Vivre le fjord en kayak, au fil de l’eau et de ses falaises reines, voilà ce qui nous unit. Depuis une dizaine d’années, nous pagayons de mai à octobre, par vents et marées. Nous sommes deux couples d’amis, Marie Brunet et Jean Lambert, Alain Héroux et moi. Nos amis pagaient en kayak solo et nous sommes en tandem. C’est plus sécuritaire d’être 4 personnes ou plus, en cas de soucis. Car, il faut savoir que le fjord est un dragon qui peut se réveiller à tout instant. Les conditions météo peuvent changer sur un dix cennes!
Quelquefois des touristes viennent et pensent que c’est comme un lac. Mais non, nous vérifions toujours la force du vent, la pluie à venir et les nuages. Nous utilisons une radio marine, qui transmet les conditions météorologiques révisées. Pagayer contre des hautes vagues déchaînées peut être dangereux. Il faut toujours demeurer conscient des changements et du danger.
Le deuxième point concerne les marées. Comme les rocs bordent le fjord, il existe peu d’endroits pour accoster. La marée fluctue de 3 à 6 mètres. Si vous arrivez à L’Anse Saint Étienne, à marée basse, c’est tout un travail. Il faut décharger le kayak et transporter les bagages. Ensuite transporter le kayak sur une longueur de 1 km. Alors, nous choisissons nos heures d’accostage en fonction des marées.
Les préparatifs sont importants; avoir une pompe, un ballon gonflable si on a besoin de remonter dans le kayak, une fusée de détresse, notre combinaison iso thermique, (Wetsuit) et bien sûr une veste de flottaison.
Avec nos copains d’expé, nous aimons partir quelques jours. Nous avons navigué de L’Anse Saint Jean à Saint-Félix, en suivant la marée montante. C’était août et le soleil nous a gratifié de ses chauds rayons. Nous nous sommes baignés! Ce qui est rare, compte tenu de l’eau fraîche! Sur la photo, de belles vagues nous propulsaient à un moment.
Rendus sur l’eau, la beauté du paysage nous happe, remplit nos yeux et apaise notre âme. Pagayer se compare à une méditation en mouvement, à un recueillement sur la complicité avec la nature et au respect de sa force. Les rochers encadrent ce fjord profond à l’image de géants. Le roc se compose de plusieurs couleurs et des pins s’agrippent à leurs cavités en des endroits inusités. Quelquefois lorsque l’eau est calme, les parois se reflètent dans le miroir de l’onde.
Avec nos copains d’expé, nous sommes descendus de L’Anse-Saint-Jean à Baie-Sainte-Catherine, en réservant les plateformes de camping du Parc national du fjord-du-Saguenay. Ce petit voyage se déroula sous une pluie fine, mais fut très agréable. Sous nos wetsuits, on n’a pas froid. Vers le fleuve, nous pouvons voir des animaux, comme des phoques, des bélugas et même un rorqual, près de pointe à Passe Pierre.
Lors de chaque sortie, je demeure émerveillée du relief grandiose, du ruisseau secret des Anses et du silence majestueux. Avec mes chers copains d’expé, la bonne humeur est au rendez-vous. Nous discutons du sort du monde autour du feu. La complicité, la connivence et la communion magnifient les paysages. Nous rigolons et vivons le fjord, tout simplement, humblement.
En quittant la Grande Baie, une petite route sinueuse longeant le Bras-Hamel puis la rivière Ha! Ha! vous mènera doucement, toujours en montant un peu, jusqu’au magnifique et grandiose lac Ha! Ha!. Celui-ci dévoilant soudainement ses montagnes arrondies et ses falaises nous rappelle qu’on est bien encore en territoire Saguenéen, même si Charlevoix au loin se dessine doucement. Le lac, tributaire de la rivière Ha! Ha!, coule jusqu’à la Baie des Ha! Ha! sur une distance d’environ 48 km. L’histoire du lac se partage entre lieu de passage, foresterie, villégiature et lieu d’appartenance pour la communauté.
Histoire d’un lieu de passage
« En 1842, des Innus avaient laissé entendre aux Charlevoisiens qu’il était possible de faire un chemin entre la Baie Saint-Paul et la Grande Baie. Encouragés par cette nouvelle, un groupe de citoyens de St-Urbain et de Baie St-Paul, guidés par des Innus, ayant à leur tête Boniface Cimon, réalisèrent une exploration, ce qui confirma les dires des autochtones et d’un arpenteur nommé Bouchette. Ceci suscita l’intérêt du gouvernement qui confia à l’arpenteur Jean-Baptiste Duberger le mandat de trouver le meilleur chemin. Entre le 29 mai et le 23 décembre 1843, Duberger et son équipe posèrent les premiers jalons du chemin Bagot, entre St-Urbain et Grande Baie ainsi qu’un embranchement reliant ce tracé à la colonie du lac Nairne, au nord de St-Agnès. Le projet aura été mis en veilleuse pendant plusieurs années. » (source : Par-delà les monts 1ere partie de Gaétan Forêt, avril 2021)
Ce furent les débuts de ce qui allait devenir la route 381.
Jusqu’ au milieu des années 1990, le tronçon de route sinueuse et très montagneuse reliant Saint-Urbain et Ferland-et-Boilleau était fait de graviers. Une route pour relier deux régions en passant par les cours d’eau, traversant montagnes et lacs, longeant les rivières.
Histoire forestière
Vers 1902, des immigrants Finlandais et Norvégiens vinrent s’installer autour du lac afin d’y exploiter la forêt. Le bois de construction, pour la pulpe ou pour le chauffage était acheminé par flottage sur la rivière Ha! Ha!, puis chargé sur des navires à la Baie. Un an plus tard, ces travailleurs se sont dispersés. (Source : Gaétan Forêt, Par-Delà les monts 2e partie)
De la coupe de bois s’est aussi faite autour du lac Ha! Ha! à l’aide d’un bateau de type Alligator, un véhicule amphibie utilisé dans l’industrie forestière en Ontario et au Québec. Ces bateaux sont ainsi nommés en raison de leur capacité à voyager entre les lacs en se tirant avec un treuil à travers la terre !
