non le moindre, le Café communautaire de Saint-Fulgence fait couler de l’encre cet automne. Le 18 septembre a eu lieu la fête de préouverture du café. Un grand succès selon Maxime Hébert, chargé de projet au café, pour qui les nombreux bénévoles impliqués et enjoués – le soleil dans les yeux – sont au cœur de l’affaire. Ce sont eux qui préparent les pizzas, les font cuire dans le four artisanal et vous les apportent! L’évènement est un succès, et toutes les pizzas ont été vendues rapidement, avec des maïs et des bières locales. La preuve, lorsque je suis arrivé en milieu de soirée, il n’en restait plus une de disponible!

Le café communautaire est aussi un espace pour se rassembler et célébrer notre culture. Le rock québécois de Maman et la voix du conteur local Ken Villeneuve font partie de la série de spectacles qui ont eu lieu cet automne. Un comité culturel s’organise au village pour poursuivre cette série de spectacles musicaux dans la bâtisse du CIBRO, pour la durée du mois d’octobre. Pour Maude Deschênes, qui fait partie du comité, le but est de créer un nouveau lieu culturel au Saguenay, ici même sur la rive nord du Fjord. Cela demande de l’entraide entre l’équipe municipale, qui gère le lieu, les bénévoles motivés, les artistes inspirants, et bien sûr vous, qui êtes le reflet de cette culture et de cette musique!

Saint-Fulgence et Sainte-Rose-du-Nord sont des communautés emplies d’entraide. Au cœur de cette histoire, on retrouve les producteurs et fermiers de famille qui nous nourrissent, les équipes municipales et les chargés de projet du café communautaire. Allez à leur rencontre!

Les grands esprits se rencontrent.

C’est donc tout un village qui s’était alors monopolisé autour d’un rêve, l’idée de donner vie à l’histoire d’ici par un théâtre musical à grand déploiement, avec musiciens, marionnettes géantes, projections, chorale, figurants et comédiens. Le spectacle allait voir le jour pour le 100ième, en 2019.

Les photos ont été réalisées par Dany Thibeault et Manon Landry.

Il y a, au cœur des collines mystérieuses de Petit-Saguenay, un amour profond pour le simple, le vrai et la rumeur, tendance acceptée et encouragée dans le but d’alimenter la magie. Et surtout, la quiétude et la beauté des lieux favorisent la rencontre de géants créateurs d’univers, là où circulent librement de grands esprits… Inspirés du Fjord, et oxygénés d’espace et d’horizons, ces êtres invisibles deviennent les chorégraphes d’un monde où ils peuvent se manifester, et ainsi coécrire l’histoire des gens qui bâtissent et inventent le courant des choses.

C’est dans l’imaginaire adolescent d’Élias Côté, le poète-pécheur de saumons, qu’allaient apparaître 4 de ces grands esprits à l’origine du spectacle Marguerite. Grâce à une espèce de dialogue symbiotique tout au long de son parcours, le conteur à l’écoute immense, était prédestiné pour un jour pouvoir accoucher d’un tableau pittoresque, grandiose; et surtout, fidèle à ces trésors qui se cachent au Petit-Saguenay. Mais de l’art, dirait-il, ça s’fait pas tout seul !

Au printemps 2022, à peine débarqué dans mon village d’adoption, je reçois un appel de Philôme La France, maire de Petit-Saguenay, qui me dit que Jean Bergeron se cherche des allié.es, des professionnels de la scène, des artisans et bénévoles, afin de reprendre le spectacle Marguerite, qui aurait mérité quelques saisons de plus. À partir des contes d’Élias Côté, l’art de la parole et de la transmission était devenu palpable et touchant, prenant des dimensions visuelles impressionnantes. Pour conserver l’œuvre vivante, admet Jean Bergeron, il aura fallu faire acte de foi et piger dans le sac ancien des mœurs d’une communauté qui se tient, et qui ne se laisse jamais tomber. Comme me racontait Élias « Depuis tout l’temps, quand je d’mande de l’aide par che nous, on m’ répond toujours : Dis moé ton heure pi m’a êt’ là ».

C’est donc tout un village qui s’était alors monopolisé autour d’un rêve, l’idée de donner vie à l’histoire d’ici par un théâtre musical à grand déploiement, avec musiciens, marionnettes géantes, projections, chorale, figurants et comédiens. Le spectacle allait voir le jour pour le 100ième, en 2019.

Bien évidemment, se remettre en selle (et en salle) comportait des défis, puisque certaines personnes manquaient à l’appel, sans oublier que nul ne pouvait prédire ni garantir la finalité d’une reprise, dans un contexte post-mesures encore fragile et incertain. Cependant, à ce que je pouvais deviner dans la voix du producteur, le cœur y était et le chemin s’ouvrirait à nouveau. J’ai donc eu la chance de le vivre, de le voir, de le sentir et d’y participer. Des semaines de préparation à recoller les morceaux, à réapprendre les chansons et les déplacements, à vérifier, réparer et bonifier les décors et marionnettes; bref, l’équipe renaissait sous mes yeux ébahis. Et, comme quelques ajustements étaient nécessaires, de nouvelles personnes ressources sont apparues pour venir s’intégrer à cette joyeuse bande. Richard Gagnon, Élias Côté et Jean Bergeron (les pionniers créateurs de Marguerite) ont certainement des charmes complémentaires, puisqu’en peu de temps, des gens provenant de différents milieux sautaient à bord du train, avec fougue et bienveillance. C’est dire la force d’attraction du projet, de l’équipe, et des humains qui l’alimentent!

Jean Bergeron et Hugo Lapierre lors des nombreuses répétitions de Marguerite.

Au sein de la première mouture, Le conservatoire de musique de Saguenay a su travailler en complicité avec Jean Bergeron, Ginette Côté et Gabriel Gagné Gaudreault pour écrire des arrangements. Éric Chalifour, Mark Waltzing, Frédéric Maltais, Patrice Leblanc, Mylène Leboeuf-Gagné et encore d’autres sont venus d’ailleurs pour s’investir en temps et en énergie, ici au cœur d’un village motivé et décidé.