Vers 1926, la Pulp and Paper Corporation créa le réservoir du grand lac Ha ! Ha! afin d’approvisionner en eau l’usine de Port-Alfred. (Source : plan hydrographique Chicoutimi 19 juillet 1926)
En 1996, lorsque la digue a cédé, le lac Ha!Ha! s’est vidé de ses eaux.
Ce fut cette même digue qui céda en 1996, lors du grand déluge qui fut dévastateur pour la communauté. En cédant sous la force de l’eau, elle créa un énorme canyon, arrachant tout sur son passage et inondant le village de Boilleau, le lieu-dit des eaux-mortes et emportant dans le fjord du Saguenay une grande partie du secteur Grande-Baie.
Histoire archéologique
Lors du Déluge en 1996, Nathalie Simard découvre quelque chose d’inusité. Elle est connue ici pour faire toutes sortes de découvertes géologiques spéciales, comme des fossiles provenant de la rivière Ha! Ha! ou des roches de toutes sortes. Elle a l’œil ! Lorsque le lac s’est vidé, il était possible de marcher sur ses fonds et c’est ainsi que Nathalie a trouvé ce qui ressemblait à une pointe de flèche. Le lac était redevenu comme avant, plus petit et traversé par la rivière à Pierre d’un bout à l’autre. Depuis la reconstruction de la digue après le Déluge, le niveau du lac est un peu plus bas, et rend cet écosystème très fragile avec sa partie artificielle et peu profonde.
Nathalie Simard raconte
J’ai trouvé cette pointe de flèche amérindienne en quartzite au bord du lac Ha! Ha! pendant qu’il était vide, suite au déluge de 1996. On sait que la région du Saguenay-Lac-St-Jean a reçu la visite des Premiers Peuples au sylvicole inférieur, une période qui s’étend de 3000 à 500 ans avant aujourd’hui. J’ai fait la rencontre de Noémie Plourde, archéologue sur le site de la Nouvelle-France. Je lui ai parlé de mes artéfacts, dont ma pointe de flèche. Elle m’a précisé que les outils sont plutôt en quartzite (bien différent du quartz de Boilleau). Ma pointe de flèche a donc été fabriquée dans le nord du Québec, dans une grotte appelée l’antre de marbre ou colline-blanche, un lieu sacré réservé aux rites chamaniques. Elle aura fait tout un voyage.
Histoire de villégiature et de plein-air
Durant toute son histoire, le lac Ha! Ha! a été mis en valeur par des gens passionnés qui l’on honoré et chouchouté. Ceux-ci ont pris soin de ses sentiers, construit et géré des campings, des chalets ou une auberge. Ils ont créé des souvenirs et continuent encore aujourd’hui de l’embellir et de partager son pouvoir magique, celui de redonner le sourire et d’apaiser l’esprit. C’est ce qui donne envie aux jeunes et aux plus vieux d’y retourner et de reconnaître le lac, notre lac.
Que tu passes par Charlevoix après avoir traversé le Parc de la Galette, et que tu aperçoives au loin le singulier Mont Dufour surplombant le lac ou que doucement tu remontes le chemin sinueux avec une forêt d’épinette en arrière-plan, que tu fasses du camping ou de la randonnée au petit ou au grand lac Ha! Ha!, tu te souviendras des chants sacrés des huards au crépuscule, des couchers de soleil orange et bleu au solstice d’été, des plages sablonneuses et douces , des champignons homards, de l’odeur du thé du labrador ou des beaux vieux merisiers oubliés par les bucherons. Sans oublier les nids d’aigle, précieusement cachés, le silence et ses millions d’étoiles au creux des cimes des épinettes, les chasseurs de perdrix et d’orignal, les cueilleurs de bleuets, comme figés dans le temps.
Notre lac
Il est beau
Il est grand
Il est vent parfois
Il est vivant d’histoire et d’humains
Qui l’ont traversé, dravé, buché, travaillé, marché et pagayé
Si vous avez envie de vivre le lac Ha! Ha! On vous invite à participer au rendez-vous Festif du kayak Ha! Ha! qui se tiendra au camping du camp d’accueil du 9 au 11 septembre 2022. Allez camper au Camping Camp d’Accueil ou du petit lac Ha! Ha! Pour les randonnées autour du lac : Sentier de la rivière-à-Pierre (Camp d’Accueil), Sentir du Mont Dufour, du Mont Toby et de la colonisation (Petit lac Ha! Ha!), Sentier des Pins et de la Digue (Halte routière du Pont-Couvert et de la Digue)
André Boudreault est né en avril 1940, au même moment que la vie des goélettes reprend.
À la pointe de l’Anse-Saint-Jean, il fut une époque pas si lointaine où toutes les maisons étaient occupées par des navigateurs. Des Fortin, des Bernier, des Lavoie, des St-Pierre, des Boudreault. À l’époque il n’y avait pas de route, même pour monter à Québec, on prenait la goélette et on revenait la semaine d’après par le bateau, c’était le temps des voitures d’eau !
André Boudreault est né en avril 1940, au même moment que la vie des goélettes reprend. Ce fils de Louis-Henri Boudreault et d’Yvette Hébert a passé 4 saisons sur les goélettes, une expérience qui a inspiré toute sa vie.
Mon grand-père Hylas Boudreault est parti très jeune sur les bateaux, il est même allé dans le Grand Nord.
« Enfant, j’entendais juste ça, des histoires de bateaux! Le Gîte du Capitaine, c’était la maison de mon grand-père Hylas Boudreault, c’est là que j’ai grandi. Il y avait Antonio, le frère de mon père, un fameux capitaine. Il était le propriétaire de la Jeanne A. B, la dernière goélette construite à L’Anse. Ernest Boudreault, un des frères de mon grand-père, lui il construisait des goélettes, comme Conrad son père. Mon grand-père Hylas est parti très jeune sur les bateaux, il est même allé dans le Grand Nord. Un de ses premiers bateaux, il avait des voiles, avec son moteur auxiliaire pour quand il n’y avait pas de vent. »
Du haut de ses 82 ans, André Boudreault, le regard pétillant de vie et la mémoire vivace comme une goélette sur le Saint-Laurent, semble revivre chacune des histoires qu’il me raconte.
« Mon père Louis-Henri a de son côté navigué 22 ans sur le H.A. B. avant de changer de métier, parce que notre mère voulait vivre une vie de famille. »
Avec la navigation dans les veines, c’est tout naturellement qu’André, dès l’âge de 16 ans, embarque pour sa première saison sur le Jeanne A.B.
« Quand tu rentres, en premier c’est toi qui va faire la bouffe pour les autres ! Tu fais n’importe quoi, mais c’est comme ça que t’apprends, en regardant les plus vieux faire. La 2e année, j’étais au moteur et à la bouffe. Et après ça, les deux dernières années, j’étais en haut, à la timonerie, je faisais de la roue.»
Dès le printemps, la saison commençait avec la préparation de la goélette. « On partait au début d’avril. Le bateau, il hivernait toujours dans la cale sèche* à Tadoussac. Au printemps, on allait mettre la goélette flambette, préparer les moteurs, la peinture extérieure, faire le grand ménage partout. Quand on peinturait, je me rappelle qu’on avait des grosses mitaines, et quand on l’avait fait une demi-heure, fallait rentrer à l’intérieur, chauffer notre peinture, pis on y retournait ! Quand la goélette sortait de la cale sèche, tout était correct pour la saison. On avait une belle goélette neuve, c’était plaisant. »
La première année, la Jeanne A.B. qui venait tout juste d’être construite, desservait la Côte Nord à partir de Sept-Îles, aller jusqu’à Natashquan ! Il y avait des villages qui n’avaient pas de quai, alors la goélette restait à l’ancre et de petites barques faisaient le transport de denrées alimentaires et de barils de pétrole entre le bateau et la terre ferme. « Ça nous prenait 20, 22 jours pour faire la tournée ! Le capitaine, c’était mon oncle Antonio. Le capitaine, c’est aussi celui qui payait pour la construction de la goélette. »
Le chantier de construction de la Jeanne A. B., sur l’emplacement de l’actuel camping municipal à L’Anse-St-Jean.
Un chantier de deux ans !
Sur le chantier de la Jeanne A.B., André s’occupait de chauffer le bois à la vapeur pour le plier. Du bois de 20 à 28 pieds de longueur, des 4X8, des 4×10. Pour plier ces gros madriers, il y avait des serre-joints, et des bridoles pour les attacher avant de les clouer. À peine sorti de la chaufferie à vapeur, il fallait vite poser le morceau avant qu’il ne sèche. Ce bois-là servait à faire la bordée, l’extérieur de la coque. Le fond du bateau était plat, d’un maximum de 15 à 16 pieds de largeur. Des bateaux sans quille conçus pour aller à l’échouage, à marée basse. Le fond lui avait 30 pouces d’épais en BC Fir (sapin de Douglas) et en merisier 10X12 à la largeur du bateau. Le mât, c’était du 14 pouces carrés sur 65 pieds de long, toujours construit avec la tête de l’arbre. Pourquoi ? Parce que la tête avec tous ses nœuds est bien plus difficile à casser !
La navigation sur le Saint-Laurent
«J’ai pas vécu tellement de peur sur le fleuve, la goélette était tellement neuve, on était en confiance et on respectait les courants, les marées, on connaissait les battures et les phares. À partir de L’Anse-St-Jean, on partait tout le temps à la fin de la marée descendante pour arriver à Tadoussac, juste avant la poussée de la marée montante! Ça nous permettait de sauter l’Isle aux Coudres. Des fois, le moteur tournait, tournait, mais ça avançait pas, alors on arrêtait à St Joseph de la Rive, et on attendait l’autre marée. »
On a fini de charger le bois de construction, il devait être 11h du soir. On travaillait quasiment jour et nuit dans ce temps-là.
L’ouragan Donna
Une fois, la Jeanne A.B. est allée à Rivière à la Marthe, pas loin de Mont Louis en Gaspésie. André était à son bord : « On a fini de charger le bois de construction, il devait être 11h du soir. On travaillait quasiment jour et nuit dans ce temps-là. La radio nous annonçait un ouragan, mais en s’informant aux pêcheurs, ils nous apprennent que souvent ils annoncent des ouragans mais qu’il n’y a presque rien ! Fait que là, on part pareil pour Montréal. Le fleuve était calme en huile au départ vers minuit. À 2, 3 milles au large, un vent frais arrive, à 2h dans la nuit, on perdait du bois. Quand le bois tombe à l’eau d’un côté, ben l’autre côté est plus lourd… et comme ça le pont s’est presque tout vidé au milieu des vagues de 14 pieds. J’étais à la timonerie et je regardais la vague en haut, alors que j’étais déjà à 10, 12 pieds au-dessus de l’eau, la goélette était comme une mitaine sur l’eau, quand la vague arrivait, on se soulevait. Mais j’avais confiance, j’ai jamais eu peur, ni l’équipage d’ailleurs. Il faut tellement être là tout le temps sur un bateau ! 24h par jour, même si tu es dans ta couchette, tu dors, quand on t’appelle, c’est pas dans 15 minutes, c’est tout de suite ! Faut que tu te lèves, que tu répondes vite et cette discipline qu’il y a dans la marine, c’est encore comme ça, personne s’obstine ! Il n’y a qu’un commandant sur le bateau. »
Le mois d’août, c’est le mois de la brume !
En août, il fait souvent chaud dans le jour et froid le matin, excellente combinaison pour créer des nappes de brouillard. « Dans ce temps-là, on marche avec les cornes, on vient qu’on sait lequel c’est Cap au Saumon ou Cap aux Oies. On sait qu’on est en face de tel phare, mais les distances ne sont pas toujours faciles à évaluer, alors le capitaine modère la vitesse du bateau et comme on n’a pas de sonar, alors on se sert d’un plomb de sonde au bout d’une corde. Le bateau est en marche, on tire le plomb en avant et quand la corde est à la verticale, on calcule le nombre de brasses de profondeur, et on dit au capitaine 7 brasses d’eau. Quand c’est trop à risque pour les récifs, les battures, on s’organise pour s’ancrer dans une place sécuritaire. On surveille les criards, les bateaux, les phares, et nous autres aussi, on signifie notre présence. »
Le quai de l’Anse-St-Jean dans les années 60, toujours chargé de bois.