Cette année, d’autres surprises de collaborations inter-villages sont venues enrichir la troupe. De Ste-Rose du Nord, Marisol Josée et Fanny Fay Tremblay Girard, comme de fines créatrices de l’intemporel et du rêve, ont su offrir talents et vision pour affiner les tableaux les plus fous. Une nouvelle citoyenne de la place, Calianne Gagnon, ainsi que la toute jeune Amélyanne Poitras de La Baie, allaient à tour de rôle jouer Marguerite. D’ailleurs, quel bel exemple de passation du flambeau lorsque Britanny Simard (la Marguerite édition 2019) s’est portée volontaire pour donner un coup de mains aux auditions des jeunes. Que ce soit Audrey Girard de St-Félix, devenue marraine dévouée et aidante naturelle pour la durée des représentations, que l’on pense aux nombreuses et nombreux bénévoles, ou bien à Jean-François et Manon, qui n’ont plus besoin de présentation, cette épopée artistique a su faire tomber les frontières et attirer un grand nombre de personnes, toutes plus généreuses les unes que les autres…

Si l’Esprit du Fjord, de la Forêt, de la Terre, ainsi que l’Esprit du Feu auront été les architectes des 100 dernières années, je ne serais pas surpris d’apprendre qu’ils auraient aussi sculpté, par mesure de pérennité, cet esprit de collaboration et d’entraide qui règne en ce moment au Bas-Saguenay. Ces liens et ces amitiés créés par soucis d’entraide et de bon voisinage, continuent de se fortifier, et l’avenir sera gage de ces ponts qui rassemblent et unissent. J’ai déjà eu vent des grands Esprits de Ste-Rose, et certains d’entre nous avons même pu danser avec l’un d’entre eux à la lune, au quai de Petit-Saguenay le 13 août dernier. Après m’avoir invité à conter chez lui, leur conteur Ken Villeneuve viendra nous visiter sous peu, avec l’intention de croiser le verbe avec le grand Élias. Bientôt, nous verrons probablement quelques bélugas s’offrir pour faire la navette entre nos villages, question de pouvoir participer à cette merveilleuse collaboration, qui elle aussi, vient de naître.

École en réseau – Une idée devenue grande

Vue en direction du fjord du Saguenay, l’un des écosystèmes protégés par le parc marin – A. Cossette – Parcs Canada

À l’hiver 2019, une enseignante de l’école Fréchette à L’Anse-Saint-Jean mène un projet pour faire découvrir les différentes facettes du fjord du Saguenay et du fleuve Saint-Laurent à ses élèves de 5e et de 6e année. Rejointe par plusieurs collègues de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay et supportée par l’équipe d’École en réseau, elle développe un projet multidisciplinaire : Le fleuve aux grandes eaux.

Les objectifs du projet vont au-delà du Saguenay et visent à faire connaître le fleuve Saint-Laurent aux jeunes Québécois. Qu’il s’agisse du fleuve à Montréal ou à Rimouski, c’est le même cours d’eau qui s’écoule. Une fois dans l’estuaire et dans le fjord du Saguenay, son incroyable biodiversité fait en sorte qu’il est même désigné comme la première aire marine protégée au Québec et l’une des premières au Canada. Il y a de quoi être fier !

Des experts virtuels

Le partenariat avec École en réseau offre à l’enseignante d’avoir virtuellement accès à des experts pour appuyer les activités d’apprentissage en classe. L’équipe de Parcs Canada basée à Tadoussac est contactée pour présenter le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent qui protège presque entièrement le fjord du Saguenay et des centaines de kilomètres de l’estuaire du Saint-Laurent. Parcs Canada et la Sépaq travaillent ensemble depuis plus de 20 ans pour gérer et protéger conjointement cet immense territoire marin.

Les conférences en ligne permettent aux élèves de découvrir le parc marin et les baleines ainsi que les métiers de la mer comme celui de pilote sur les navires. Les présentations rencontrent un grand succès : plus de 300 étudiants y assistent par le biais de la plateforme virtuelle, sans oublier les représentations différées. « C’était vraiment un projet novateur et porteur », souligne Sonia Normandin de l’équipe de Parcs Canada au parc marin. « On sentait une fierté de la part des jeunes élèves du Saguenay de réaliser l’unicité de leur région ».

L’équipe de Parcs Canada au parc marin lors d’une diffusion en 2022

Un partenariat qui s’agrandit

Le projet a suscité de l’intérêt. Les années suivantes, plusieurs équipes de Parcs Canada au Québec intègrent la programmation virtuelle d’École en réseau et une collaboration s’officialise. Les thèmes adressés aux classes du secondaire prennent de l’expansion et mettent en valeur diverses richesses naturelles et culturelles au Québec et dans les provinces de l’Atlantique en passant par le saumon de l’Atlantique, l’importance des plantes dans la médecine traditionnelle et l’histoire des Noëls de l’époque victorienne.  L’assistance est devenue remarquable. Lors d’une conférence sur le béluga du Saint-Laurent en 2022, plus de 20 000 étudiants (environ 500 classes) sont présents !

L’idée devenue grande se poursuit. La programmation de Parcs Canada 2022-2023 sera disponible sous peu. L’équipe du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent sera de nouveau de la partie avec deux conférences : l’une sur les bélugas et les baleines du Saint-Laurent et la seconde sur les organismes peuplant les fonds marins du fleuve.

C’est un rendez-vous à ne pas manquer !

Voici comment se passe l’École en réseau dans la classe de Marie-Claude Boily. 

École En Réseau (EER) et Parcs Canada, un partenariat qui prend forme au Bas-Saguenay

Cécile Hauchecorne

 « EER, c’est une manière d’avoir le meilleur des deux mondes, pouvoir vivre en région éloignée tout en étant en contact avec des scientifiques, des ressources spécialisées sur à peu près tous les thèmes possibles ! » commente Marie-Claude Boily, l’enseignante aux mille et un projets.