Le service des signaux
Dans le journal de la province de Québec, il y avait ce que l’on appelait à l’époque le service des signaux. Telle goélette est passée à Pointe-aux-Pères à telle heure en direction vers Québec. Les épouses, les frères et sœurs savaient ainsi où étaient leurs proches.
La Providence I de L’Anse-Saint-Jean part avec cinq jeunes membres d’équipage à son bord, chercher du charbon à l’île du Prince Édouard. Sur le retour, ils frappent une tempête du côté est de l’Île d’Anticosti. La cale s’est emplie d’eau très rapidement, la pompe de cale qui peut sortir un seau à chaque coup de pompe s’est bloquée à cause du charbon ! Disparue corps et biens annonçait le service des signaux ! Mais l’équipage a finalement dérivé en chaloupe jusqu’à Gaspé où un soir de la fin de novembre, ils ont été recueillis. Quand les 5 jeunes navigateurs sont arrivés à L’Anse St Jean, c’était le 24 décembre 1893. Dans l’église, pour la messe de minuit, les paroissiens ont cru voir des apparitions.
La Jeanne A.B. et son chargement de bois dans la Baie des Ha!Ha!
Des histoires à plus finir, chaque journée passée en mer qui semble être une aventure, le regard d’André Boudreault s’en va au gré de ses souvenirs retrouver le fleuve à hauteur des battures de Manicouagan, des récifs de l’île aux Œufs, des troupeaux de bélugas qu’on pouvait croiser jusque dans la Baie des Ha! Ha!
« Autant c’est physique prendre la mer, autant ça peut devenir spirituel. Quand tu navigues sur le fleuve, pas à Québec, à Québec c’est pas large, mais passé Tadoussac en bas, dans le sillage de la lune, quand il fait clair de lune, la nuit, de naviguer en douceur, c’est spirituel ! Devant cette beauté-là, autant on se sent tout petit dans cette immensité là, mais de vivre ça, de le vivre … on en devient grand ! On est petit et grand en même temps ! »
*Cale sèche : on profite des grandes marées de l’automne pour entrer les bateaux dans la cale. Puis on ferme les portes, et quand la mer descend elle ne peut plus remonter ! Les voiliers de la marina passent encore actuellement l’hiver à la cale sèche de Tadoussac.
Cage de capture à saumon et omble de fontaine anadrome (truite de mer) sur la rivière Éternité, pour le dénombrement des adultes en migration vers les sites de reproduction.
Entrevue avec Karine Gagnon, biologiste.
Karine Gagnon, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et les Parcs (MFFP) depuis 2008, s’occupe de la gestion des poissons du lac Saint-Jean. En 2016, s’ajoute à son mandat la gestion des espèces anadromes de la rivière Saguenay et ses tributaires, dont le saumon et l’omble de fontaine anadrome (truite de mer) des rivières de Saint-Jean, À-Mars, Sainte-Marguerite et Éternité.
Quelles sont les espèces présentes dans la rivière?
Dans la rivière Éternité, grâce à différentes études, plusieurs espèces ont été répertoriées telles que le saumon, la truite de mer, différents cyprins, de l’épinoche, des gaspareaux, des lamproies, des meuniers rouges, des meuniers noirs, des naseux des rapides, la ouitouche et de l’anguille. On observe également la présence de mulettes perlières. Ses larves, dans le cadre de son cycle de vie, s’accrochent aux branchies des saumons pour pouvoir se déplacer sur la rivière et coloniser de nouveaux secteurs. Les moules d’eau douce ou mulettes sont généralement toxiques pour l’humain, mais la mulette perlière, qui est en déclin dans son aire de répartition, est présente dans la rivière Éternité. La mulette perlière est un indicateur de la bonne qualité de l’eau, mais ce serait à confirmer avec le ministère de l’Environnement. De plus, la présence de salmonidés tels que la truite de mer et le saumon, est aussi un indicateur de l’intégrité écologique d’une rivière.
Est-ce qu’il y a du braconnage sur cette rivière ?
La détection des infractions commises envers la faune et ses habitats est un dossier administré par les agents de la protection de la faune. Mon rôle au sein du MFFP, consiste à réaliser des suivis fauniques pour vérifier si l’exploitation d’une espèce est adéquate. Je ne suis pas informée des dossiers de braconnage, ce sont des informations confidentielles. Mon rôle sera plutôt d’informer les agents de la précarité des espèces.
Par exemple, l’année passée, on a recensé 14 saumons dans la rivière Éternité, c’est vraiment une toute petite population et l’un de ceux-ci a été observé avec une ligne à pêcher accrochée à la bouche. À ce moment-là, on a informé les agents de protection de la faune.
Dans les 3 dernières années, la protection de la faune a reçu 4 signalements d’acte illégal pour des activités de braconnage dans la rivière Éternité. Cependant, aucun de ces signalements n’a mené à l’émission de rapport d’infraction.
Anguillette prise par Charles-Antoine Brassard
Quelle est la mission du MFFP en lien avec nos rivières? processus de surveillance? recueil de données ?
La grande mission du MFFP est d’assurer, dans une perspective de gestion durable, la conservation et la mise en valeur des forêts, de la faune et des parcs nationaux pour contribuer à la prospérité et à la qualité de vie des utilisateurs de la ressource. Pour sa part, la direction de la gestion de la faune mesure l’état de santé de certaines espèces pour s’assurer selon les cas, que l’exploitation est adéquate. Plusieurs méthodes sont possibles pour recueillir des données sur les poissons. Par exemple, la barrière de dénombrement de saumons et truites de mer ou des pièges spéciaux, comme ceux utilisés en 2021 pour capturer des anguillettes vivantes (piège Sullivan). Des technologies de suivis télémétriques peuvent aussi être utilisées pour des besoins particuliers.
Relevée d’un piège du type Sullivan à jeune anguille au stade anguillette. Sur la photo, Charles-Antoine Brassard (MFFP)
Notre rôle est aussi de sensibiliser les pêcheurs aux bonnes pratiques, pour contribuer à la saine gestion des populations et à la préservation de l’environnement. Par exemple, il ne faut surtout pas transporter vivants des poissons d’un plan d’eau à l’autre. Ces introductions illégales, telle que celle de l’achigan au lac Des Habitants, à mi-chemin entre le lac St-Jean et le Saguenay en est un bon exemple. Cette espèce, est normalement présente dans les plans d’eau du sud du Québec, mais dans notre région elle ne l’était pas. L’achigan est une menace parce qu’il est un compétiteur reconnu pour les salmonidés, alors son introduction crée de grands dangers pour les populations présentes. Malheureusement, il y a beaucoup de cas semblables dans la région.
Le nettoyage de son embarcation et ses équipements de pêche, lorsque utilisés sur plusieurs plans d’eau, est aussi une bonne pratique à ajouter aux préparatifs de pêche. Cette action diminue les risques d’introduire ou propager des espèces exotiques envahissantes.
Quels sont les gestes à poser ou à bannir pour protéger cette ressource?
Les pêcheurs sont parfois critiques envers les règlements entourant la pêche, mais l’objectif premier, c’est de s’assurer que les populations vont demeurer pérennes. Donc la première chose à faire si l’on veut collaborer à la bonne santé de la population de poissons, c’est de respecter la réglementation en vigueur du point de vue la pêche : les limites de prises, les périodes et les engins de pêche.
Si quelqu’un constate des actes illégaux ou du braconnage, il ne faut pas hésiter à aviser les agents de protection de la faune. La ligne SOS Braconnage (1 800-463 2191) est disponible 24H\24 7J\7 et elle est totalement confidentielle. Rappelons-nous que la protection des habitats fait aussi partie de la mission des agents. Vous pouvez dénoncer à la même ligne téléphonique la destruction des berges ou des sites d’accumulation de déchets par exemple.
Quels sont les liens entre la SÉPAQ et le MFFP? Plus précisément la rivière fait-elle l’objet de mesures différentes parce qu’elle côtoie le Parc par exemple ?
Selon les projets, le MFFP et la SÉPAQ peuvent collaborer. Par exemple, à l’été 2021, ma direction et le Parc national du Fjord-du-Saguenay avons conjointement inventorié les truites de mer et les saumons adultes dans la rivière Éternité. Le Parc a toujours un grand intérêt à connaitre l’état de santé des espèces présentes sur son territoire. Sa mission, d’assurer la conservation permanente du territoire, complète parfaitement celle du MFFP.
Difficile de ne pas penser à l’Association de la Rivière lorsqu’on pense à la thématique de l’eau à Petit-Saguenay. La pêche au saumon a une place centrale dans l’histoire du développement de ce village qui a choisi les berges de cette rivière pour s’établir. L’Association de la Rivière doit aujourd’hui jongler avec un enjeu majeur, celui de la protection du milieu faunique qui constitue l’habitat du saumon. Cette ressource prisée est en péril, et bien qu’on ait quelques idées des causes probables, -déforestations, glissements de terrains, réchauffements climatiques-, il importe de se pencher sérieusement sur la question pour minimiser la dégradation de cet écosystème naturel d’exception.
« On prévoit engager des biologistes pour étudier la rivière et comprendre comment améliorer les habitats fauniques, quelles mesures on doit adopter pour favoriser les montaisons de truites et de saumon sur un horizon de 10 ans » rapporte Bastien Gaudreault, directeur général de l’Association. Les efforts de conservation qui ont été faits dans le passé ne suffisent plus : l’Association a la responsabilité d’aller en amont pour trouver les causes de la dégradation de l’habitat du saumon. La dernière étude ayant été réalisée avant le déluge de 1966, l’Association doit documenter les problématiques que connaît la rivière pour être en mesure d’aller chercher le financement nécessaire aux interventions pour la restauration de ce milieu naturel fragile.
Les solutions pourraient être, par exemple, de l’ordre du reboisement des bandes riveraines, et viseraient à limiter la sédimentation, soit le phénomène de dépôt des particules dans le lit de la rivière qui ensevelit le gravier permettant l’ensemencement du poisson. On soupçonne également que la rivière subit de plein fouet les effets des changements climatiques. En effet, les sécheresses plus extrêmes ont une influence sur le niveau et la température de la rivière : l’an passé, le bas débit de la rivière atteignait un triste record, ce qui a un impact direct sur les populations de poissons.
Les nouveautés pour cette saison estivale
Jusqu’à nouvel ordre, le conseil d’administration a donc pris la décision, avec l’autorisation du ministère des Forêts, de la Faune et les Parcs (MFFP), de mettre en place une nouvelle réglementation de remise à l’eau obligatoire dans le cadre de son plan de gestion de la ressource saumon. Elle deviendrait ainsi l’une des seules rivières exploitées dans la province avec un niveau de protection aussi élevé. « C’est essentiel de comprendre ce qui se passe, et travailler en collaboration avec les usagers, les citoyens, les agriculteurs et les entreprises pour sensibiliser la population à la protection des berges. Renouveler la ressource saumon, ça se travaille ensemble et sur le long terme » souligne Bastien Gaudreault. Rejoint sur le terrain, celui-ci s’affaire à préparer le site récréotouristique à l’arrivée des usagers réguliers et des visiteurs.
Lorsque interrogé sur les potentielles conséquences d’une telle mesure sur l’achalandage, Bastien Gaudreault se montre plutôt confiant : d’après lui, celle-ci ne devrait pas avoir d’impact majeur puisque les pêcheurs ont à cœur la conservation de la ressource et plusieurs prêchent par la remise à l’eau systématique. Il espère même influencer les autres rivières à saumon à développer une clientèle de remise à l’eau de la pêche sportive.