Comment fonctionne École En Réseau ?

« Une enseignante, comme moi en 2018, désire sensibiliser ses jeunes élèves à leur milieu, leur faire connaitre et ainsi développer leur sentiment d’appartenance. Dans ce cas-ci, je prends contact avec le parc marin, qui apporte le contenu scientifique du projet, pendant qu’avec les autres professeurs du Bas-Saguenay, on travaille à insérer ce contenu dans notre programme pédagogique. La magie d’École En Réseau, c’est que plusieurs classes peuvent en même temps assister aux différentes capsules. »

« Pour le projet, on s’est inspiré de l’œuvre de Frédéric Bach Le fleuve aux grandes eaux. L’idée c’était de faire découvrir le fleuve Saint-Laurent aux élèves et on a naturellement fait appel au parc marin. Sonia Normandin, la biologiste de l’époque nous prépare des capsules et répond aux questions des jeunes lors des visionnements. »

Même si on n’est pas si loin de Tadoussac, de nombreux élèves de la classe de Marie-Claude Boily n’étaient jamais allés au bord du fleuve. « Moi je voulais qu’on aille sur le fleuve, et ça a vraiment touché les élèves, il y en a certains qui m’ont dit : Madame quand tu nous lisais le livre Le brunissement des baleines blanches, je l’imaginais grand, mais je pensais jamais que c’était aussi grand ! »

De son côté, Parcs Canada réalise alors le potentiel d’École En Réseau lui permettant de développer son volet éducatif et d’entrer dans toutes les écoles canadiennes. « C’est comme si, suite à ce projet-là, Parcs Canada se rendait soudain compte des impacts positifs d’un tel partenariat. Quelle belle plateforme pour nous, pour accéder aux classes ! Quand on a commencé le projet avec Sonia, elle capotait ! Mais là combien de classes ? On ne le sait jamais combien de classes vont s’inscrire ! »

La passerelle du Mont-Édouard, une histoire belle et efficace.

Michel Tremblay en est à son 3e mandat au C.A de la Société de Développement de L'Anse-St-Jean. Crédits photos : Cécile Hauchecorne

Michel Tremblay, qui en est à son 3e mandat au C.A de la Société de Développement de L’Anse-St-Jean, se fait demander par ce même C.A de trouver des solutions concernant la passerelle. Cette dernière en bois, peu entretenue et donc devenue potentiellement dangereuse, avait été retirée deux années plus tôt.

« En enlevant cette passerelle, on enlevait par la même occasion l’accès au secteur de la Vallée des Bouleaux et de la Nord-Est, les plus beaux secteurs de la Province pour les sous-bois ! Il faut savoir qu’ici, on a une réputation de sous-bois extraordinaires, les gens de l’extérieur viennent juste pour ça ! » m’explique avec entrain ce fier bénévole de la station de ski.

« J’ai donc formé un comité de citoyens et de membres du C.A. On en parle dans les remontées et c’est ainsi que je rencontre Carl Laberge, le directeur de Port Saguenay qui me mentionne une ancienne passerelle de 100 pieds de long, en acier, qui a été déménagée et qui pourrait peut-être bien faire l’objet d’une commandite d’une valeur de 60 000 $. »

L’aventure commence !

Des transporteurs, des commandites, de nombreux partenaires entrent dans l’aventure, car il restait tout de même à réaliser, et ce n’était pas une mince affaire, le transport de cette passerelle sur son lieu d’opération. « C’est incroyable le nombre de contacts que tu peux avoir ici dans la montagne, il y a des contracteurs, des ingénieurs, des propriétaires de gros commerces, de grosses industries. Ces gens-là ne sont jamais sollicités, c’est eux autres qui sont venus me voir ! Ils ont entendu parler du projet dans les chaises ! »

Trois travailleurs du Mont-Édouard ont participé à la concrétisation de ce projet titanesque. « Il fallait préparer le terrain, la soulever, la déplacer, l’ancrer dans le roc et la mise en place de la passerelle n’aurait pas été possible sans eux », poursuit sur sa lancée Michel Tremblay.

Deux bulldozers et une grosse pelle mécanique

La passerelle devait être transportée en hiver, afin de remplir l’immense trou qu’elle surplombe de neige et être ainsi capable de la passer de l’autre côté. « En dedans d’un mois tout s’est enchainé très vite et très bien. D’anciens skis de machineries qui travaillaient à sortir le bois ont été trouvés dans une cour à scrape de Québec. On les a soudés en dessous de la passerelle géante! Les gars du Mont-Édouard, c’est pas des ingénieurs, c’est des ingénieux ! » s’exclame celui qui revit chaque instant de cette épopée en me la racontant.

Quand les gens se mobilisent tous ensemble, ça donne un résultat extraordinaire !

« Au tout début du Mont-Édouard, le chalet au sommet a été bâti bénévolement, des citoyens ensemble, pas des skieurs, vraiment des citoyens ensemble qui ont bâti ça et qui l’ont ensuite donné au centre de ski ! J’y étais et avec la passerelle, c’est ce que j’ai réessayé de faire, de ramener le citoyen de L’Anse au cœur du projet. Dans notre groupe, on était une douzaine de bénévoles avec 2 ou 3 citoyens du village qui ne skient même pas et qui sont venus aider. C’est ce sentiment d’appartenance que j’essaye de redonner avec cette histoire de passerelle ! »

Et pour les photos on fait comment ? je demande à la fin de cette énergisante entrevue. « Si tu veux je t’emmène en 4 roues là-haut tu pourras en faire ! »

Pas plus compliqué que ça, quand on a un beau projet en tête, c’est vrai que tout s’enchaine à merveille !

La collaboration à Ferland-et-Boilleau

La corvée d'ail au Jardin des Défricheurs rassemble toujours une belle tablée !