Il ajoute que l’OBNL peut d’autant plus se le permettre puisqu’elle travaille activement à diversifier ses sources de revenus, notamment avec la gestion de son offre d’hébergement et d’activités de plein air, ce qui minimise les impacts financiers potentiels d’une telle réglementation. Son équipe travaille à la fois sur la réfection d’un tronçon du sentier pédestre et l’achat d’une toute nouvelle flotte de canots pour l’activité de descente des eaux-mortes de la rivière, bien en amont des fosses à saumon. Elle courtise ainsi une clientèle plus familiale, friande d’activités en nature et de contenus d’interprétation patrimoniale et environnementale. De quoi garder Bastien Gaudreault, son équipe et clientèle, occupés pour les prochains mois dans ce lieu enchanteur! Pour plus d’information sur les activités, visitez www.petitsaguenay.com/
Avec au départ l’idée d’animer un atelier d’art dans la classe de son garçon, Eugénie Lavoie, dont l’élan fut stoppé par la pandémie, profite de cette pause pour faire mijoter son projet. Du même coup, l’idée s’étend à toutes les classes du primaire, de la maternelle 4 ans à la 6e année. « Pendant 2 ans, on n’a pas vécu grand-chose à part du quotidien ! Cela m’a vraiment donné le goût de faire ce projet de création collective ! »
Un budget retrouvé de feu Promo des Arts, une contribution de l’AGIR, tout semble aligné pour que l’école ouvre ses portes à ce projet communautaire ! Du côté municipal, le Centre Culturel du Presbytère accepte d’accueillir l’exposition des œuvres des jeunes élèves durant l’été ! Après Les Raconteux qui avaient donné la parole aux plus âgés de la population anjenoise, le Presbytère ouvre ses portes aux plus jeunes ! Ce projet communautaire a même reçu l’appui d’une citoyenne de la municipalité qui organise une vente de livres dont les profits serviront à organiser la soirée de vernissage.
« La thématique s’inspire de ce qu’on a tous vécu depuis deux ans, ce qui nous relie tous, la pandémie ! Mais les projets sont très différents les uns des autres. Certains explorent de la peinture, d’autres sont plus conceptuels comme des estampes ou de petites sculptures, » explique avec enthousiasme la maman de trois enfants. À la fin, cela donne toujours un projet de groupe dans chacune des classes, mais quand on va démonter l’exposition, c’est important que chaque jeune reparte avec sa partie. »
Transformer la réalité à travers la création artistique pour en faire quelque chose de beau. Ce côté art-thérapie permet aux jeunes de s’exprimer sur un sentiment, une émotion. « C’était important pour moi de faire un retour sur des événements qu’on ne se rappelle plus, mais qui restent encore bien ancrées dans le maintenant. Avec les 2e années et leur projet sur les différentes zones, on a réalisé qu’on n’est pas tous égaux face au même problème ! » conclut Eugénie.
La chute de la montagne blanche au printemps. Crédits photos : Cécile Hauchecorne
En cette période de crue printanière, ma copine m’a convaincu d’écrire un texte pour le Trait d’union. Cela tombe à point, puisque pour moi, l’eau est à la fois le trait d’union et le lien le plus précieux entre nous et le territoire. Récemment, un riverain m’a dit qu’il appelait la période actuelle la « crue des feuilles ». Il établissait une distinction entre la crue au départ des glaces, puis celle plus tardive, liée à la fonte des lacs dans le Parc des Laurentides. Entre nous deux, le torrent d’eau s’écoulait à pleine force au centre d’une forêt d’un vert éclatant. C’était la crue des feuilles, et le roulis des vagues sur le lit de la rivière nous envoyait des embruns. Nous nous abreuvâmes à ce mélodieux silence qui suivit.
Pour m’expliquer, normalement, dans la vie, je suis géomorphologue : en cartographiant les modelés du relief et la nature des sols, je suis mieux à même de caractériser les risques naturels comme les inondations et les glissements de terrain. C’est un travail utile pour les municipalités et les gestionnaires du territoire. Je me promène régulièrement sur le lit des rivières en chaussant des bottes de pêcheurs, des instruments scientifiques plein les mains. Pour moi, l’eau modèle le relief de nos villages, elle creuse des vallées dans l’arrière-pays de nos montagnes, elle charrie du gravier d’une fosse à saumons à une autre, et le dépose dans les embouchures de la grande rivière Saguenay, pour former des plages, à notre plus grand plaisir. Mon travail est de dessiner des cartes et de mettre des chiffres sur cette poésie que l’eau nous offre.
Or, depuis cette année, j’ai entamé une maîtrise à l’UQAC, où je m’intéresse aux liens entre les collectivités et leurs rivières. Mon but autoproclamé : améliorer les liens entre nos communautés et nos rivières, à l’aide d’ateliers d’échanges de connaissances, de cartographie et de participation citoyenne dans la gestion de nos cours d’eau. Ces rencontres citoyennes me permettent de prioriser les mesures de protection et de restauration pour nos cours d’eau. D’où ce moment où j’ai pu récolter les propos d’une personne qui a mis le doigt sur la « crue des feuilles ». Je mêle l’humain et les sédiments dans un mémoire de recherche.
Au fil des derniers mois, des centaines de riverains, de pêcheurs et de jeunes du primaire et du secondaire ont partagé avec moi leur relation aux rivières. En tant que porteur de cette pensée collective à propos de l’eau, j’ai réalisé que les lacs et les rivières ne sont pas des attributs du monde naturel, extérieur à nous, mais une partie intégrale de notre identité individuelle et collective.
C’est-à-dire que depuis un certain temps, j’ai l’intuition que nous faisons partie d’une socio-rivière. Celle-ci comprend l’ensemble des liens entre nous et les rivières : l’amour du pêcheur qui accomplit le lancer parfait pour faire atterrir sa mouche sous les yeux du saumon, le travail acharné du bûcheron qui scie des arbres à l’aide de son moulin à eau depuis cinq générations, le tremblement du riverain face à la crue printanière, la contemplation d’un amateur de nature envers le canard qui décolle au-dessus des remous, et la fierté de l’ouvrier qui rentre le dernier rivet sur un nouveau pont. Comme le disait si justement un homme lors d’une rencontre de citoyens la semaine dernière, « la rivière fait partie de nous autres ». En effet, les rivières construisent des ponts entre nous tous, et la rivière coule à travers notre identité collective.
Dans le cadre de ce texte, j’aimerais simplement partager un fragment de mon identité individuelle avec l’eau, dans l’espoir d’éveiller le même sentiment d’admiration chez d’autres. Après tout, nous sommes tous un brin de courant d’une socio-rivière qui nous emporte. Le temps est une rivière qui ne recule pas.