Dans la communauté de Ferland-et-Boilleau, la collaboration est essentielle. Nos aînés sont d’ailleurs d’une grande aide de par le bénévolat qu’ils offrent au sein de la municipalité. Cela permet d’organiser et de participer à plusieurs événements tout au long de l’année. La FADOQ, quant à elle, donne un accès à de nombreux loisirs, proposant même aux aînés de Ferland-et-Boilleau de se déplacer pour des tournois dans d’autres municipalités, voire régions! 

Le Groupe d’Actions Communautaires (GAC) met en place des activités telles que les après-midis sociaux ou encore les tricoteuses et les bingos.

Plusieurs groupes permettent ainsi de profiter des installations disponibles sur le territoire. Prenons par exemple le comité éco touristique ou le comité des familles. Sans oublier le Groupe d’Actions Communautaires (GAC) qui met en place des activités telles que les après-midis sociaux ou encore les tricoteuses et les bingos. Tous pour un et un pour tous!

Paquerette Otis, Monique Otis, Kathy Morin et Johanne gagnon, toutes bénévoles au Rendez-vous festif du kayak Ha!Ha!

Ce travail en commun permet à la collectivité de se démarquer et d’avoir des ateliers en tout genre à offrir à l’ensemble des résidents. Cette harmonie se démarque grâce à la co-création et est dirigée par un grand nombre de bénévoles plus impliqués les uns que les autres. Notre milieu ne serait pas le même sans cette collaboration entre les générations et les implications qui en découlent !

La complicité, l’entraide et la coopération sont au centre du développement de notre société. N’hésitez pas à remercier un bénévole, ou même à vous impliquer dans votre milieu. Votre collaboration et votre aide peuvent faire la différence. Votre participation peut permettre de faire grandir et évoluer plusieurs projets dans votre environnement. Vous pouvez permettre de faire accroître l’espoir en devenant vous aussi un collaborateur dans votre municipalité!

Le Trait d’Union, un journal né d’un ancrage collaboratif 

Jean Bergeron retrace ici les origines du Trait d'Union. Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Entrevue avec Jean Bergeron réalisée par Juliette Charpentier

Nous ne pouvions pas faire un numéro sur la collaboration sans parler du Trait d’Union lui-même. Ça serait comme parler du lien entre nos villages sans la 170. En effet, le journal est né en 2004 avec le démarrage de la table de concertation jeunesse entre Rivière-Éternité, l’Anse-Saint-Jean et Petit-Saguenay, qui souhaitaient se doter d’un outil pour communiquer entre eux, mais aussi avec la population.

Pour tout connaître sur l’histoire du Trait d’Union, Cécile m’a missionnée d’interviewer Jean Bergeron. Je ne pensais pas que ça allait être une mission ardue. Entre le démontage de la scène du spectacle de Marguerite, l’entretien de sa bleuetière, les réunions du conseil municipal et quelques coups de mains donnés à ses amis des semences Saguenoises, c’est à bricoler sur son garage que j’ai réussi à l’attraper ! Une fois la discussion déclenchée cependant, la mission était devenue très facile, je n’avais plus qu’à l’écouter et voyager dans le temps. C’est avec fierté, passion et quelques pointes de nostalgie que Jean m’a expliqué toute l’histoire du Trait d’Union, notamment son ancrage rendu possible grâce à la collaboration établie entre les villages du Bas-Saguenay.

« Entre 1984 et 1989, plusieurs personnes vont s’en rappeler, on avait mis sur pied une communication appelée Écho Logique.

Au travers de cette revue, le comité de développement économique (CDE) de Petit-Saguenay visait à mettre en lumière les défis et les réalisations des gens du milieu de Petit-Saguenay en premier lieu, mais c’est rapidement devenu une publication régionale. Elle couvrait les deux rives du fjord du Saguenay, c’est-à-dire tous les villages de la zone périphérique du Parc du Saguenay. À l’époque, c’était vraiment ça notre territoire d’appartenance. Pendant 5 ans donc, à raison de 8 numéros par an, on a mis en lumière les défis et les réalisations des gens d’ici. On misait toujours sur l’aspect positif pour montrer qu’on est capable de relever des défis et de réaliser des choses importantes dans nos communautés reculées. Malheureusement, notre aventure s’est arrêtée en décembre 1989 faute de financement, suite à l’abolition du programme de financement gouvernemental qui s’adressait aux médias communautaires ».

Ainsi, l’Écho Logique s’est arrêté en décembre 1989, mais sur une note positive. En effet, « à cette période on assistait à la naissance du Parc du Saguenay et tout ce qui touche la concertation dans sa zone périphérique », m’explique Jean.

Première de couverture d’un numéro de l’Écho Logique

Après la disparition de l’Écho Logique, le CDE de Petit-Saguenay a poursuivi son travail. « C’était l’époque de l’implantation des fameux centres locaux de développement (CLD) qui voulaient donner des outils pour le développement local. Au lieu d’avoir un CLD à La Baie seulement, on avait imaginé un réseau d’agents de développement dans les 5 villages du Bas-Saguenay. Vers 1996, nous avions réussi à créer ce réseau. C’est une étape essentielle, à la compréhension de la naissance du Trait d’Union, qui a permis d’établir une collaboration entre les villages du Bas-Saguenay.

En effet, la table de concertation jeunesse était vraiment soutenue par le collectif des agents de développement du Bas-Saguenay.

Ainsi, quand les membres de la table de concertation jeunesse ont décidé de se donner un outil de communication qui rejoindrait nos 5 communautés, j’ai sorti ma pile de vieux Écho Logique et tout le monde a dit « Ben c’est quoi ça ? C’est don ben trippant !! ». C’est ainsi qu’exactement 20 ans après l’Écho Logique est né le Trait d’Union. »

Dans ses archives, Jean a même retrouvé un tableau d’indicateurs montés par la table de concertation pour suivre l’évolution de ses projets. La première ligne était celle du Trait d’Union. « Le journal était un succès. Nous avons rapidement considéré avoir atteint nos objectifs en termes de communication et de mobilisation. On a notamment eu un succès important à partir du moment où on travaillait avec les écoles et que du contenu parlait d’agents scolaires et d’élèves. »

« Il y a beaucoup de personnes qui ont écrit dans le Trait d’Union. Pour beaucoup, l’écriture ça a été une découverte, en particulier pour les étudiants. Y’a vraiment des plumes qui se sont découvertes au fil des éditions. Je me souviens notamment de Marie-Lou Saint-Pierre qui fait actuellement une carrière internationale, à qui on avait donné une chronique d’opinion appelée « les mo-dits de Marie-Lou ». Je me souviens aussi de Francis Morin qui nous écrivait des chroniques nature incroyables. Ça fait partie des anecdotes et de la petite vie du journal du Trait d’Union ! »

« On n’était pas tous des journalistes aguerris, loin de là, mais on avait le souci de parler de nos défis de manière accessible à tout le monde. Y’a jamais personne qui nous a dit «on comprend pas de quoi vous parlez là ». C’est un peu cette image de marque accessible et agréable à lire qui s’est imposée et qui perdure encore aujourd’hui. Cependant, aujourd’hui on peut aussi trouver des textes de 2 000 mots dans la section des « dossiers ». C’est quelque chose que Cécile a apporté de façon naturelle et qui plaît ! Ces deux styles son présents aujourd’hui et permettent de rejoindre tout le monde : les concis et les approfondis. En plus, c’est un bon défi pour les journalistes d’écrire un article de 2 000 mots et réussir à garder le lecteur en haleine. »

« J’ai quitté le comité de développement en 2014 et c’est Cécile, avec qui je travaillais déjà quand même depuis 2009, qui a pris le relai. J’étais tellement content de voir que le journal poursuivait sa route. Aujourd’hui, je suis vraiment fier de voir que le journal est toujours là, qu’il remplit un rôle important et sert d’outil pour approfondir nos réflexions, pour se donner une vision de développement en tant que communauté. »

Le Trait d’Union est presque à l’aube de son 20ème anniversaire. J’ai donc demandé à Jean pourquoi le Trait d’Union a poursuivi sa vie, là où l’Écho Logique s’était arrêté. « La différence entre les deux époques, c’est qu’il y a présentement une volonté locale de prendre en charge les outils de communication et de développement. À l’époque, je n’avais aucun soutien municipal. Je le faisais vivre uniquement avec les publicités, le financement du programme d’aides aux médias communautés et les revenus d’abonnements. Aujourd’hui, les municipalités ont compris que c’était important de soutenir les actions de développement.

Donc si le journal existe encore aujourd’hui c’est en grande partie grâce aux municipalités. ».

« On peut juste déplorer qu’il y ait un milieu qui nous ait lâché en cours de route… C’est dommage car l’apport et la contribution de Saint-Félix-d’Otis étaient importants au départ avec Anne-Lise Minier, qui était alors agente de développement. Mais on s’est quand même donné des ancrages au niveau de notre culture de concertation depuis les années 80 qui font qu’on est capables de continuer à travailler ensemble. On ne peut qu’espérer que cette collaboration de l’ensemble des villages se renforcisse. »

Lorsqu’il a entendu la bonne nouvelle que les villages de l’autre côté du Fjord allaient se joindre au Trait d’Union, Jean s’est tout de même posé quelques questions : « L’Écho logique lui rayonnait sur l’ensemble de ce territoire c’est vrai, mais aujourd’hui, je me demande c’est quoi notre ancrage territorial ? De plus, le format de 40 pages c’est le maximum que l’on peut faire, donc si on ajoute d’autres milieux, est-ce qu’on doit réduire les contenus ? C’est un défi que l’équipe de rédaction va devoir relever. En même temps, aujourd’hui il y a une relève qui est arrivée, qui s’installe et qui est en train de faire les choses à sa manière. C’est ça que je trouve extraordinaire dans un sens. ».

« Finalement, le journal a une très belle facture, chaque numéro est toujours très intéressant, notamment les derniers numéros. Puis ce n’est pas seulement moi qui le dis là ! Tout le monde trouve que c’est un média essentiel. Je me rappelle qu’à un moment donné y’a des journaux commerciaux qui ont voulu faire des hebdos et empiéter sur nos plates- bandes, il a fallu se battre. Mais aujourd’hui le Trait d’Union est encore là et pas les autres. On est un des seuls médias écrits qui arrivent à rejoindre tout le monde en région. Si on l’a encore aujourd’hui c’est entre autres parce qu’il y avait un ancrage de collaboration entre nos milieux, ça il ne faut pas l’oublier. »

On se donne rendez-vous à Rivière-Éternité!

Les activités reprennent leur place dans notre municipalité. Après le Symposium d’Arts contemporains, nous continuons sur cette aire d’aller pour passer un automne mouvementé.

Chasse aux Panaches

Après deux années d’absence, l’événement Chasse aux Panaches revient en force le 22 octobre prochain au Centre communautaire et des loisirs dès 13h30. Sous la présidence de Gérald Savard, préfet de la MRC du Fjord-du-Saguenay, un des principaux partenaires financiers pour cet événement. Cette année comme nouveauté, il y aura un conférencier invité, Dany Lavoie. Concours orignaux, tirage de prix, souper tourtière seront à l’horaire toute la journée. Pour finir la journée en beauté, c’est le DJ Dany Lepage qui sera à l’animation. Vous êtes invités à participer à cet événement en grand nombre.

Halloween

La fête de l’Halloween se passera une fois de plus dans le Parc des Artistes. Comme chaque année, des centaines de personnes se déplacent dans ce lieu pour faire la récolte de bonbons. Le Comité des familles organise un décor photo, une chasse aux citrouilles et plein d’autres surprises qui sont gardées secrètes jusqu’à la fête. C’est le dimanche 30 octobre à 13h30 que ça se passe… On vous attend petits monstres, clowns et personnages de toutes sortes pour venir envahir le Parc. Suivre la page Facebook « Comité famille de Rivière-Éternité » pour plus de détails.