Deux personnes ont particulièrement marqué mon rapport avec l’eau : mon père, et son père à lui. D’aussi loin que je me rappelle, mon grand-père m’amenait à la pêche. Il me contait l’ampleur de sa vie, celle d’un bucheron et d’un draveur. Ses mains caleuses et grugées par le temps accolées sur le moteur deux forces de sa chaloupe, il se mettait à parler d’une voix rauque, qui n’a pas connu les facilités de notre jeunesse. L’hiver, au fond du bois, lorsque les billots s’emboitaient l’un dans l’autre et refusaient de descendre les sections les plus étroites de la rivière, il allait placer des bâtons de dynamite au pied des embâcles pour les dégager. Les détonations retentissaient, puis mon grand-père éclatait d’un rire vainqueur en observant les centaines – ou les milliers – de troncs d’arbres descendre les eaux. Le contremaitre était content. Malgré ses histoires hors de l’ordinaire, et la distance entre lui et moi-même qui essaie aujourd’hui de protéger nos rivières, j’ai toujours cru que mon grand-père était au fond de lui un homme sensible : par moment, nous nous arrêtions dans une baie tranquille, et les lignes restaient dans la chaloupe. Il nous fallait un moment pour contempler l’éternité des roches et la sérénité de l’épinette autour de nous.
Mon père lui, quand j’étais jeune, était une rivière en crue. Lorsque nous allions à la pêche ensemble, son tempérament était tumultueux, à l’instar des flots qui déboulent sur les roches d’une rivière pentue. Sa manière de manier le couteau pour éventrer les poissons ne laissait planer aucun doute sur son expérience. Il venait pour récolter un « quota », et non pour contempler les lieux. Il était à l’image des nuages noirs qui planent sur les montagnes, et des vagues qui peuvent lever à l’improviste. Néanmoins, j’ai le souvenir de moments de grâce dans la chaloupe, alors que la pluie s’abattait sur nos têtes, à une distance d’un lancer de la rive. D’aussi loin que je puisse me rappeler, nous remercions la truite mouchetée de nous offrir une si bonne chair au sortir de l’hiver.
Les rivières et les lacs font partie de nous. Nous sommes le résultat d’une friction entre la pensée et le paysage. Pour le Mois de l’eau, je nous souhaite de prendre soin de notre relation avec l’environnement qui nous supporte! Au plaisir de vous croiser les pieds dans l’eau!
Impossible de rester de marbre devant les paysages du fjord du Saguenay avec ses imposantes falaises et ses eaux sombres et profondes. Majestueux et intrigant, le fjord est l’un des trois écosystèmes protégés dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, la première aire marine protégée au Québec gérée par les gouvernements du Canada et du Québec, avec l’estuaire moyen qui longe les côtes de Charlevoix et l’estuaire maritime qui borde la Haute-Côte-Nord.
L’équipe de conservation de Parcs Canada cherche toujours à mieux connaître les particularités du fjord pour être en mesure de le protéger. Voici des projets qui s’y dérouleront cet été.
Étudier le comportement des bélugas depuis la rive
L’histoire du parc marin est intimement liée à celle du béluga du Saint-Laurent et le fjord y joue un rôle de premier plan. Environ 50% des adultes connus de la population fréquentent le Saguenay et environ 67% sont des femelles.
Depuis plus de 20 ans, Parcs Canada réalise un suivi des bélugas à partir de différents lieux sur les rives incluant la baie Sainte-Marguerite et l’embouchure du fjord. Les chercheurs y photographient et notent le comportement des animaux ainsi que l’activité des embarcations et leurs interactions avec les bélugas. Dès juin, l’équipe reprendra ses observations à partir de la Halte du béluga, le belvédère surplombant la baie Sainte-Marguerite au parc national du Fjord-du-Saguenay.
Les données recueillies depuis le début du projet en 2003 ont permis de comprendre l’importance de cette baie pour le béluga. C’est un lieu de naissance et les femelles y élèvent leurs jeunes et leur apprennent à communiquer et à chasser. Les eaux calmes sont propices aux apprentissages.
Depuis 2018, la baie Sainte-Marguerite est fermée à la navigation l’été. Les navigateurs, qu’ils soient à bord d’embarcations à moteur ou à voile, doivent circuler hors de la zone interdite qui se trouve à l’intérieur de la baie. Les pêcheurs et les kayakistes suivent un trajet précis lorsqu’ils accèdent à la baie. La mesure connait un succès : le nombre d’embarcations dans la baie est passé de 40% (avant 2018) à 6% (2020) ce qui veut dire que les bélugas y sont de plus en plus tranquilles.
À une trentaine de kilomètres en aval, un suivi similaire prend place dans les hauteurs du Centre d’interprétation et d’observation de Pointe-Noire surmontant l’embouchure du Saguenay. Malgré ce que la photo présente, l’embouchure est loin d’être calme. Le trafic maritime est intense l’été, ce qui augmente considérablement le bruit sous-marin et les risques de collision. Pour cette raison, la vitesse maximale y a été réduite du 1er mai au 31 octobre. Cette action déroule directement du suivi mené depuis la rive à Pointe-Noire et le respect de la limite de vitesse s’améliore avec les années.
Au retrait de la marée, les phoques communs s’échouent régulièrement sur les rochers. C’est le repos avant de repartir chasser. C’est aussi là qu’ils muent, se reproduisent, mettent bas et prennent soin des petits. On les voit souvent aux caps Éternité et Fraternité et de plus en plus souvent en aval.
Tout comme le béluga, le phoque commun vit à l’année dans le Saint-Laurent. Pour connaitre son abondance et sa répartition dans le parc marin, Parcs Canada, en collaboration avec la Sépaq, effectue un suivi de l’espèce depuis 2007. Les deux équipes, à partir de leurs embarcations ou de la rive, dénombrent les phoques communs aux sites d’échoueries. D’ailleurs, cet été, vous remarquerez peut-être l’équipe de Parcs Canada réaliser cette étude à bord du nouveau bateau: le Uapameku (qui signifie béluga en Innu-aimun).
Surveiller les espèces aquatiques envahissantes
Les activités comme la plaisance, la marine marchande et la pêche sont susceptibles d’introduire des espèces aquatiques — animaux ou végétaux — dans de nouveaux milieux. Elles deviennent des prédateurs ou des compétiteurs aux espèces indigènes et peuvent transmettre de nouvelles maladies au détriment des écosystèmes et des activités qui en découlent. Elles sont déclarées « envahissantes ».
Depuis 2017, Parcs Canada, avec Pêches et Océans Canada, récolte des échantillons à différentes entrées du parc marin dont le quai de Grande-Anse et la marina de L’Anse-Saint-Jean pour détecter la présence d’espèces non locales. Les chercheurs utilisent des collecteurs, c’est-à-dire une série de supports permettant la fixation des organismes. Toutefois, avec cette technique, seules les espèces non mobiles sont ciblées. Afin d’affiner le portrait, les chercheurs utilisent depuis 2021 la méthode de l’ADN environnemental. L’équipe emploie aussi des filets à phytoplancton et zooplancton pour compléter ses analyses.
Pour le moment, aucune espèce aquatique envahissante n’a été détectée dans le parc marin incluant le fjord, mais une surveillance d’un plus grand nombre de sites et l’utilisation de différentes méthodes seront nécessaires pour statuer si ces espèces sont présentes ou non.
Pour connaître les actualités du parc marin et les recherches menées par l’équipe :
Un dernier tour de piste pour le spectacle historique de Petit-Saguenay
Le 100e anniversaire de la municipalité de Petit-Saguenay en 2019 aura été l’occasion de créer de nouveaux produits culturels inspirés des contes d’Élias Côté. Le spectacle à grand déploiement Marguerite : Une histoire de Petit-Saguenay aura certainement été le clou de la programmation des fêtes, attirant autant les foules que les critiques positives. Il était prévu de réitérer l’expérience en 2020, mais un virus a tout chamboulé ces plans, ainsi que littéralement tous les autres plans partout sur la planète.
Après une deuxième tentative infructueuse en 2021, le comité culturel de Petit-Saguenay annonce aujourd’hui le grand retour de Marguerite, pour une deuxième et ultime édition, avec 11 représentations dans la salle de spectacle de l’Aréna Roberto-Lavoie. La mise en scène est toujours réalisée par Éric Chalifour, qui est entouré d’une équipe de professionnels de la scène et d’une armée de musiciens, de choristes, de figurants et d’acteurs.
100 ans de Petit-Saguenay
Le spectacle Marguerite met en valeur l’histoire de Petit-Saguenay et de la région en alliant contes, chant choral, musique, théâtre d’ombre et projections. À travers une série de tableaux parfois humoristiques, parfois touchants, mais toujours d’une grande authenticité, la jeune Marguerite découvre l’épopée de la colonisation à travers les contes de son grand-père qui prennent vie sous ses yeux.
En tout, ce sont une cinquantaine de personnes qui sont impliqués de près ou de loin dans l’organisation. La grande majorité des bénévoles associés au succès de 2019 sont de retour pour vivre encore une fois une grande aventure qui est une grande source de fierté, tant pour les participants que pour l’ensemble des Saguenois et des Saguenoises. C’est l’histoire d’un village, sa culture, son essence même qui sont ainsi glorifiées sur scène, au grand bonheur des spectateurs.
100 ans de Petit-Saguenay
La première du spectacle se tiendra donc le 16 juillet prochain et il y aura ensuite deux représentations par semaine, les jeudis et vendredis, entre le 21 juillet et le 12 août. Odyssée, le tour conté avec Élias Côté, sera également de retour pour une dernière saison, les vendredis et samedis après-midi, les mêmes semaines que le spectacle. Pour réserver vos billets : petit-saguenay.com/marguerite.
La chute de Périgny. Crédit photo : Dany Thibeault.
En seulement trois semaines de confinement, de mise sur pause à l’échelle mondiale des activités humaines, la santé de la planète et de la très grande majorité de ses habitants s’est soudainement grandement améliorée ! L’eau de Venise redevenait claire et limpide comme au temps de Casanova, les baleines chantaient comme cela ne leur était pas arrivé depuis si longtemps, les tortues avaient de nouveau toutes les plages du monde pour vivre une éclosion sans pareille ! Trois semaines !
De toute la force de sa résilience infinie la nature retrouvait ses droits !
Un constat beau et triste à la fois mettant en lumière la monstrueuse puissance des impacts que nos modes de vie ont sur les autres êtres vivants de la Terre.
Une soif de profits
En mars 2022, le gouvernement du Québec autorise une compagnie australienne à déverser du côté de Fermont ses déchets miniers dans 8 lacs, détruisant ainsi 159 hectares de lacs et de cours d’eau, les bateaux usines des pêcheries industrielles épuisent le fond des océans sans remords, même si l’on sait que les écosystèmes marins fournissent 80 % de l’oxygène que nous respirons, régulent le climat bien plus que toutes les forêts du monde.
Qu’est-il arrivé à l’humanité pour qu’elle se déconnecte tant de ce qui lui permet de rester en vie ?
Avec ce dossier sur l’eau, le Trait d’union, fidèle à sa mission, dresse un portrait non exhaustif des beautés hydriques qui nous entourent. Un fjord grandiose et fragile à la fois, des lacs et rivières imprégnés dans nos veines, l’histoire d’un territoire qui se découvre en voiture d’eau, un Bas-Saguenay qui sait si bien s’entourer des terres protégées de deux Parcs nationaux.
Cette richesse encore sauvage qui compose notre habitat s’accompagne aussi d’une grande responsabilité, celle de la préservation. Se sentir tout petit au milieu d’un fjord aux falaises de cathédrale inspire le respect et l’humilité, face à tout ce grandiose inexpliqué, avoir la belle impression d’être dans les mains du destin nous fait réaliser à quel point tout est lié, que c’est ensemble qu’on prendra le chemin des solutions.
Quand en trois semaines de confinement seulement, de telles améliorations peuvent être observées, imaginez ce que deviendrait notre avenir si l’on s’engageait collectivement à devenir de meilleurs colocataires. Si avec les autres espèces vivant sur la Terre, on signait un contrat à long terme de respect mutuel, si quelques semaines par année au moins, on pouvait stopper la machine infernale du progrès !
En découvrant au fil des pages de ce numéro les trésors qui font la beauté du Bas-Saguenay, souhaitons que l’envie vous prenne d’être de ceux qui protègent ce qu’ils aiment !