Party des Entreprises

Le Centre communautaire et des loisirs de Rivière-Éternité sera l’hôte du Party des Entreprises le vendredi 25 novembre. Un souper sera servi par un traiteur et l’animation musicale lors de la soirée se fera avec le groupe les Johnnys. Les places sont limitées. Petites et grosses entreprises, organismes, vous êtes invités à venir festoyer la période du temps des fêtes avec nous. Pour réservation (418) 272-2860 poste 3100.

Travaux sur la rue Sainte-Thérèse

Les travaux routiers vont bon train sur la rue Sainte-Thérèse à Rivière-Éternité. Ce sont plus de 2 700 000$ qui sont investis sur cette portion de route. La réfection de la route, la stabilisation des berges et la correction de certaines parties amélioreront grandement cette infrastructure qui devient une artère de plus en plus achalandée avec tous les nouveaux développements en villégiature. Les travaux devraient se terminer d’ici la fin du mois d’octobre.

La collaboration dans le monde agricole de Petit-Saguenay

Le foin d'Éliane et Julie sur les terres de Denis et Ghislain (crédit photo : Éliane Girard)

Le 17 mai dernier, la municipalité de Petit-Saguenay avait invité ses agriculteurs et agricultrices à un dîner-discussion. L’objectif premier était simple : se retrouver et se donner l’occasion de partager un moment convivial. Le deuxième était de prendre un temps pour discuter des réalités de chacun‧e (défis et enjeux) et réfléchir à des pistes de solutions collectives. Selon Éliane, qui démarre un projet agricole dans le rang Saint-Antoine, « ils se sont sentis écoutés et tout le monde était super satisfait ».

Depuis cette rencontre, quelques actions ont déjà déboulé. Par exemple, un projet est à l’étude pour rendre disponibles des conteneurs à des fins agricoles et ainsi faciliter certaines tâches. Un groupe Messenger et un groupe Facebook ont également été créés avec l’ensemble des agriculteurs pour faciliter la communication et l’entraide entre eux. Ce dernier permet notamment le partage de denrées, d’articles, d’informations ou du covoiturage pour aller chercher des pièces et du matériel.

Cet été, par exemple, Éliane et sa conjointe ont eu l’aide d’autres producteurs pour faire leur foin, trouver un tracteur, leur partager des contacts (fournisseurs, services, etc.) ou encore les former à la traite et aux ouvrages agricoles. « Ils n’étaient pas obligés de faire tout ça ! » me dit-elle. « Les producteurs de Petit-Saguenay nous accueillent… Ils croient en nous et en notre projet. On sent qu’ils veulent que ça fonctionne ». Elle conclut par me dire qu’à « voir ce qui se passe récemment, tous les partages de services et de connaissances, [les producteurs et productrices] savent que la rencontre du printemps est un déclencheur ».

Diane, propriétaire des cerfs rouges de Saint-Étienne, que j’ai croisée aux portes du spectacle de Marguerite à Petit-Saguenay, m’a aussi partagé qu’un méchoui allait être organisé à l’automne pour fêter la fin de la saison entre tous les agriculteurs. « C’est la première année que l’on va faire ça ! » m’a-t-elle dit avec joie. Toutes les entreprises agricoles de Petit-Saguenay sont conviées. « Nous serons environ 50 personnes avec tous les enfants et tout le monde va mettre la main à la pâte », me précise Éliane.

 

Tablée d’agricultrices, élu.e.s et agents de développement lors du dîner-discussion en mai (crédit photo : Juliette Charpentier)

De son côté, la municipalité de Petit-Saguenay sait qu’elle peut endosser un rôle de reconnaissance (communication, sensibilisation) et de soutien (administratif, formations, etc.) envers les agriculteurs.rices qui valorisent les terres de son territoire. Suite à la rencontre du mois de mai, l’équipe des Ateliers des Savoirs Partagés (ASP), composée d’agents municipaux, d’élus, de citoyens et de chercheurs de l’UQAC, semblerait avoir choisi la thématique de la souveraineté alimentaire comme son cheval de bataille. La souveraineté alimentaire c’est « le droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite avec des méthodes durables, et le droit des peuples de définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires. » (Sommet de l’alimentation à Rome, 1996)

Julie sur le tracteur de Denis pour l’aider à enrober sa paille pour l’hiver (crédit photo : Éliane Girard)

Ainsi, dans les trois prochaines années, la municipalité de Petit-Saguenay prévoit donc d’investir du temps, du jus de cerveau et de l’argent pour notamment expérimenter des solutions visant la mise en valeur du travail des agriculteurs, la pérennisation de leurs activités et l’amélioration de leur qualité de vie. L’idée est par exemple émise de mandater un étudiant à la maîtrise pour aller à la rencontre de chaque agriculteur de manière individuelle et effectuer une recherche approfondie concernant les possibilités de mutualisation.

Lorsqu’on parle de mise en valeur du travail des agriculteurs, il y a déjà des activités culturelles au village qui, indirectement, le permettent. Je pense notamment au spectacle Marguerite ou au tour conté d’Élias. « À un moment durant son tour conté, Élias s’arrête en haut de la coulée de Saint-Antoine et nous dit :

« La profondeur des coulées c’est la détermination des premiers qui sont arrivés, et la hauteur des montagnes c’est le courage que ça leur a pris pour rester »

et c’est encore vrai. Les agriculteurs ici sont courageux, audacieux et déterminés pour rester », me confie Éliane avec fierté. C’est la même chose pendant le spectacle Marguerite lorsque les fondateurs du village défrichent les terres à la seule force de leurs bras et que l’on voit le maïs pousser quelques scènes plus tard. Éliane me raconte qu’il « y’a un respect du travail de nos ancêtres dans le métier d’agriculteur puisqu’on garde nos terres en vie. Voir une terre en friche qui est en train de repousser, ça nous fait mal au cœur ».

Étant dans un secteur éloigné et enclavé du Bas-Saguenay, les problématiques exacerbées (coût des intrants, manque de services, délais, impacts environnementaux des transports, etc.) que vivent les producteurs de Petit-Saguenay sont les mêmes à l’Anse-Saint-Jean. « Est-ce que ça serait possible de mettre les deux communautés ensemble ? » se demande Éliane. « Moi je pense que oui, ça serait utile, parce que, veut veut pas, on vit les mêmes réalités ». À l’heure actuelle, les agriculteurs de Petit-Saguenay vont à l’Anse-Saint-Jean, chercher des médicaments et des pièces chez d’autres producteurs, par exemple, mais il y aurait bien d’autres avantages à stimuler l’entraide entre les deux communautés.

Finalement, la collaboration dans le milieu agricole à Petit-Saguenay est palpable entre les producteurs, mais pas seulement ! Une collaboration est aussi délicatement vivante avec le monde de la culture, volontaire avec la vie politique municipale et désirée avec les producteurs voisins.

L’entraide, ce qui nous lie

Parc national du Fjord-du-Saguenay. Crédit photo : Cécile Hauchecorne

Dans l’histoire des idées, beaucoup d’attention a été accordée à la compétition entre les individus. Le célèbre philosophe politique Thomas Hobbes a fondé toute sa pensée sur la prémisse que dans l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme ». Des travaux de Charles Darwin, on retient surtout le mécanisme de la sélection naturelle, qui dicte que ce sont les animaux les mieux adaptés au sein d’une même espèce qui réussissent à participer à l’établissement de la génération suivante.

Or, l’entraide est un facteur tout aussi important de l’évolution, sinon le principal, a soutenu Pierre Kropotkine, penseur et géographe russe du 19 siècle. En observant tant l’évolution des espèces animales que des groupes sociaux à travers l’histoire, il a rappelé que l’association est la meilleure arme dans la lutte pour la vie, la stratégie la plus efficace pour survivre contre les conditions naturelles défavorables.

En effet, la coopération revêt d’autant plus son importance en temps de crise. Lorsque les temps sont durs, les manifestations d’entraide se multiplient. L’importance de maintenir les liens sociaux a été démontrée : nous vivons plus vieux et en meilleure santé lorsque nous sommes entourés. De par leur position décentrée des milieux urbains, les villages du Bas-Saguenay ont dû développer de précieux réseaux d’entraide et de collaboration pour subvenir à leurs besoins et assurer leur prospérité. C’est aussi vrai à l’échelle collective qu’individuelle, et les exemples sont nombreux. Si ma laveuse brisait, je n’hésiterais pas à aller faire ma brassée chez la voisine. Le covoiturage y est particulièrement efficace : c’est tout un réseau qui s’active dès que l’un de nos semblables cherche à rentrer au bercail.

L’évocation de l’entraide me rappelle au souvenir de celle dont j’ai été témoin lors des marches organisées par Lise Bernier, à Petit-Saguenay, pour sensibiliser à la maladie dont elle était atteinte. Malgré la perte graduelle de l’usage de ses muscles, Lise a choisi de continuer d’avancer pour récolter des fonds afin de venir en aide à ceux qui, comme elle, recevraient ce diagnostic terminal. Je n’oublierai jamais cette image de Lise au départ de sa deuxième marche qui serait sa dernière, en juin dernier. Elle était fièrement assise sur sa chaise roulante, à la tête d’un joyeux cortège où s’était rassemblé tout un village, le sourire aux lèvres et le poing levé au ciel en signe de défiance, de force, de solidarité.

Cette tribune me permet de vous partager ces réflexions qui ont le pouvoir de nous lier, et de nous faire avancer, ensemble. C’est pourquoi pour la rentrée, le Trait d’union a voulu rappeler ce qui nous lie, et pourquoi nous avons besoin les uns des autres. Car après tout, il s’agit du cœur de la mission que l’on s’est donnée : maintenir les liens entres les personnes de toutes les générations, dispersées sur le territoire majestueux qu’ils habitent en commun. C’est avec le même état d’esprit que ce numéro accueille dans ses pages, et pour la première fois, des nouvelles de nos voisins de l’autre bord  du fjord, St-Fulgence et Ste-Rose-du-Nord. Une initiative citoyenne qui on le souhaite pourrait se développer.

Les traits d’union de nos communautés

Caroline Simard auprès de sa grand-mère, madame Georgette Bouchard.

C’est à la bibliothèque municipale de Rivière-Éternité que je rencontre Caroline Simard, intervenante de milieu pour les aînés en situation de vulnérabilité au Bas-Saguenay et native de Rivière-Éternité. Lors de la discussion, je m’aperçois qu’elle est aussi, en quelque sorte, un « trait d’union » entre nos communautés.

Prendre soin des personnes en situation de vulnérabilité

Le poste que Caroline occupe est financé par le Programme des initiatives de travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité (ITMAV). Mis en place en 2019, le programme gouvernemental finance des organismes communautaires qui œuvrent auprès des aînés, dont le groupe d’action communautaire de L’A.P.R.S. (basé à l’Anse-St-Jean). L’objectif est de mieux répondre aux besoins des aînés, de participer à une meilleure inclusion sociale, au développement de leur pouvoir d’agir, de briser l’isolement et d’améliorer leur qualité de vie. Cela nous rappelle sans aucun doute le rôle central des organismes communautaires bien ancrés dans la réalité des gens. « Les groupes d’actions communautaires cela fait longtemps que ça existe et ça faisait partie de leur mission d’organiser des activités comme ça, mais là, avec ce financement, c’est comme si les personnes avaient un service privé ».

Caroline est une habituée du milieu communautaire et lorsqu’elle a eu connaissance de ce programme, elle a sauté sur l’occasion de travailler avec son groupe préféré : les aînés. Le programme s’adresse aux 55 ans et plus mais Caroline résume : « Le but, c’est de venir en aide aux gens. Je peux visiter des personnes de moins de 55 ans qui vivent des situations difficiles et qui ont des besoins, ça fait partie de mon travail ».

Briser l’isolement et créer des liens

Chaque semaine, cette native de Rivière-Éternité visite les quatre villages du Bas-Saguenay, le lundi : l’Anse-Saint-Jean, le mardi : Rivière-Éternité, le mercredi : Petit-Saguenay et le jeudi : Saint-Félix d’Otis. Le village de Ferland-et-Boilleau est desservi par la ville de la Baie. Au programme de la matinée, des visites à domicile et en après-midi, Caroline organise des activités sociales. Le vendredi, elle se rend au centre de jour pour accompagner une intervenante qui offre un atelier à l’Anse-Saint-Jean dans le cadre d’un programme de jour du CIUSSS : jasette, café, jeux et exercices physiques.

C’est lors des visites à domicile, en prenant le temps, qu’on est plus à même d’écouter et de constater les besoins. En plus d’offrir un peu de compagnie, le mandat de Caroline est de faire le lien entre les besoins des personnes et les ressources existantes. « Dans mon cas, les personnes que je visite sont souvent des personnes qui ont vécu des deuils dernièrement. Ils trouvent ça difficile et ils ont besoin d’en parler. Alors que l’après-midi, pour les ateliers, c’est plutôt des personnes qui viennent faire du social et jaser, ce sont des personnes très autonomes, et même souvent très impliquées ».

Et qu’en est-il des ressources et des services disponibles dans la région ? Caroline m’explique : « Souvent on croit qu’on a moins de services, mais c’est parce que les organismes ne sont pas toujours basés au Bas-Saguenay. Ils peuvent être à la Baie, par exemple, mais ils desservent le Bas-Saguenay, il faut juste en faire la demande. Les ressources sont là, mais les gens ne les connaissent pas ». Caroline énumère plusieurs organismes situés à la Baie ou à Chicoutimi que ce soit des maisons de répits pour conjoint.e.s et proche-aidants, pour les femmes en situation de violence, pour des personnes atteintes d’Alzheimer, en alphabétisation, et encore d’autres.

Des enjeux similaires, mais des couleurs différentes

Les villages du Bas-Saguenay ont de nombreuses réalités en commun, et par exemple, les 65 ans et plus y représentent partout plus du quart de la population. Pourtant, les 15 à 20 kilomètres qui les séparent marquent des différences que Caroline est à même de constater, du moins en ce qui concerne la fréquentation à ses ateliers. « La réalité est vraiment différente dans chaque municipalité. J’ai constaté que parfois les activités comme celles de l’Age d’or (FADOQ), la ligue des sacs de sable, la danse en ligne, ont lieu la semaine en après-midi, alors même si je les invite à mes ateliers, ils n’ont pas le temps, ils sont occupés, et c’est une bonne nouvelle ! D’autres endroits comme ici, à Rivière, les activités sont en soirée, donc j’ai une belle fréquentation parce que l’après-midi, il y a moins d’activités. Mon plus grand groupe, c’est ici, j’ai 15 à 17 personnes».

Chaque village a aussi ses grandes familles, et auparavant, c’était surtout au sein de ce réseau que s’organisait l’entraide. « Dans les petites places, tout le monde se connaît, alors c’est plus facile quand quelqu’un a besoin de quelque chose, ou s’il arrive un malheur à quelqu’un et qu’on décide de s’entraider. Tout le monde coopère. Je pense que c’est plus facile à l’entraide vu qu’ils se connaissent et donc les gens se sentent touchés par ce que les autres vivent ».

Bien qu’il y ait encore de grands réseaux familiaux dans la plupart de nos petits villages, bien des choses ont changé dans la structure sociale d’aujourd’hui. « Avant, les enfants prenaient souvent soin des parents, ils les prenaient chez eux ou ils déménageaient dans la maison familiale. Aujourd’hui, les gens sont plus portés à les amener au foyer ou dans une résidence. Moi je suis native d’ici et j’en connais plusieurs dont les parents sont décédés, mais ils vivent dans la maison familiale parce qu’ils étaient restés avec leur parents. Je pense que c’est notre vie qui fait qu’on peut moins faire ça. Par exemple, avant, c’était souvent les femmes qui prenaient soin de la mère ou du père. Ce qu’on ne peut pas faire aujourd’hui, même si on est en couple, les deux doivent travailler si on veut y arriver, donc c’est notre vie qui fait qu’on ne peut plus faire ça ». Dans nos emplois du temps chargés, avons-nous gardé le temps de s’entraider? Certainement, mais peut-être différemment, et Caroline par exemple le fait à travers le poste qu’elle occupe.

L’entraide sous différentes formes

L’érablière de la Société de développement de Rivière-Éternité.

Caroline m’emmène rencontrer sa grand-mère, madame Georgette Bouchard. À l’époque, alors que les églises étaient de hauts lieux de rencontre, le curé, souvent la personne la plus instruite du village, était une personne qui rassemblait les gens et qui pouvait initier l’entraide. Madame Georgette me raconte, « je me rappelle une maison, justement ici dans le rang Sainte-Thérèse. Ils étaient plusieurs enfants et la maison n’était pas assez chaude pour l’hiver. On avait un curé qui était assez organisateur, il avait parlé de ça, et les gens ont construit une nouvelle maison. La maison est encore là ». Cet exemple me paraît incroyable, qui plus est sans les outils que nous possédons aujourd’hui, je me demande combien de personnes ont travaillé et pendant combien de temps sur cette maison. Georgette Bouchard poursuit, « on avait des érablières et ça prend du monde pour opérer une érablière, ça prenait des voisins, des cousins, pis eux autres, ils allaient aider. Aujourd’hui, il y en a plusieurs qui ne peuvent pas opérer parce qu’ils n’ont pas assez de monde ».

Aujourd’hui, les familles sont moins nombreuses, on se déplace davantage et les villages accueillent de plus en plus de nouveaux visages. Les valeurs de solidarité et d’entraide sont encore bien vivantes et dépassent le réseau familial. Mais le principe demeure le même : travailler dans un but commun, utiliser les atouts de chacun et joindre nos efforts pour l’obtention de services qui répondent à nos réalités locales devient une force incroyable! En travaillant seul, combien de temps aurait pris la construction de cette maison du rang Sainte-Thérèse, et surtout, aurait-elle était assez chaude pour y accueillir les enfants ?

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